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 Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)

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Opaline
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MessageSujet: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Ven 15 Déc 2017 - 9:00

Rappel du premier message :

15 décembre 1805  
Napoléon signe le décret
de création des maisons d’éducation
de la Légion d’honneur


Ces maisons d’éducation — le château d’Écouen, qui avait été transformé en prison lors de la Révolution, fut désigné dès 1806 par l’empereur pour y recevoir la première de ces maisons — avaient pour but d’assurer l’éducation de jeunes filles pauvres ou orphelines de guerre dont les parents, grands-parents ou arrière-grands-parents avaient reçu la Légion d’honneur

Le décret de création de ces maisons d’éducation, qui fut signé au Palais de Schönbrunn (Autriche) le 24 frimaire an XIV (15 décembre 1805), comportait les articles suivants :

Art. 1er. Il sera établi des maisons d’éducation pour les filles des membres de la Légion d’honneur. Le nombre de ces maisons ne pourra excéder celui de trois.

Article 2. Les lieux où elles seront établies seront fixés ultérieurement par nous, sur les rapports qui seront faits par le grand-chancelier de la Légion d’honneur, en grand-conseil.

Article 3. Ces établissements feront partie de ceux de la cohorte dans l’étendue territoriale de laquelle ils seront situés.

Article 4. Les frais de ces établissements seront pris sur les fonds de la Légion d’honneur.

Article 5. Ces maisons seront administrées sous la direction et la surveillance du grand-chancelier de la Légion d’honneur.

Article 6. Le nombre des élèves sera de cent par maison.

Clic sur la photo


Article 7. Les enfants ne seront admis qu’après sept ans accomplis, et ne seront plus reçus s’ils ont plus de dix ans.

Article 8. Néanmoins les filles des membres de la Légion d’honneur qui s’embarqueront pour les colonies, ou partiront pour l’armée, pourront être admises plus tard si elles ont perdu leur mère.

Article 9. Le grand-chancelier de la Légion d’honneur dressera incessamment et nous présentera un projet de règlement :
1° Sur le mode d’admission des élèves ;
2° Sur la durée de leur séjour dans la maison ;
3° Sur ce qui sera fait pour elles à leur sortie, suivant les cas, et sur leur dotation ;
4° Sur le régime de la maison et son administration ;
5° Sur les qualités et les fonctions des personnes qui seront employées dans la maison, le mode de leur nomination et leur traitement.

Article 10. Il dressera également un autre projet de règlement sur l’instruction des élèves.


Le château d’Écouen, où fut installée la première maison d’éducation,
et qui abrite depuis 1977 le musée national de la Renaissance


C’est quelques mois après son décret que, afin d’y abriter la première maison d’éducation, l’empereur désigne le 6 juillet 1806 le château d’Écouen et ses dépendances, cédés à la caisse d’amortissement par la Légion d’honneur, qui lui seront rétrocédés pour une valeur égale au prix de la cession faite à la caisse d’amortissement par la Légion d’honneur. Le 14 mai 1807, du camp de Finkenstein, du fond de l’Allemagne, l’empereur décrète que les bois d’Écouen, de la contenance de cent cinquante hectares, qui touchent le château, et font partie de la Légion d’honneur, seront affectés aux dépenses de la maison impériale Napoléon d’Écouen.


Joseph Boze, Portrait de Jeanne-Louise-Henriette Campan (1786),
Versailles, musée de l’Histoire de France.


Le lendemain, 15 mai, Napoléon adresse une lettre au grand chancelier, dans laquelle il lui explique comment il entend l’éducation des femmes, quelles bases il veut qu’on lui donne, comment on lui fera par la religion des femmes solides, et comment, en leur apprenant tous les ouvrages de leur sexe, on les préparera à être de bonnes épouses, de dignes mères de famille. Puis, par un décret du 15 septembre 1807, il nomme Mme Campan directrice de la maison d’éducation d’Écouen.


(D’après « Écouen. La paroisse, le château,
la maison d’éducation » paru en 1865
et « Fastes de la Légion d’honneur » paru en 1842)
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Opaline
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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Ven 13 Avr 2018 - 9:45

13 avril 1942
Rawa-Ruska, le camp de la mort lente




Le 13 avril 1942, deux mille prisonniers de guerre français entrent dans le camp disciplinaire de Rawa-Ruska. Ils seront bientôt suivis de milliers d'autres. Tous vont souffrir des rigueurs extrêmes de ce camp de représailles, à l'image du docteur J. Guérin et de Georges Moret, dont nous reprenons les témoignages..

Le docteur J. Guérin a publié dès 1945 le souvenir de sa captivité. Il raconte avec beaucoup de vie et d'émotion sa descente aux enfers après une tentative d'évasion et son arrivée au camp de représailles. Herodote.net a numérisé son livre de souvenirs au format pdf, sans oublier les dessins qui l'accompagnent.
Georges Moret, aujourd'hui décédé, a confié à sa fille Paulette les souvenirs de sa captivité à Rawa-Ruska, le camp de la mort lente, pendant la Seconde Guerre mondiale.
Comme lui, des milliers de militaires français capturés en 1940 ont eu à souffrir des rigueurs extrêmes de ce camp de représailles.



La défaite de juin 1940 s'est soldée par un bilan très lourd pour l'armée française : 120.000 morts, 200.000 blessés, 1.850.000 prisonniers dont 1,6 million envoyés en Allemagne dans des camps de prisonniers (en allemand, « stalags »).

Le camp de la mort lente

Le camp de Rawa-Ruska a été à l'origine ouvert pour accueillir les prisonniers de guerre soviétiques. Sa localisation ne doit rien au hasard.

Annexée par la Pologne lors du traité de Riga, le 18 mars 1921, la Galicie était devenue partie intégrante de l'URSS après un traité germano-russe du 28 septembre 1939. Après que, le 22 juin 1941, Hitler eut envahi l'URSS, elle passe rapidement sous le contrôle du Reich.


Cimetière juif de Rawa-Ruska

Comme la Galicie est une zone d'opérations militaires hors des contrôles de la Croix Rouge internationale, les gardiens allemands ont toute latitude pour perpétrer des exactions contre les prisonniers.

Sur cette terre marécageuse infestée de moustiques favorisant la propagation de maladies, règne un climat continental alternant hivers rigoureux et étés chauds.

Il suffit d'évoquer les noms des camps voisins de Treblinka, Chelmno, Belzec, Sobibor ou Auschwitz-Birkenau, pour comprendre que le camp 325 de Rawa-Ruska est situé dans le terrifiant « triangle de la mort » de la « Solution finale ».



L'arrivée des Français

Le 13 avril 1942, quand arrive le premier convoi de prisonniers de guerre français, vingt mille Russes ont déjà péri victimes de la famine et des mauvais traitements.

Plus de vingt mille prisonniers français et belges suivront dans les mêmes conditions. Rapidement, le camp s'avère trop petit et les nouveaux arrivants sont alors répartis dans des commandos satellites.

Squelettiques, épuisés, les prisonniers sont des victimes toutes désignées pour les maladies endémiques, les maladies pulmonaires ou digestives, l'avitaminose et la décalcification.

Au cimetière il y a une grande stèle de 1m qui a été mise en place en 1942 représentant un femme en deuil avec comme inscription " a nos camarades morts en captivité"




Voir le document Guérin

Voir le document Moret
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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Sam 14 Avr 2018 - 10:13

14 avril 1912
Naufrage du Titanic



Le Titanic au départ de Southampton


Le Titanic sombre au cours de son voyage inaugural, dans la  nuit du 14 au 15 avril 1912. C'est la catastrophe maritime la plus  médiatique de tous les temps.
Mais si grand qu'il soit, le bilan  de la catastrophe (au moins 1 502 victimes) n'est pas exceptionnel et le  monde a connu depuis lors des naufrages plus meurtriers.



Un exploit technique

Le paquebot britannique est mis sur cale le 31 mars 1909 à Belfast. Il est présenté comme le plus luxueux et le plus grand paquebot de tous les temps.

Le luxe intérieur est à l'avenant pour les premières classes du moins : piscine, bains turcs, gymnase, court de squash, électricité et chauffage dans toutes les chambres, escalier sculpté dans le style Art Nouveau, dôme lumineux...

L'orgueilleux navire est réputé insubmersible du fait de sa double coque en plaques d'acier, par ailleurs divisée en 16 compartiments étanches dont chacun peut être isolé des autres par une porte coulissante en cas d'incident. L'armateur n'a pas jugé nécessaire en conséquence de prévoir autant de places dans les canots de sauvetage que de personnes à bord !


Le capitaine Edward John Smith

Le Titanic appareille de Southampton (Angleterre) le 10 avril 1912 à 13h30 pour un voyage qui doit le mener à New York avec à son bord 2 207 personnes d'après les chiffres officiels : 885 membres d'équipage, 329 passagers de première classe, 285 en seconde et 706 en troisième.

Le dimanche 14 avril à 22h55, le Californian, qui navigue au large de Terre-Neuve, passe non loin du Titanic. Il signale à ce dernier la présence de plusieurs icebergs.

Mais le directeur de la compagnie Joseph Bruce Ismay (49 ans) fait fi de toute prudence, désireux qu'il est de remporter le record de vitesse dans la traversée de l'océan. Devant le Mauretania et la Cunard ! Le capitaine Edward John Smith (62 ans), bien qu'expérimenté, se laisse convaincre de pousser les feux.


Le paquebot file à 22 noeuds sur une mer lisse comme un miroir. Le drame se produit à 23h40. La vigie voit trop tard la masse d'un iceberg et l'officier de garde ne peut faire marche arrière. Il tente malencontreusement de l'éviter et le heurte sur le côté.

Lentement, le Titanic prend l'eau sans qu'il soit possible de le sauver.


Le naufrage du Titanic (gravure d'époque)

À minuit 20, le capitaine Smith ordonne l'évacuation du navire. Il va être englouti avec lui deux heures plus tard. Se brisant en deux, le paquebot sombre et repose depuis lors par 3800 mètres de fond.

Un navire, un seul, se porte au secours du géant des mers. C'est le Carpathia (de la Cunard !), arrivé à 3h45 sur les lieux du naufrage. Sous le commandement d'Arthur Rostron, il va recueillir en tout et pour tout 705 survivants. Le naufrage aura fait un minimum de 1502 victimes (non compris d'éventuels passagers clandestins comme le héros du film de James Cameron).

337 corps ont pu être repêchés et seront inhumés pour la plupart dans les cimetières d’Halifax en Nouvelle-Écosse (Canada).


Chaloupes des rescapés.

L’épave du Titanic, gisant à 3.843 m de profondeur à 650 km au sud-est de Terre-Neuve, ne sera localisée qu’en 1985.


L'épave du Titanic, avant de se détériorer peu à peu.






Fragment de lustre

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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Sam 14 Avr 2018 - 10:51

merci  Opaline . Quel drame  épouvantable !
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Opaline
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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Dim 15 Avr 2018 - 10:35

15 avril - 12 novembre 1900
Exposition universelle à Paris



Affiche officielle


Le 15 avril 1900, Paris quitte le XIXe siècle avec la plus grande exposition universelle jamais organisée en France. 50 millions de visiteurs jusqu'à sa clôture le 12 novembre suivant. La Ville-Lumière rayonne alors de tous ses feux et l'on parlera plus tard de ces années-là avec nostalgie en les qualifiant de « Belle Époque ».


Pavillon de la Belgique.

La Ville-Lumière à son apogée
Pour l'exposition sont construits le pont Alexandre III, le Grand Palais et le Petit Palais ainsi que les gares d'Orsay, des Invalides et de Lyon. Les frères Lumière présentent leurs films sur écran géant. Le 19 juillet est inaugurée la première ligne du métro parisien (Porte Maillot-Porte de Vincennes). Au terminus de la ligne, dans le bois de Vincennes, se déroulent aussi, du 14 mai au 28 octobre, les IIe Jeux Olympiques de l'ère moderne ! Pour parfaire le tout, le président Émile Loubet invite les maires de France à un banquet géant dans le jardin des Tuileries...


Rodin dans son atelier

Parmi les festivités parallèles, notons l'exposition personnelle d'Auguste Rodin. Le sculpteur, au sommet de la gloire, présente un éventail de son oeuvre dans un pavillon place de l'Alma, à deux pas de l'exposition officielle. L'exposition est inaugurée le 1er juin 1900 par le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts Georges Leygue. Elle vaudra à l'artiste une consécration internationale... et une recette de 200 000 francs.
Nous nous consolerons en songeant que pour l'entrée dans le IIIe millénaire, nous avons eu droit au scintillement de la Tour Eiffel.

Par André Larané
Pour Herodote




Pavillon de l'Empire ottoman.

CLIC SUR LA PHOTO

Tour Eiffel, Exposition universelle de 1900, Eugène Trutat, conservée au Muséum de Toulouse
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Opaline
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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Dim 15 Avr 2018 - 10:38

@mimi1260 a écrit:
merci  Opaline . Quel drame  épouvantable !

L'orgueil de d'un homme et son pouvoir a fait plus de 1500 morts
Citation :

Mais le directeur de la compagnie Joseph Bruce Ismay (49 ans) fait fi de toute prudence, désireux qu'il est de remporter le record de vitesse dans la traversée de l'océan. Devant le Mauretania et la Cunard ! Le capitaine Edward John Smith (62 ans), bien qu'expérimenté, se laisse convaincre de pousser les feux.
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Raboliot
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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Dim 15 Avr 2018 - 14:27

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Coccinelle
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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Dim 15 Avr 2018 - 14:46

tout ça ne donne pas trop envie de partir en croisière... reflexion
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Opaline
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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Mar 17 Avr 2018 - 10:50

17 avril 1696
Mort de madame de Sévigné




Marie Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, par
le peintre sur porcelaine Marie-Victoire Jaquotot


Cette femme aimable et spirituelle, sans avoir jamais songé à composer le plus petit livre, est devenue l’un des auteurs les plus célèbres, et le plus classique de son genre. Des feuilles légères, des confidences échappées journellement à la tendresse maternelle et à l’amitié, des détails de ménage qui ne pouvaient être destinés au grand jour de l’impression, ont rendu à jamais populaire, à jamais immortel le nom de madame de Sévigné : ce nom désigne à la postérité le modèle accompli du style épistolaire.

Qui n’a pas lu et relu ces lettres charmantes ? A qui, non pas seulement le nom de Sévigné, mais ceux du marquis son fils, de sa fille madame de Grignan, de sa petite-fille Pauline, du bon abbé de Coulanges son oncle, de la terre des Rochers et du jardinier Pilois, sont-ils étrangers ? Qui ne connaît pas la vie de cette femme célèbre, sa descendance, par Bénigne de Rabutin, baron de Chantal, son père, de Jeanne-Françoise Frémiot de Chantal, placée par l’Eglise au nombre des saintes, et fondatrice de l’ordre de la Visitation ; sa parenté avec Bussy-Rabutin, ce fanfaron d’esprit et de gentilhommerie, courtisan satirique et comme de raison disgracié, dont sa cousine redouta toujours la plume caustique et le propos mordant ?


Louis Bourdaloue.
Brillant prédicateur connu pour la qualité de ses sermons
Statue par Louis Desprez dans la cour Napoléon
du palais du Louvre.


Ce goût pour les études et les réflexions sérieuses ; cette fidélité à de hautes vertus dans la personne de ses amis de Port-Royal, fidélité qui la tenait dans une sorte de disgrâce, et dont elle ne se dissimulait pas l’influence défavorable à sa famille, honoreront toujours son caractère. Combien on a de plaisir à lire le récit piquant de cette dispute de Boileau avec un jésuite, en présence de Bourdaloue, à un dîner chez le président de Lamoignon ; à voir comment, en rappelant cette vieille querelle sur les anciens et les modernes, elle aime à montrer l’impétueux satirique, prenant d’abord parti pour ses chers anciens, puis proclamant la supériorité d’un seul moderne, d’un seul, qu’il se défend de nommer, puis enfin conjuré, pressé par le jésuite, jetant à la tête des bons pères le nom pétrifiant de Pascal !

Qui ne sait que Marie de Rabutin-Chantal perdit son père un peu plus d’un an après sa naissance ; qu’elle eut l’obligation d’une excellente éducation à l’affection de son oncle, le bien bon abbé de Coulanges ; que, grâce aux soins de cet oncle chéri, les langues latine, espagnole, italienne lui devinrent familières ; que, mariée à l’âge de dix-huit ans au marquis de Sévigné, elle eut, après moins de sept ans d’union, à déplorer la perte de son époux tué en duel ; que, restée veuve à l’âge de vingt-cinq ans, avec un fils et une fille, elle leur consacra sa vie, toujours fidèle aux lois d’un chaste veuvage, et uniquement vouée aux soins de leurs intérêts et de leur fortune ?

Le musée Carnavalet conserve de nombreux objets en rapport avec Mme de Sévigné, sa famille et son époque : portraits, autographes, éléments de mobilier, la pièce la plus importante étant un secrétaire en laque de Chine lui ayant appartenu, provenant du château des Rochers, qui porte les armes dites « d'alliance » des familles de Sévigné et de Rabutin.


Le secrétaire de Madame de Sévigné
Musée Carnavalet - Histoire de Paris


Ce meuble à nombreux tiroirs (plusieurs sont derrière l’abattant) a été fabriqué en Extrême-orient, et sans doute importé par l’intermédiaire des Pays-Bas. Décoré de motifs dorés (guirlandes de fleurs, fruits, oiseaux, papillons) sur fond de laque noire, il porte aussi, sur l’abattant, les armes de Rabutin et de Sévigné, donc de l’illustre marquise. Il vient de son château des Rochers (à Vitré, Ille-et-Vilaine) où elle fit de nombreux séjours, et l’on peut supposer qu’elle y a écrit un certain nombre de ses lettres. Ce meuble est donc à la fois une réplique particulièrement précieuse et un témoignage sur les rapports artistiques entre l’Extrême-Orient et l’Europe.

Une médaille à l'effigie de Mme de Sévigné a été réalisée par le graveur Raymond Joly en 1976 ; un exemplaire en est conservé au musée Carnavalet (ND 0942).
Une rose (obtenteur Moreau-Robert) porte son nom.
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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Mer 18 Avr 2018 - 18:40

18 avril 1558
Décès de Roxelane
épouse de Soliman le Magnifique




Originaire de Ruthénie, un pays chrétien à l'est des Carpathes, elle a été enlevée par des Tatars et vendue au harem à l'avènement de Soliman, en 1520. Les Occidentaux la connaissent sous le nom de Roxelane, déformation de « la Ruthénienne ».

Remarquée par le sultan, qui l'appelle « reine de toutes les beautés », elle devient à dix-sept ans son amante exclusive, ce qui suscite la jalousie de la vâlidé (la mère du sultan) et surtout de la cadine (la mère de l'héritier, un garçon de cinq ans).

Perfide, celle-ci l'invite dans ses appartements et, dans un accès de colère, la blesse au cuir chevelu avec des ciseaux.

Habile, Roxelane, de retour chez elle, repousse l'invitation du sultan à le rejoindre sous un prétexte futile. Soliman, intrigué, va la voir, découvre la blessure et la force à lui en révéler la cause.


Mausolée de Roxelane, mosquée Süleymaniye, Istanbul.

Courroucé, il épargne néanmoins la cadine mais la relègue dans ses appartements. C'est une première victoire pour Roxelane qui, le 30 septembre 1522, accouche d'un fils, Mehmed. Elle aura trois autres garçons et une fille.

Les deux époux vivront une éternelle lune de miel que seule la mort viendra interrompre.

Sa jovialité, doublée d'un tempérament bien trempé et d'une ambition sans limite, vont valoir à Roxelane de cogérer l'empire en coulisse au côté de Soliman.

Bien que confinée au harem, elle entretient des relations épistolaires avec les diplomates occidentaux et cultive l'intrigue.

Roxelane meurt d'une pleurésie (refroidissement) le 18 avril 1558, à près de 60 ans.


Herodote


Intérieur du mausolée de Roxelane, mosquée Süleymaniye, Istanbul.



Mosquée Süleymaniye d'Istanbul
conçue par l'architecte Sinan pour le sultan Soliman le Magnifique
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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Jeu 19 Avr 2018 - 7:25

19 avril 1956
Conte de fée à Monaco.
Grace dit oui à Rainier




La survie de la Principauté de Monaco dépend de ce mariage, célébré le 19 avril 1956 devant les caméras du monde entier.
À la trentaine consommée, le prince Rainier III le sait bien : « Point d'héritier, point de pays ! » Une  convention franco-monégasque datant de 1918 précise en effet que la  Principauté deviendrait un État sous protectorat français si le  souverain disparaissait sans descendance directe ou adoptive.

La demande en mariage
Depuis le début de la décennie, Rainier a une obsession : remplir les  caisses de la Principauté. Au sortir de la guerre, les comptes étaient  dans le rouge. Aussi, avec l'aide de l'armateur grec Aristote Onassis,  le prince a-t-il eu la riche idée de créer et développer la Société des  bains de mer, temple du jeu et de l'hôtellerie de luxe, principale  ressource économique du pays.
Maintenant, l'heure est venue pour lui de se marier et d'assurer la pérennité de son oeuvre.  


Grace Kelly en 1956

Son confesseur, le révérend américain J. Francis Tucker le convainc  de recevoir une vedette hollywoodienne déjà élevée au rang de star et  oscarisée pour son rôle dans Une fille de province. Elle est à Cannes, pour le Festival. Elle doit en profiter pour tourner quelques scènes du nouveau film d'Alfred Hitchcock, La Main au collet. Elle s'appelle Grace Kelly.
Pour assurer la « promo » de la belle Américaine, née dans  une riche famille de Philadelphie, on a imaginé une séance photos avec  Rainier, en son palais. Mais le prince est en retard. Grace s'impatiente  dans la salle du trône. Monseigneur finit par apparaître.Confus, Rainier propose le tour du propriétaire et la convie à saluer les pensionnaires indolents de son zoo privé...

La relation entre Grace et Rainier  provoque de nombreuses rumeurs. La presse à sensation raconte que Jack  Kelly est abasourdi quand il entend la dot réclamée, deux millions de  dollars. Elle prétend aussi que non seulement le prince aime les belles  actrices (comme la Française Gisèle Pascal avant Grace), mais qu'il s'assure en plus de leur fertilité pour assurer un héritier à la principauté5. Ainsi la famille Kelly est horrifiée par l'obligation faite à Grace de se soumettre à des tests de fertilité.



Le prince annonce officiellement les fiançailles le 5 janvier 1956.  Le mariage est fixé au 19 avril. Elle a 26 ans et lui 33 ans. Le mariage  du prince et de la star semble sortir le Rocher de sa léthargie. Comme  d'un coup de baguette magique. Une quarantaine de diplomates sont  présents et la France a dépêché l'un de ses jeunes espoirs de la  politique, François Mitterrand.
Les magazines du monde entier ont envoyé des meutes de reporters. Et  il y a les 750 invités. Ils se pressent d'abord dans la salle du trône,  pour le mariage civil, puis sous les voûtes de la cathédrale de Monaco  avant d'envahir les jardins du palais. Onassis, le roi Farouk, le prince  Aga Khan et Ava Gardner, éblouissante et solitaire.


La princesse Grace et son mari à la Maison-Blanche
en 1961.


Miss Kelly, qu'il faudra bientôt appeler Son Altesse Sérénissime,  plus belle que jamais dans sa robe de tulle de soie garnie de dentelle  et de milliers de petites perles, avance vers le choeur au bras de son  père. La cérémonie fait l'objet d'une retransmission « en direct » grâce à l'Eurovision. Trente millions de spectateurs, au bas mot...

Grace donnera naissance à trois enfants avant de disparaître  tragiquement d'un accident de voiture en 1982, laissant derrière elle  une légende où le glamour accompagne la tragédie. Rainier s'éteindra en  2005, à 82 ans, laissant le trône à son fils Albert.


Le prince Albert et sa mère Grace Kelly en septembre 1972.  

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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Dim 22 Avr 2018 - 14:32

22 avril 1500
Les Portugais s'installent au Brésil



Pedro Álvares Cabral
Considéré comme « le découvreur du Brésil ».


Le 22 avril 1500, treize caravelles arrivent en vue de côtes inconnues, au sud-ouest de l'océan Atlantique. Pedro Álvares Cabral et ses 1200 hommes viennent de découvrir par mégarde ce qui deviendra le Brésil

Et le Portugal inventa le Brésil...

Le navigateur portugais, missionné par le roi Manuel 1er le Fortuné, projetait en fait de contourner l'Afrique et de gagner les Indes comme son prédécesseur Vasco de Gama.


Peinture romantique du premier débarquement de Cabral sur l'Ilha de Vera Cruz (en).
On l'aperçoit sur le rivage, au centre, debout devant le soldat qui déploie une bannière de l'ordre du Christ.


Il avait jugé qu'il était de son intérêt de s'éloigner des rives africaines afin de profiter des alizés de l'Atlantique sud et d'échapper aux grands calmes du golfe de Guinée, où s'immobilisaient les voiliers.
Comme les autres Européens de son temps, Pedro Álvares Cabral ignore encore que les terres découvertes par Christophe Colomb quelques années plus tôt correspondent à un nouveau continent. C'est donc avec surprise qu'il découvre une vaste et belle terra incognita au niveau de la future ville brésilienne de Salvador. Il la baptise du nom de Santa Cruz (Sainte Croix).


En rouge, la route suivie par Cabral du Portugal vers l'Inde en 1500,
et la route retour en bleu.


Les Indiens du cru lui offrent de magnifiques plumes d'oiseaux et aussi du brésillet, un bois connu au Portugal sous le nom de pau brasil et avec lequel on fait une teinture rouge. Ce pau brasil désignera plus tard le pays : Brésil (en portugais, Brasil) !

Pedro Álvares Cabral ne manque pas de renvoyer l'une de ses caravelles à Lisbonne, en y joignant quelques beaux perroquets, pour faire part de sa découverte.


Cabral (au centre-gauche, levant le bras) observe la côte brésilienne
pour la première fois le 22 avril 1500.


Il séjourne une dizaine de jours sur ce qu'il croit être une île et en prend possession au nom de son roi sans en soupçonner l'importance. Après cela, il reprend son voyage vers le cap de Bonne Espérance, au sud de l'Afrique, fait escale sur l'île de Madagascar et arrive comme prévu aux Indes, à Cochin, où il se pourvoit en épices.

Il revient à Lisbonne deux ans plus tard avec quatre navires et non plus douze, et le tiers de ses hommes seulement. Mais il ramène aussi de pleines cargaisons d'épices et le souvenir d'une certaine découverte à l'ouest de l'Atlantique sud.


12 des 13 navires de la flotte de Cabral sont reproduits.
La plupart furent perdus, comme on peut le voir sur ce dessin
extrait de Memória das Armadas, vers 1568.
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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Lun 23 Avr 2018 - 14:13

23 avril 1775
Naissance de William Turner
« Mon style, c'est l'atmosphère ! »


Autoportrait

Inclassable, William Turner ? On le dit en effet à la fois fidèle aux grands maîtres de la peinture et à l'origine du mouvement impressionniste.
Adulé comme l'un des plus grands maîtres de la peinture anglaise, cet esprit orgueilleux et bougon n'a cessé de cultiver le mystère autour de sa personne et de son œuvre.
Levons ce mystère pour découvrir celui qui influença durablement l'art européen.


Drawing of St John's Church, Margate, vers 1786.
Il n'a que 11 ans.

Le talent n'attend pas

L'histoire commence le 23 avril 1775, avec la naissance de Joseph Mallord William Turner au milieu des perruques, dans le magasin que son barbier de père tient du côté de Covent Garden, à Londres.

Tandis que sa mère s'enfonce bientôt dans la folie, le jeune garçon se réfugie dans le dessin en s'inspirant le plus souvent de gravures entrevues dans les livres.
William ne cessera d'ailleurs, tout au long de sa vie, de créer d'après ses souvenirs, n'hésitant pas à ajouter à ses paysages des formes observées précédemment.


Le Palais de l'archevêque à Lambeth, 1790.

Le jeune garçon est soutenu par son père, persuadé que c'est là sa vocation, qui lui permet d'exposer ses premiers dessins dans sa vitrine et l'encourage dès l'âge de douze ans à vendre ses œuvres.
Il sait déjà séduire le public avide de romantisme en lui proposant des aquarelles représentant des sujets à la mode, comme des marines ou des châteaux écossais.


Le Dernier Voyage du Téméraire, 1839.

Turner senior avait bien raison : William a le dessin dans la peau. Après avoir appris les règles de la perspective dans un atelier d'architecture, il est admis en 1789, à quatorze ans seulement, à la Royal Academy of Arts... Il entre en peinture tandis que la France entre en Révolution !
Ses toiles sont dans un premier temps d'un style plutôt académique. Dans sa maturité, elles vont évoluer jusqu'à se rapprocher de l'abstraction, avec deux générations d'avance sur son temps.


Calais Sands at Low Water -
Poissards Collecting Bait (1832) de Turner.


Le peintre cannibale

Habitué à peindre d'après nature, Turner comprend qu'il doit aussi se nourrir de l'œuvre des maîtres. On le voit, tôt le matin, tracer un croquis d'un tableau exposé dans la Royal Academy pour le terminer ensuite chez lui.

Il se fait alors cannibale, observant avec une faim inassouvie les œuvres des siècles passés. Il scrute, assimile, digère avant de réutiliser les techniques et les motifs dans ses propres créations.
Pour cela, il n'hésite pas à aller au-devant des tableaux en multipliant les visites des collections privées, puis les voyages dans toute l'Europe : il court de France en Suisse, des Pays-Bas à l'Italie.


Venise, vue du canal de la Giudecca, 1840.

Grand admirateur des peintres classiques français, il se nourrit de Nicolas Poussin et Claude Lorrain dont une toile, dit-on, lui aurait arraché des larmes de bonheur.
Ce respect pour la tradition se double d'une volonté d'aller plus loin que ces dignes prédécesseurs, de dépasser les maîtres pour affirmer sa supériorité.

Le maître de la lumière

À 45 ans, Turner est déjà un peintre reconnu : il enseigne depuis 1807 à la Royal Academy, a ouvert une galerie à Londres et rencontre du succès en produisant scènes héroïques et paysages.
Il lui manque encore l'élément qui va chambouler son art... C'est un voyage à Venise qui le lui fournit en lui révéler la lumière et Canaletto.


The Grand Canal - Venice, vers 1835.

Quand il débarque dans la cité des Doges en 1819, il prend du recul pour mieux se consacrer à son sujet de prédilection : la lumière. Ainsi reprend-il les vues bien connues alors de Canaletto mais en accentuant les reflets de l'eau, l'or du soleil et les effets de brume...
Turner, qui n'a jamais excellé dans la représentation des détails, exécute des représentations moins précises mais baignant dans la lumière, comme si un voile incandescent avait été jeté sur les toiles.

Pour « rendre la limpidité de l'air », comme il l'a expliqué, il est un des premiers à mettre des fonds blancs dans ses peintures à l'huile, créant ainsi une harmonie de tons clairs.
Il n'oublie pas pour autant les leçons des maîtres : l'art du clair-obscur hérité de Rembrandt est ainsi accentué pour mieux jouer sur les contrastes et faire exploser les couleurs.

Peintre d'Histoire, peintre de son temps

Par son art pictural tout en sensibilité, Turner révolutionne la peinture d'histoire, comme on le voit ci-dessous avec l'incendie du Parlement de Westminster, en 1834.
Il ne manque pas d'évoquer l'épopée napoléonienne, sans parti pris ni triomphalisme, en témoignant de sa compassion pour les victimes et les vaincus.


La Bataille de Trafalgar, 1822-1825.

On le voit avec la bataille de Trafalgar (1823), le champ de bataille de Waterloo, peint en 1818, ou guerre, exil et rocher, une évocation de Sainte-Hélène qu'il peint en 1842, lors du retour des cendres de Napoléon à Paris.
L'une de ses toiles à la plus forte intensité dramatique est Le négrier (1840). Elle montre un navire négrier qui, menacé par un typhon, se déleste de ses esclaves malades ou mourants.


Le Négrier, 1840.

Des zones d'ombre

L'homme est en effet connu pour son caractère... particulier. Est-on seulement sûr de son lieu de naissance ? Le Kent ou le Devon, comme il aime à le dire à l'un ou à l'autre ? Sa date de naissance, le 23 avril, est aussi sujette à discussion : elle tombe le même jour que celle de Shakespeare. Pas moins. On est seulement sûr de la date de son baptême, le 14 mai 1775...

Dans le privé, le peintre ne s'est jamais marié mais ne s'est pas privé de faire des enfants, tout en dédaignant de s'en occuper. Il reste un mystère pour ses amis qui le décrivent « aussi silencieux qu'un bloc de granit pour ce qui est des mouvements de son âme ».


Turner peignant sur ses tableaux
exposés à la Royal Academy, en public.


Bougon, il aime à voyager seul, armé de sa boîte d'aquarelles et d'un parapluie-épée. Ceux qui ont la chance de suivre ses cours en ressortent somnolents, assommés par ses conférences inaudibles.
Indifférent aux autres, il n'a cependant pas négligé sa propre gloire, léguant ses œuvres à la toute jeune National Gallery à condition qu'elles soient accrochées en vis-à-vis de celles de son cher Le Lorrain.

Il est temps alors pour lui de disparaître en emménageant sous le pseudonyme étrange de M. Booth (« baraque ») dans une obscure maison de Chelsea, où il meurt le 19 décembre 1851, veillé par la compagne de ses vieux jours.
L'ogre de la peinture anglaise, qui aurait créé près de 30.000 œuvres en tout, se sera montré excentrique jusqu'au bout !
Il sera inhumé dans la cathédrale Saint-Paul de Londres, à côté du peintre Joshua Reynolds.


Portrait de William Turner à 69 ans
(Charles Martin, 1844)

Isabelle Grégor


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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Mar 24 Avr 2018 - 19:26

24 avril 1916
«Pâques sanglantes» à Dublin



Le lundi de Pâques du 24 avril 1916, en pleine guerre mondiale, un groupe d'Irlandais se soulèvent contre le colonisateur britannique. Les Britanniques et les Irlandais loyaux à la Couronne voient cette tentative comme un mauvais coup porté aux soldats qui se battent dans les tranchées.


Le centre de Dublin bombardé pendant l'insurrection


De la loyauté à la trahison

En août 1914 a éclaté la Grande Guerre. Le Premier ministre britannique Lord Asquith convainc les Irlandais des deux camps, nationalistes et loyalistes, de mettre une sourdine à leur différend jusqu'à la fin du conflit. Il fait d'autre part avaliser le texte du « Home rule » (autonomie de l'île) par le roi Georges V avec la promesse d'un amendement concernant l'Ulster. Dès le début du conflit européen, les Irlandais se portent massivement volontaires dans l'armée britannique pour combattre les Allemands. Au total 200 000 environ.

Mais quelques extrémistes du Sinn Fein nationaliste et de l'IRB (Irish Republican Brotherhood) préfèrent appliquer l'adage : « England's difficulty is Ireland's opportunity » (Les difficultés de l'Angleterre sont des occasions à saisir pour l'Irlande). Ces hommes forment ce que l'on appellera un peu plus tard l'Irish Republican Army (IRA)...


Photographie de Patrick Pearse en 1916.

Ils occupent plusieurs bâtiments stratégiques au centre de Dublin, dont la Poste, l'Hôtel de ville, le Palais de Justice et des gares, et déploient le drapeau tricolore au-dessus de la Poste. L'un de leurs chefs, le poète Patrick Pearse, lit une proclamation aux badauds : « Au nom de Dieu et des générations mortes dont elle reçoit la vieille tradition nationale, l'Irlande, par notre voix, appelle ses enfants à son drapeau. Soutenus par nos frères exilés en Amérique, nous déclarons que le droit du peuple irlandais à la propriété de l'Irlande et à la libre détermination de sa destinée est libre et imprescriptible ».

Les insurgés espèrent que les badauds vont se rallier à l'insurrection. Las, ils sont conspués par la foule qui commence à se rassembler devant le bâtiment. Qui plus est, ils s'abstiennent d'occuper le Château, résidence du vice-roi et siège du gouvernement général, bien qu'il n'ait pas de défenseurs. C'est l'échec.


Prisonniers irlandais sous bonne garde

Une répression féroce... et contre-productive

L'armée britannique amène de l'artillerie lourde et bombarde consciencieusement le centre de Dublin. Après cinq jours de résistance, les insurgés capitulent sans conditions. Bilan humain : une soixantaine de morts parmi les insurgés, une centaine parmi les assaillants et plus de deux cents parmi les civils, environ 3 000 arrestations.


James Connolly vers 1900.

Un Conseil de guerre condamne à mort tous les meneurs (James Connolly, blessé, doit être calé contre une chaise pour être fusillé comme il convient). Parmi les condamnés à mort figure John MacBride dont le fils, Seán MacBride, deviendra Premier ministre de la République d'Irlande avant de fonder Amnesty International et d'obtenir pour cela le Prix Nobel de la Paix en 1974.

Un certain Eamon de Valera échappe à l'exécution du fait de sa citoyenneté américaine (il est né d'un père espagnol et d'une mère irlandaise). Il deviendra le premier Président de la République d'Irlande...


Éamon de Valera
Troisième président d'Irlande
du 25 juin 1959 au 24 juin 1973



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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Mer 25 Avr 2018 - 8:16

25 avril 1973
Inauguration du boulevard périphérique à Paris




Construction du Périf – Porte de Pantin ©️Roger Viollet

Le point sur la construction du Boulevard périphérique

Reportage sur le tracé du Boulevard périphérique avec les dates de mise en circulation, maquettes. A la Porte de la Chapelle, les travaux sont quasiment terminés. Le franchissement de la Porte de la Vlilette par le Boulevard périphérique sera assuré par un tronçon en béton qui sera terminé fin 1966.


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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Sam 28 Avr 2018 - 11:29

28 avril 1789
Mutinerie du Bounty



Réplique du Bounty réalisée en 1960 pour le film Les Révoltés du Bounty ;
cette reconstruction a été agrandie de 23-40 % par rapport à l'originale.


La mutinerie du Bounty eut lieu à bord du HMS Bounty, un trois-mâts de la Royal Navy, le 28 avril 1789 dans le Pacifique Sud. Les marins mécontents, menés par le second capitaine Fletcher Christian, prirent le contrôle du navire et abandonnèrent à la dérive sur une chaloupe le capitaine William Bligh et 18 marins qui lui étaient restés loyaux. Les mutins s'installèrent ensuite à Tahiti ou sur l'île Pitcairn tandis que la chaloupe de Bligh réalisa une traversée de plus de 3 500 milles marins (6 500 km) jusqu'aux Indes orientales hollandaises.


William Bligh, le capitaine du Bounty.

Le Bounty avait quitté l'Angleterre en 1787 avec pour mission de collecter des plants d'arbre à pain à Tahiti puis de les transporter dans les Indes occidentales britanniques où ils serviraient de nourriture aux esclaves. Après une traversée de près d'un an, le navire arriva à Tahiti et durant l'escale de cinq mois, les marins profitèrent d'une vie agréable et beaucoup nouèrent des liens avec les indigènes.


Fletcher Christian et les mutins du Bounty
capturent le capitaine Bligh le 28 avril 1789 ;
gravure de Hablot Knight Browne (1841).


Cela entraîna une baisse de la discipline et les relations entre l'équipage et Bligh se détériorèrent quand celui-ci infligea des brimades et des châtiments de plus en plus durs. Malgré son amitié initiale avec le capitaine, Christian devint son souffre-douleur et trois semaines après le départ de Tahiti, il organisa une mutinerie qui rassembla plus de la moitié des marins.


La baie de Matavai à Tahiti par William Hodges (1776).

Après que Bligh rejoignit l'Angleterre en avril 1790, l'Amirauté envoya le HMS Pandora dans le Pacifique pour capturer les mutins. Quatorze d'entre eux furent arrêtés à Tahiti et les dix survivants du naufrage de la frégate arrivèrent en Grande-Bretagne en juin 1792 où ils furent jugés en cour martiale ; quatre furent acquittés, trois furent condamnés mais amnistiés et les trois derniers furent pendus. Les mutins et les Tahitiens menés par Christian qui s'étaient installés sur l'île de Pitcairn commencèrent rapidement à tomber malades et à s'entretuer. À la redécouverte de l'île en 1808, John Adams était le seul homme adulte de l'île ; Pitcairn est encore habitée par les descendants des mutins et de leurs compagnes tahitiennes.


Femme polynésienne par John Webber (1777).

Le récit de la mutinerie du Bounty a fait l'objet de nombreuses œuvres de fiction tant littéraires que cinématographiques même si les personnages de Bligh en tyran sadique et de Christian en victime tragique sont parfois éloignés de la réalité historique.



Affiche de 1935 pour le film Les Révoltés du Bounty
avec Charles Laughton dans le rôle de Bligh et Clark Gable dans celui de Christian.
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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Dim 29 Avr 2018 - 8:41

29 avril 1780
Mort du poète et dramaturge
Claude-Joseph Dorat



Claude-Joseph Dorat (1734-1780)
Gravure par Saint-Aubin d’après Vivant Denon.


Claude-Joseph Dorat est né à Paris le 31 décembre 1734. Des femmes qui avaient entendu parler d’Ovide, et des hommes qui croyaient le connaître pour l’avoir lu, peut-être même pour l’avoir appris, se permirent de surnommer Dorat l’Ovide français ; mais Ovide n’était point maniéré, il n’était que naturel, abondant et riche.

Dorat et Ovide n’ont de commun que d’avoir été l’un et l’autre des poètes érotiques ; mais Ovide aimait les femmes, et Dorat voulait principalement en paraître aimé. Il n’imaginait rien au-dessus d’un joli homme, d’un petit-maître, d’un homme à bonnes fortunes ; ce qui lui attira l’épigramme suivante de La Harpe :

Bon Dieu ! que cet auteur est triste en sa gaieté !
Bon Dieu ! qu’il est pesant dans sa légèreté !
Que ses petits écrits ont de longues préfaces !
Ses fleurs sont des pavots, ses ris sont des grimaces.
Que l’encens qu’il prodigue est fade et sans odeur !
C’est, si je veux l’en croire, un heureux petit-maître ;
Mais, si j’en crois ses vers, ah ! qu’il est triste d’être
Ou sa maîtresse ou son lecteur !


Dorat voulut faire des tragédies, maladie qui prend quelquefois aux jolis poètes, qui ne sont que jolis. Il ne put trouver dans son âme, toujours nourrie de petites choses, profondément remplie de bagatelles, et accoutumée à ramper ou à briller dans de petits genres, l’élévation et l’énergie nécessaires. au genre dramatique ; il n’a mieux réussi que dans une seule comédie, la Feinte par amour.

Dorat publia la plupart de ses ouvrages avec de nombreuses gravures par Clément-Pierre Marillier et Charles Eisen, ce qui en fit des chefs-d’œuvre d’art et de luxe typographique. L’abbé Galiani disait à ce sujet que le poète « se sauvait du naufrage de planche en planche ». Ainsi le seul recueil de ses fables lui couta plus de trente mille livres pour les estampes de Marillier et d’Eisen mais, malgré les images, le livre ne se vendit pas, et si la réputation du poète y gagna, sa fortune finit par s’y perdre.


Dorat, à gauche, avec Pezay, en uniforme
de dragon au centre.
Gravure d’Eisen d’après Noël Le Mire.


Une fois tombé dans la misère, il vécut des bienfaits de sa maitresse Fanny de Beauharnais, dont il faisait en partie les vers, passant ses dernières années dans le chagrin, en dispute avec les comédiens, dont il finissait toujours par être le débiteur, en procès avec ses libraires, qu’il avait ruinés par le luxe des planches et des culs de lampe dont il avait la manie de décorer ses moindres productions, harcelé par ses créanciers, et plus encore par quelques journalistes acharnés contre lui, en proie aux récriminations, épuisé de travail et de plaisir, s’efforçant toujours de soutenir, en dépit des circonstances, les prétentions de la philosophie insouciante et légère qui lui devenait, de jour en jour, à la fois de plus nécessaire et plus pénible à afficher.


Portrait en médaillon de Fanny de Beauharnais en
buste de profil trois-quart vers la droite, portant
un voile sur la tête avec un rameau d'olivier.


Quoi qu’il en pût lui en couter, il joua jusqu’à la fin son rôle avec assez de courage. Il était déjà mourant, et qui plus est ruiné, qu’il se ruinait encore pour une petite intrigue cachée, sans être moins assidu ni chez Fanny de Beauharnais, ni chez Alexandrine Fanier de la Comédie-Française, avec qui l’on assure qu’il était secrètement marié ; il était déjà mourant, qu’il travaillait encore avec Fanny de Beauharnais, à l’Abailard supposé, et qu’il n’en était pas moins occupé d’un poème épique, de ses dernières tragédies, de son Voltaire aux Welches, etc.


Alexandrine Fanier de la Comédie-Française
Par Jean-Michel Moreau le Jeune, (1741 - 1814)
Saugrain (graveur)


Deux heures avant sa mort, il voulut faire encore sa toilette comme de coutume, et c’est dans son fauteuil, bien coiffé, bien poudré, qu’il rendit le dernier soupir. Au physique, il était, selon Grimm, dans sa Correspondance, « d’une taille médiocre, mais svelte et leste, sans avoir des traits fort distingués, avait de la finesse dans le regard, et je ne sais quel air de douceur et de, légèreté assez original, assez piquant. » Le désir de plaire l’éloignait néanmoins continuellement de son but car, pour se donner un air de facilité, et ne se pas déranger de sa manière de vivre extrêmement dissipée, il ne travaillait que la nuit, de sorte que ses productions semblaient ne lui couter à peine que le temps de les écrire.
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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Lun 30 Avr 2018 - 9:20

30 avril 1574
Exécution de Boniface de La Mole.



La reine Margot et Boniface de La Môle

Peu après son mariage en 1572, la reine de Navarre tombe amoureuse de Boniface de La Môle, un beau seigneur aux nombreuses conquêtes.
L'amant de la reine avait conspiré avec le duc d'Alençon contre le roi. « Ce gentilhomme, écrivait à son sujet le chronique Pierre de l'Estoile, était meilleur champion de Vénus que de Mars... Il écoutait trois ou quatre messes tous les jours. Le reste du jour et de la nuit, il l'employait à l'amour, ayant cette persuasion que la messe ouïe dévotement expiait tous les péchés et paillardises qu'on eût pu commettre ; de quoi, le feu roi, bien averti, a dit souvent en riant que, qui voulait tenir registres des débauches de La Mole, il ne fallait que compter ses messes ! »


Isabelle Adjani dans le rôle de la Reine Margot et Vincent Perez
dans celui de Joseph Boniface de La Mole


Il fut impliqué en 1574 dans la conjuration des Malcontents destinée à écarter du pouvoir les conseillers italiens de Catherine de Médicis et à favoriser le prince François, duc d'Alençon et d'Anjou à la succession de son frère Charles IX, gravement malade au château de Vincennes, et au détriment de son autre frère Henri d'Anjou. Accusé d'avoir attenté à la vie du roi en détenant une figurine de cire piquée d'aiguilles, fournie par l'astrologue Côme Ruggieri, il fut soumis à la question, condamné à mort et exécuté en place Saint-Jean de Grève à Paris avec son coaccusé Annibal de Coconas, malgré la demande de leur grâce par le duc d'Alençon et Marguerite de Navarre auprès de Charles IX, qui mourut peu après.


Henri et Marguerite, roi et reine de Navarre (vers 1572).
Miniature du livre d'heures de Catherine de Médicis.


On dit que la reine Margot assista, dans l'embrasure d'une fenêtre, au supplice de son amant. Après sa mort, elle prit un deuil public extrêmement spectaculaire. Brantôme rapporte que ses vêtements étaient couverts de « têtes de mort et toutes sortes de trophées de mort ». Et certains chroniqueurs affirment même qu'elle fit embaumer la tête de La Mole et qu'elle la conserva très longtemps dans un meuble de sa chambre.
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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Mar 1 Mai 2018 - 9:21

1er mai 1886
Journée de 8 heures et Fête du Travail



La révolte de Haymarket Square (Chicago, 4 mai 1886).

Le 1er mai 1886, aux États-Unis, 200 000 travailleurs obtiennent la journée de huit heures grâce à une forte pression des syndicats. Mais un affrontement avec la police cause la mort de plusieurs personnes.
En souvenir de cette victoire amère, les syndicats européens instituent quelques années plus tard une « journée internationale des travailleurs » ou « Fête des travailleurs » destinée à se renouveler tous les 1er mai. Cette journée est aujourd'hui appelée « Fête du Travail », bien que l'expression prête à confusion (on ne fête pas le travail à proprement parler mais l'on honore les travailleurs).

Une revendication nationale
Au IVe congrès de l'American Federation of Labor, en 1884, les principaux syndicats ouvriers des États-Unis s'étaient donné deux ans pour imposer aux patrons une limitation de la journée de travail à huit heures. Ils avaient choisi de débuter leur action un 1er mai parce que beaucoup d'entreprises américaines entamaient ce jour-là leur année comptable.
Arrive le 1er mai 1886. Un grand nombre de travailleurs obtiennent immédiatement satisfaction. Mais d'autres, moins chanceux, au nombre d'environ 340 000, doivent faire grève pour forcer leur employeur à céder.



Le 3 mai, une manifestation fait trois morts parmi les grévistes de la société McCormick Harvester, à Chicago. Une marche de protestation a lieu le lendemain et dans la soirée, tandis que la manifestation se disperse à Haymarket Square, il ne reste plus que 200 manifestants face à autant de policiers. C'est alors qu'une bombe explose devant les forces de l'ordre. Elle fait une quinzaine de morts dans les rangs de la police.
Trois syndicalistes anarchistes sont jugés et condamnés à la prison à perpétuité. Cinq autres sont pendus le 11 novembre 1886 malgré des preuves incertaines (ils seront réhabilités plusieurs années après).


Stèle du cimetière de Waldheim

Stèle vengeresse
Sur une stèle du cimetière de Waldheim, à Chicago, sont inscrites les dernières paroles de l'un des condamnés, Augustin Spies : « Le jour viendra où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd'hui » .



Manifester pour la journée de 8 heures
Trois ans après le drame de Chicago, la IIe Internationale socialiste réunit à Paris son deuxième congrès. Celui-ci se tient au 42, rue Rochechouart, salle des Fantaisies parisiennes, pendant l'Exposition universelle qui commémore le centenaire de la Révolution française au pied de la toute nouvelle Tour Eiffel.

Les congressistes se donnent pour objectif la journée de huit heures (soit 48 heures hebdomadaires, le dimanche seul étant chômé), sachant que jusque-là, il était habituel de travailler dix ou douze heures par jour (en 1848, en France, un décret réduisant à 10 heures la journée de travail n'a pas résisté plus de quelques mois à la pression patronale).



Le 20 juin 1889, sur une proposition de Raymond Lavigne, ils décident qu'il sera « organisé une grande manifestation à date fixe de manière que dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, le même jour convenu, les travailleurs mettent les pouvoirs publics en demeure de réduire légalement à huit heures la journée de travail et d'appliquer les autres résolutions du congrès. Attendu qu'une semblable manifestation a été déjà décidée pour le 1er mai 1890 par l'AFL, dans son congrès de décembre 1888 tenu à Saint Louis, cette date est adoptée pour la manifestation. »

Dès l'année suivante, le 1er mai 1890, des ouvriers font grève et défilent, un triangle rouge à la boutonnière pour symboliser le partage de la journée en trois (travail, sommeil, loisir).


La manifestation à Fourmies. (Image Fourmies info/archives.)

Le 1er mai 1891, à Fourmies, une petite ville du nord de la France, la manifestation rituelle tourne au drame. La troupe équipée des nouveaux fusils Lebel et Chassepot tire à bout portant sur la foule pacifique des ouvriers. Elle fait dix morts dont huit de moins de 21 ans. L'une des victimes, l'ouvrière Marie Blondeau, qui défilait habillée de blanc et les bras couverts de fleurs d'aubépine, devient le symbole de cette journée.



Avec le drame de Fourmies, le 1er mai s'enracine dans la tradition de lutte des ouvriers européens.

Quelques mois plus tard, à Bruxelles, l'Internationale socialiste renouvelle le caractère revendicatif et international du 1er mai. Elle est relayée en France par la Confédération Générale du Travail, un syndicat fondé le 23 septembre 1895 à Limoges.

L'horizon paraît s'éclaircir après la Première Guerre mondiale. Le traité de paix signé à Versailles le 28 juin 1919 fixe dans son article 247 « l'adoption de la journée de huit heures ou de la semaine de quarante-huit heures comme but à atteindre partout où elle n'a pas encore été obtenue ».


Défilé de la fête du Travail, à Toronto, vers 1900.

Au Québec, les grandes centrales syndicales ainsi que quelques partis et organisations de gauche manifestent le 1er mai. Plus récemment, les institutions syndicales québécoises ont tendance à célébrer la fête des travailleurs par des rassemblements festifs le samedi ou le dimanche précédant ou suivant le 1er mai, plutôt que la journée même lorsque celle-ci tombe un jour ouvrable. Malgré cette nouvelle tendance, des manifestations sont organisées le 1er mai de chaque année par des collectifs et organismes anticapitalistes. Traditionnellement, lorsqu’il y a une augmentation du salaire minimum au Québec, cela a lieu le 1er mai.

Les manifestations rituelles du 1er mai ne se cantonnent plus dès lors à la revendication de la journée de 8 heures. Elles deviennent l'occasion de revendications plus diverses. La Russie soviétique, sous l'autorité de Lénine, décide en 1920 de faire du 1er mai une journée chômée. Cette initiative est peu à peu imitée par d'autres pays...

1er mai 1906
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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Mer 2 Mai 2018 - 8:53

2 mai 1832
Révélation de George Sand



Portrait de George Sand par Auguste Charpentier
(1838) coll. Musée de la vie romantique, à Paris.


Le 2 mai 1832, la critique littéraire salue la sortie à Paris d'un roman intitulé Indiana. Tiré à 750 exemplaires, il dresse la critique de la vie bourgeoise sous le règne de Louis-Philippe 1er. Son auteur est un inconnu du nom de George Sand.

Derrière ce pseudonyme se cache une jeune femme de 28 ans au parcours déjà rocambolesque, née le 1er juillet 1804 à Paris sous le nom d'Amantine Aurore Lucile Dupin. Ses parents sont un officier et la fille d'un pauvre cabaretier.


La maison natale d'Aurore Dupin, rue Meslay à Paris.

Elle épouse à 18 ans le baron Dudevant dont elle se séparera en 1836 après une relation orageuse et de multiples liaisons. Un an après le mariage, en 1823, naît un garçon, Maurice. Cinq ans plus tard naît une fille, Solange.

Le pseudonyme George Sand sous lequel Aurore accède à la célébrité littéraire rappelle par ailleurs Jules Sandeau, l'amant avec lequel elle a commencé à écrire.


Le cabinet de travail et la bibliothèque de George Sand, au château de Nohant.


Passionnée et volontiers exubérante, révolutionnaire et républicaine dans l'âme, elle mène en marge de ses travaux d'écriture maints combats politiques et des engagements féministes avant l'heure.

Elle ne craint pas non plus de scandaliser les bonnes âmes en s'affichant en tenue d'homme ou avec un cigare.
Il n'est pas exceptionnel, au XIXe siècle, qu'une femme écrivain prenne un pseudonyme masculin pour écrire, les auteurs femmes étant méprisées. En revanche, George Sand est la seule femme écrivain de son siècle dont les critiques parlaient au masculin et qui était classée non pas parmi les « femmes auteurs », mais parmi les « auteurs », au même rang que Balzac ou Hugo.

La maturité venue, la romancière prend ses distances avec la bourgeoisie louis-philipparde et découvre comme bien d'autres le monde du travail. Elle devient ainsi l'amie du peintre Jean-François Millet, l'auteur de L'Angélus.

Malgré de nombreux détracteurs comme Charles Baudelaire ou Jules Barbey d'Aurevilly, George Sand contribue activement à la vie intellectuelle de son époque, accueillant au domaine de Nohant ou à Palaiseau des personnalités aussi différentes que Franz Liszt, Frédéric Chopin, Marie d'Agoult, Honoré de Balzac, Gustave Flaubert, Eugène Delacroix, conseillant les uns, encourageant les autres. Elle a entretenu une grande amitié avec Victor Hugo par correspondance mais ces deux grandes personnalités ne se sont jamais rencontrées.


Personnages assis, de gauche à droite : Alexandre Dumas, George Sand, Franz Liszt, la comtesse Marie d'Agoult.
Personnages debout : Victor Hugo94, Niccolò Paganini, Gioachino Rossini.


Après les journées révolutionnaires de 1848, elle se retire dans son château de Nohant, au coeur de cette campagne berrichonne qui lui fournit la matière de ses meilleurs romans : La Mare au diable (1846), François le Champi (1847) ou encore La petite Fadette (1849).

Elle écrit vite. Quatre jours lui suffisent par exemple pour écrire La Mare au diable, l'un de ses plus célèbres ouvrages. Mais elle prend ensuite son temps pour relire et corriger son texte.

Après le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte et la fondation du Second Empire, en 1852, elle se tient à l'écart du pouvoir mais conserve l'estime de l'empereur, lui-même connu pour sa fibre sociale.


George Sand vers 1860, par Nadar à Paris.
Collection du Musée d'Orsay.


La « dame de Nohant » meurt dans la sérénité le 8 juin 1876. Passionnée, provocatrice, elle a créé un personnage inédit : la femme libérée.

LIRE LA SUITE:
 



Tombeau de George Sand.
Domaine du château de Nohant.
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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Mer 2 Mai 2018 - 9:06

merci
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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Jeu 3 Mai 2018 - 8:07

3 mai 1968
« Mai 68 » débute à la Sorbonne



« Il est interdit d'interdire ! »
(slogan emblématique de l'époque).


Le 3 mai 1968, à Paris, la police évacue 500 étudiants qui occupaient  la vénérable faculté de la Sorbonne. Le commissaire procède à des  contrôles d'identité et embarque plusieurs étudiants au poste. Aussitôt  éclatent des manifestations dans tout le Quartier Latin, au cri de «Libérez nos camarades !» Des barricades font leur apparition.

C'est le début des «Événements de Mai-68»,  qui combinent l'agitation étudiante, un mouvement social de très grande  ampleur et l'opposition politique au régime gaulliste qui célèbre le 13  mai son dixième anniversaire.


Daniel Cohn-Bendit en 1968.

L'étincelle
Dès le début de l'année 1968, à Paris comme à Rome et surtout sur les campus américains, les étudiants dénoncent vivement l'engagement américain au Viêt-nam...
Le 22 mars 1968, suite à l'arrestation à Paris de six des leurs, 142  étudiants constituent un mouvement de soutien connu sous le nom de Mouvement du 22 mars. Plusieurs, parmi lesquels un certain Daniel Cohn-Bendit, sont traduits devant le Conseil de l'Université de Paris.
Une  manifestation de soutien est programmée le 3 mai à la Sorbonne. Le  recteur, qui craint une provocation de l'extrême-droite, demande à la  police d'évacuer les lieux. L'affaire va dégénérer... Pendant ce temps,  le pays baigne dans le calme le plus complet. Le 2 mai, le Premier  ministre Georges Pompidou est parti pour un voyage officiel de dix jours en Iran et en Afghanistan...


La liberté est le crime qui contient tous les crimes.
C'est notre arme absolue !,
sur un mur de La Sorbonne en Mai 68.


La conflagration
Une semaine plus tard, le 10 mai, les étudiants manifestent à nouveau en masse pour exiger l'«évacuation» de la Sorbonne et la «libération»  de quatre de leurs camarades. En soirée ont lieu les premiers heurts  entre la police et les manifestants. On compte de nombreux blessés dans  les deux camps mais, fort heureusement, aucun décès.
Les syndicats  appellent à une journée de grève générale pour le lundi suivant, le 13  mai. La Ve République, née dix ans plus tôt à la faveur du vrai-faux coup d'État d'Alger, vacille sur ses bases et l'on entend les cris de «Dix ans, ça suffit !».  Commence alors la plus grande grève jamais vue en France (8 millions de  grévistes). Pendant ce temps, comme si de rien n'était, le président Charles de Gaulle part en voyage officiel en Roumanie...


Des travailleurs en grève devant leur usine occupée en juin.

L'apaisement
Au  grand dam des étudiants, les syndicats vont négocier pour leur compte  la sortie de crise avec Georges Pompidou. C'est ainsi que sont signés  les accords de Grenelle (la rue de Grenelle abrite l'hôtel Matignon,  résidence du Premier ministre). Le gouvernement entérine une  augmentation générale de 10% des salaires. Le SMIG (salaire minimum  interprofessionnel garanti, remplacé plus tard par le SMIC, salaire  minimum interprofessionnel de croissance) est, lui, augmenté de 35%, ce  qui le porte à... 500 francs par mois (environ 75 euros).
Le 30  mai, de Gaulle, après quelques jours de flottement, annonce à la radio  la dissolution de l'Assemblée nationale. Le jour même, un demi-million  de personnes remontent les Champs-Élysées en signe de soutien  enthousiaste au régime gaulliste. Fin juin, le frisson rétrospectif  amène à l'Assemblée nationale une écrasante majorité de droite.


Manifestation du 6 mai 1968
Rue st Jacques à Paris
Herodote
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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Jeu 3 Mai 2018 - 8:14

merci Opaline  image43 Bien documenté ; j'avais , alors , 25 ans , marié et père de 2 enfants : 4 ans et 2 mois . Je résidais et travaillais à BEZIERS .
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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Ven 4 Mai 2018 - 9:14

4 mai 1897
Incendie du Bazar de la Charité




Une voyante qui prédit un drame, des femmes qui se transforment en torches vivantes et des dandys qui se fraient un chemin à coups de canne parmi les corps gisants qui s’amoncellent… Bienvenue au Bazar de la Charité !


Henriette Couë‘don, dans son cabinet de la Rue Paradis.
Gravure de l’Illustration avril 1897


C’est dans ce tout nouveau lieu dédié aux bienfaisances mondaines que la comtesse de Maillé, alors à la tête des cercles catholiques d’ouvriers, choisit d’organiser une vente d’objets au profit des plus démunis. En amont de l’événement, le 21 mars 1897, elle tient chez elle une réception afin de récolter l’obole du gotha du Tout-Paris.Pour animer cette soirée, elle convie également la célèbre voyante de la rue de Paradis, Henriette Couëdon. Mais voilà que pendant la soirée, Henriette entre en une sorte de transe et déclare : « Près des Champs-Élysées, je vois un endroit pas élevé, qui n’est pas pour la pitié, mais qui en est approché dans un but de charité qui n’est pas la vérité. Je vois le feu s’élever et les gens hurler. Des chairs grillées, des corps calcinés. J’en vois comme par pelletées... » (Le Gaulois du 15 mai 1897). Ah, elle savait mettre l’ambiance Henriette !


Vue d'ensemble du Bazar de la Charité avant l'installation des comptoirs.

Souffrance et soumission sont les maîtres mots. On apprends aux jeunes filles à tenir leur rang, à être gentilles et polies. Rappelez-vous, Les Malheurs de Sophie de la comtesse de Ségur, publié en 1858 et lu par un grand nombre de petites filles de la bourgeoisie. Les mésaventures de Sophie sont dues à son incapacité à se contrôler, son comportement transgressif, sa sauvagerie. Non, le rôle de la femme de l’élite, c’est de suivre la morale chrétienne et d’accomplir son devoir de charité envers les pauvres. En effet, par peur des révoltes des classes populaires, et face aux troubles occasionnés par les mouvements ouvriers, la haute société tente de maintenir une paix sociale en se distinguant par sa philanthropie. Se développe ainsi une sorte d’hypocrisie de la bienfaisance


Reconstitution d'une rue du « vieux Paris ». D'anciens décors de théâtre sont pour l'occasion réutilisés.
L'enseigne au premier-plan porte le nom d'« À la truie qui file ».
Photos parues originellement dans L'Illustration.

Le 4 mai 1897, comme les années précédentes, le Bazar de la Charité ouvre ses portes dans une halle somptueusement décorée pour la circonstance (échoppes médiévales en carton-pâte, vélum,...), au 17, rue Goujon, près des Champs-Élysées, à Paris.
Des dames de la bonne société vendent divers objets pour les bonnes oeuvres. La plus remarquée de toutes est la duchesse d'Alençon, soeur de l'impératrice d'Autriche « Sissi ». Une salle de cinéma a été installée pour divertir les 1200 invités. C'est là que vers 16 heures, des vapeurs d'éther s'enflamment.


La duchesse d'Alençon, victime de l'incendie.

Au fond du Bazar, on avait également installé sous un appentis en planche un cinématographe des Frères Lumières. Ah, le cinéma ! Depuis la naissance du cinématographe, deux ans auparavant, plus aucunes festivités mondaines ne se passait sans la présence d’un de ces appareils à projection animées destinés à subjuguer et divertir les foules. Pour seulement cinquante centimes, les invités de la vente de charité allaient pouvoir assister à la projection de La sortie des usines Lumière à Lyon, L’arrivée du train en gare de La Ciotat et L’arroseur arrosé. Quelle aubaine !


Fuite par la lucarne de l'Hôtel du Palais.
Illustration tirée du Supplément illustré du Petit Journal du 16 mai 1897.


Vers quatre heures de l’après-midi, quelques minutes après le départ du Nonce apostolique venu bénir les lieux et tandis que la fête battait son plein, Bellac, le projectionniste s’apprête tranquillement à changer une bobine de film. L’éclairage servant à projeter l’image sur la toile était fourni par une lumière oxyéthérique (utilisant l’oxygène et l’éther), un chalumeau-securitas dit aussi multi-saturateur, de la marque SECURITAS !. Cette lanterne à éther dont la marque garantit une sécurité à tout épreuve est quasiment vide, il faut la remplir à nouveau. Bellac n’y voit pas très clair dans l’obscurité de la cabine et demande à son jeune assistant de l’éclairer.


Reconnaissance des victimes au Palais de l'Industrie.
Illustration tirée du Supplément littéraire illustré du Petit Parisien du 16 mai 1897.


Le bougre craque une allumette suédoise au milieu des vapeurs d’éther et le ruban de Celluloïd sorti hors de la bobine s’embrase en un éclair. Immédiatement, « le Bazar tout entier, fait de planches et de sapin, de toile goudronnée, de tentures, fut la proie des flammes ». Les flammes courent le long des boiseries et des débris incandescents s’abattent sur la foule en panique qui aussitôt « se rua aux portes mêmes qu’on savait condamnées, mais qu’on espérait forcer : malheureusement, elles résistèrent à la poussée et devant elles, au milieu des cris et des flammes, on s’écrasa, se piétina, et un amoncellement de corps se fit, tandis que le Bazar tout entier n’était plus, en un instant, qu’un immense brasier, qui, six minutes plus tard, s’éteignait de lui-même après avoir tout détruit ». Imaginez, le choc !


Le lendemain du sinistre. Photo parue à l'origine dans Le Monde illustré. L'incendie a tout dévasté.

Le journaliste du Figaro qui arrive sur les lieux quelques minutes après le drame raconte : « On vit un spectacle inoubliable dans cet immense cadre de feu formé par l’ensemble du bazar, où tout brûle à la fois, boutiques, cloisons, planchers et façades, des hommes, des femmes, des enfants se tordent, poussant des hurlements de damnés, essayant en vain de trouver une issue, puis flambent à leur tour et retombent au monceau toujours grossissant de cadavres calcinés » (Figaro, 5 mai 1897). Parmi les nombreuses victimes, se trouvaient « les plus grands noms de l’aristocratie française et de la haute société parisienne, parmi lesquels ceux de la duchesse d’Alençon, sœur de l’Impératrice d’Autriche; de la comtesse d’Hunolstein, sœur du douzième duc d’Uzès ; de la Marquise Maison, sœur du baron de Mackau, président du comité d’organisation du Bazar ; de la baronne de Vatimesnil, belle-soeur de la précédente ; de la baronne de Laumont ; de la générale Warnet ; de la générale Chevals ; de Madame de Carayon-La-Tour ; des deux filles du Comte de Chevilly ; du général Munier ; de Madame Jacques Haussmann et de cent autres ».


Madame Isabelle de Lassus
épouse de Carayon-La-Tour


Après la bousculade, on comptera 160 victimes brûlées vives dans des conditions atroces, essentiellement des femmes de la haute société que leur robes ont gênées dans leur fuite. Parmi elles la duchesse d'Alençon, qui n'avait pas voulu laisser derrière elle les jeunes filles de son entourage. Le pays est frappé de stupeur. Un service funèbre est célébré à Notre-Dame le 8 mai, en présence du président Félix Faure.


Reconnaissance des corps au Palais de l’Industrie

Les cadavres calcinés sont ramassés à la pelle (souvenez-vous de la prophétie d’Henriette), et l’on constate que sur les 124 victimes il y eu 118 femmes et 6 hommes, selon le site officiel de l’association Mémorial du Bazar de la Charité et Le Petit Journal. Ces quelques victimes masculines ce sont des vieillards, un groom de 14 ans et un médecin volontaire, le docteur Feulard, « qui, après avoir sauvé sa femme, puis deux religieuses, rentra une troisième fois dans la fournaise pour y chercher son enfant » et n’en ressortira jamais… Mais attendez, 118 femmes et 6 hommes ! Que s’est t-il passé dans ce Bazar et comment expliquer cette hécatombe quasi exclusivement féminine ?

Le journal Le Matin rapporte également que « les femmes ont brûlé comme des brebis dans la bergerie, toutes serrées les unes contre les autres… Quant aux hommes, je préférerais n’en pas parler : ils ont été au-dessous de tout. Et, cependant, une vingtaine d’hommes de résolution et de sang-froid auraient pu conjurer le désastre. La plupart ont pris la fuite, et qui sait si ce n’est pas eux qui ont foulé aux pieds les malheureuses femmes qu’on a retrouvées, écrasées, aux portes des sorties ? ».



D’un point de vue vestimentaire à la fin du XIXe siècle,
hommes et femmes ne sont pas sur un pied d’égalité en matière de survie en milieu hostile…


Piégées dans leurs longues et imposantes robes bouffantes (imprégnées de glycérine pour gagner en volume), les femmes ont été la proie des flammes. Les cols de dentelles, le satin et l’organdi s’embrasent si facilement ! Accourant terrorisées vers les portes de sortie, elles s’y sont amoncelées, incapables de se dépêtrer dans leurs jupons elles finissent par en bloquer l’accès. Les hommes, ces banquiers et hommes d’affaires, voulant eux aussi sauver leur peau tentent de les enjamber pour fuir, mais elles s’agrippent et hurlent à l’aide. Dans la panique, l’évacuation se transforme en un tragique « chacun pour soi », la bousculade est d’une violence inouïe.

Ainsi, on parle de femmes rescapées de l’incendie mais « victimes de la brutalité, de la lâcheté masculines. Car des hommes ont frappé pour se faire faire place » ! Une religieuse raconte : « Des messieurs m’ont jetée à terre, foulée aux pieds. Ils abattaient des dames à coups de poings, pour fuir plus vite. C’est une jeune-fille qui m’a sauvée ». Et l’article de conclure dramatiquement : « l’on a trouvé sur le terrain, parmi les pièces à conviction, des cannes auxquelles adhèrent, par du sang coagulé, des cheveux, de longs cheveux de femmes… ».



Les cadavres retirés des décombres. Supplément illustré du Petit Journal du 16 mai 1897.


« Qu’ont fait les hommes ? », c’est le titre de la Une de L’Écho de Paris du 14 mai 1897 rédigée par la journaliste féministe Séverine et dans laquelle elle s’insurge que « parmi ces hommes (ils étaient environ deux cents), on en cite deux qui furent admirables et jusqu’à dix en tout qui firent leur devoir. Le reste détala, non seulement ne sauvant personne, mais encore se frayant un passage dans la chair féminine, à coups de pieds, à coups de poings, à coups de talons, à coups de canne». C’est pas joli-joli tout ça… !

Aussitôt la sanction tombe! La presse ridiculise alors ces « chevaliers de la Pétoche », ces « marquis de l’Escampette » et autres « sires de Fiche-ton-camp ». On raille ces « hommes qui ont manqué de sang-froid, sinon de courage, et dont toute l’énergie s’est manifestée par une fuite dont ils porteront éternellement la honte. Les noms de ces chevaliers félons circulent de bouche en bouche » condamne encore Le Matin.

Mais ce n’est certainement pas une telle témérité qui a animé le baron Mackau, l’un des principaux organisateurs de l’événement, qui fait bien entendu parti des survivants. Il recevra le lendemain du drame un courrier du père d’une victime, anéanti de douleur, lui déclarant : « Je regrette, monsieur, qu’en qualité d’ancien officier de marine, je sois obligé de vous rappeler que le commandant doit quitter son bord le dernier ».



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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Sam 5 Mai 2018 - 8:47

5 mai 1821
Mort de Napoléon

(D’après « Vie politique et militaire de Napoléon » Tome 4
(par Antoine-Vincent Arnault), paru en 1827)



Napoléon dans son cabinet de travail,
par Jacques-Louis David


Dès l’année 1818, la santé de Napoléon avait éprouvé une altération notable, quand lord Bathurst ordonna le renvoi du docteur O’Méara, le seul Anglais auquel l’illustre captif ait accordé sa confiance. Cet honnête homme s’en était montré digne en refusant de trahir celui qui le payait pour le guérir, et de faire l’espionnage sous l’habit de médecin.
Un an après le départ du docteur O’Méara, le docteur Automarchi, envoyé auprès de Napoléon par sa respectable mère, vint prendre la direction de sa santé ; mais le mal avait empiré. Les soins de ce médecin, aussi zélé qu’éclairé, adoucirent les souffrances de son malade, et n’en purent détruire la cause. Le séjour de Napoléon à Sainte-Hélène était sa véritable maladie : au commencement de 1821, elle prit un caractère plus alarmant.


Mort de Napoléon, tableau de Charles de Steuben (vers 1828).


Aux symptômes d’après lesquels on avait regardé le foie comme le siège de son mal, s’en joignirent d’autres qui prouvèrent qu’en lui l’estomac aussi était vivement attaqué. Le père de Napoléon avait été emporté par un cancer au pylore. Napoléon reconnut qu’il était atteint de la même affection, et qu’elle était incurable. « Vous amusez la douleur, et la mort la termine : je m’éteins ; mon heure est sonnée », disait-il à son médecin (16 novembre 1820).
Le 6 mars 1821 : « Que vous en semble, docteur ? N’est-ce pas une bataille perdue ? » disait-il au même médecin ; et repoussant les remèdes : « Je ne m’abuse plus : la vie m’échappe ; je le sens ; c’est pour cela que je renonce aux médicaments : je veux mourir de maladie, entendez-vous ? »

Loin de participer à l’affaiblissement de son corps, son esprit avait plus d’étendue, plus de vivacité, plus d’énergie que jamais. Dans ses conversations, qui roulaient toutes sur des matières graves, il discutait avec une égale supériorité les questions les plus ardues de la philosophie et de la politique ; et par l’exactitude avec laquelle il racontait dans leurs moindres détails les faits qui s’étaient accomplis sous son commandement, il prouvait que sa mémoire n’était pas plus altérée que ses autres facultés intellectuelles ; il se complaisait à mêler à ses récits l’éloge de ses compagnons d’armes, et il n’en parlait pas sans exaltation.
Ses réflexions prenaient quelquefois aussi une teinte de mélancolie : sa sensibilité se manifestait pour des objets qui autrefois n’eussent pas obtenu son attention. Mais à cela seulement se borna l’influence de sa santé sur son moral. Le discours qu’il prononça peu de jours avant de mourir constate que Napoléon ne fut pas un seul moment au-dessous de lui-même.


Napoléon sur son lit de mort (par Horace Vernet)

Le 15 avril, il avait fait son testament. Le 3 mai, les exécuteurs de ses dernières volontés étant réunis autour de son lit : « Je vais mourir, leur dit-il ; vous allez repasser en Europe. Je vous dois quelques conseils sur la conduite que vous aurez à tenir. Vous avez partagé mon exil : vous serez fidèles à ma mémoire : vous ne ferez rien qui puisse la blesser. J’ai sanctionné les principes : je les ai infusés dans mes lois, dans mes actes ; il n’y en a pas un seul que je n’aie consacré. Malheureusement les circonstances étaient sévères, j’ai été obligé de sévir et d’ajourner. Les revers sont venus : je n’ai pu débander l’arc, et la France a été privée des institutions que je lui destinais. Elle me juge avec indulgence ; elle me tient compte de mes intentions ; elle chérit mon nom, mes victoires. Imitez-la. Soyez fidèles aux opinions que nous avons défendues, à la gloire que nous avons acquise. Hors de là il n’y a que honte et confusion. »


Testament de Napoléon Ier, conservé aux Archives nationales.

France..., tête..., armée... sont les derniers mots qu’ait articulés Napoléon. Ils indiquent assez quelles pensées le dominaient encore à son dernier moment. Napoléon expira le 5 mai à six heures du soir. Il était âgé de cinquante et un ans et neuf mois. Son corps fut ouvert. On reconnut qu’il avait succombé à deux maladies : un ulcère à l’estomac et une affection au foie. La dernière était produite par le climat qui avait aggravé l’autre. Napoléon ne calomnia donc pas le gouvernement anglais, en lui léguant l’opprobre de sa mort.


Tombe de Napoléon à Sainte-Hélène

Napoléon fut exposé dans une chapelle ardente. Comme dans un jour de bataille, il était revêtu de l’uniforme de la garde impériale , décoré des ordres de la Légion d’honneur et de la Couronne de Fer, botté, éperonné, armé de son épée et coiffé de ce chapeau dont la forme particulière le rappelait tout entier, et qui avait servi si longtemps de signe de ralliement aux premiers soldats du monde. Conformément à sa volonté expresse, son aumônier, l’abbé Vignali, qui lui avait administré les secours de la religion, récitait des prières à son chevet. « Je crois en Dieu, lui avait dit le mourant en prescrivant le cérémonial, je suis de la religion de mon père. N’est pas athée qui veut. »


Tombeau de Napoléon aux Invalides.

L'intoxication à l'arsenic
Dans les laboratoires ChemTox de Strasbourg, trois séries d'investigations furent réalisées par le Dr Kintz sur cinq mèches de cheveux divers, provenant toutes de différentes collections répandues de par le monde
Les résultats de ces analyses furent exposés en détail par le Dr Kintz le 2 juin 2005, à Illkirch-Graffenstaden près de Strasbourg. Dans sa conclusion, le Dr Kintz témoigne : « Dans tous les échantillons de cheveux de l’Empereur, l’ICP-MS a mis en évidence des concentrations massives, concentrations compatibles avec une intoxication chronique par de l’arsenic minéral très toxique. Nous sommes sans ambiguïté sur la piste d’une intoxication criminelle. »
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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Dim 6 Mai 2018 - 9:42

6 mai 1937
L'incendie du zeppelin Hindenburg



Le Hindenburg à Berlin en 1936.

Le 6 mai 1937, le Zeppelin Hindenburg, un dirigeable à coque rigide, s'enflamme à son arrivée sur l'aéroport de Lakehurst, près de New-York, après une traversée paisible et confortable de l'Atlantique en deux jours, au départ de Francfort.

Sa coque prend feu en touchant le mât d'amarrage, peut-être sous l'effet d'orages électriques.



L'incendie se propage en quelques minutes aux flancs de 245 mètres de long, remplis de 200 000 m3 d'hydrogène (du fait d'un embargo des États-Unis frappant l'Allemagne nazie, l'exploitant du dirigeable avait dû utiliser l'hydrogène à la place de l'hélium, un gaz inerte et non inflammable).

Dans la nacelle placée sous la coque, c'est l'affolement. Sur les 97 personnes, passagers et hommes d'équipage, 35 périssent dans des conditions dramatiques sous l'oeil des caméras mobilisées pour cet événement que l'on espérait festif et mondain.



Le Zeppelin LZ 129 Hindenburg (du nom de l'ancien président de l'Allemagne) en était à son 63e vol commercial et à sa vingtième traversée de l'Atlantique.
Dix mois plus tôt, il avait survolé fièrement le Stade olympique de Berlin le jour de l'ouverture des JO, le 1er août 1936.

Une filière prometteuse

Le premier engin de cette sorte avait été lancé sur le lac de  Constance par un général à la retraite de 62 ans, le comte allemand  Ferdinand von Zeppelin, le 2 juillet 1900.
L'inventeur et son successeur Hugo Eckener développèrent avec succès la série des Luftschiff Zeppelin (LZ). Plus d'une centaine étaient déjà en exploitation en 1935, dont le célèbre Graf Zeppelin, le plus grand jamais construit. Cette année-là, leur société Luftschiffbau Zeppelin GmbH était nationalisée par le gouvernement nazi.


La salle à manger  reconstituée..

Le voyage s'est déroulé sans incident particulier, mais l'atterrissage est retardé par un orage. Quelque 200 manœuvres – marins et ouvriers – s'apprêtent à l'amarrer. Un incendie éclate à la poupe du dirigeable, rapidement alimenté par le dihydrogène. L'aéronef perd son stabilisateur horizontal et s'écrase au sol en 34 secondes. Le brasier est nourri par le carburant diesel des moteurs. Il y avait 97 personnes à bord, dont 61 membres d'équipage et 36 passagers. L'accident fait 35 morts, dont 21 membres d'équipage, 1 membre du personnel au sol et 13 passagers. C'est le premier accident majeur d'un dirigeable allemand depuis la Première Guerre mondiale.


Vue du LZ 129 Hindenburg en 1936.

L'accident de Lakehurst met fin à l'exploitation des dirigeables  commerciaux, une filière pourtant prometteuse pour le transport de  passagers et de charges lourdes à moyenne et longue distance.
La Seconde Guerre mondiale allait consacrer le triomphe sans partage  de l'aviation, tant sur les lignes commerciales que dans les emplois  militaires. En ce début du XXIe siècle, toutefois, d'aucuns évoquent le  recours aux dirigeables, une technologie qui présente des avantages  énergétiques pour le transport des charges lourdes...
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MessageSujet: Re: Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)   Lun 7 Mai 2018 - 8:54

7 mai 2010
Homo sapiens convole avec Néandertal



Svante Pääbo et son équipe à l'institut Max Plank

Dans une étude publiée par la revue Science le 7 mai 2010, une équipe internationale de généticiens a révélé que des croisements ont eu lieu au Proche-Orient entre les hommes de Néandertal et des Homo sapiens venus d'Afrique.
Des croisements ont aussi eu lieu entre Homo sapiens et un cousin de Néandertal, l'homme de Denisova (Sibérie). Il en résulte que les Européens, les Asiatiques et les Océaniens seraient tous porteurs de gènes néandertaliens ou dénisoviens. Les Africains (Khoisans et Bantous) en seraient quant à eux exempts du fait d'un lien exclusif avec Homo sapiens, l'ancêtre commun de toute l'humanité (*).
En parvenant ainsi à mesurer les flux de gènes à des dates très reculées, l'équipe conduite par le Suédois Svante Pääbo ouvre ainsi de nouvelles voies de recherche aux préhistoriens.


Cro-magnon
L'original est maintenant exposé
au Musée de l'homme à Paris.


Un aventurier de la recherche
En 1997, Svante Pääbo prend la direction du tout nouveau département de génétique 
de l’Institut Max-Planck d’anthropologie 
évolutionniste à Leipzig, en Allemagne, qui travaille sur le décryptage du génome humain. En 2006, grâce à un budget conséquent, l'équipe lance le programme de séquençage de Néandertal et décrypter son ADN (acide désoxyribonucléique).
Les premiers résultats tombent au bout de quatre ans avec en premier lieu, l'identification d'une nouvelle espèce du genre Homo à partir de minuscules ossements découverts dans la grotte de Denisova, dans l'Altaï (Sibérie du sud).
Cet homme de Denisova, sur lequel on n'a pas plus d'informations, descendrait d'un ancêtre commun avec Homo neanderthalensis et Homo sapiens, il y a un million d'années. À une date plus récente, il se serait uni avec son lointain cousin sapiens venu d'Afrique de sorte qu'une petite partie de ses gènes se retrouverait aujourd'hui encore chez les Asiatiques et les Aborigènes d'Océanie.


Un enfant de Néandertal, différent des humains... mais si peu.
Cette reconstitution est une dermoplastie réalisée par Elisabeth Daynès.
On peut retrouver l'Homme de Néandertal à La Chapelle-aux-Saints,
en Corrèze, lieu de la découverte d'un squelette complet en 1908.
Il s'y trouve un musée de l'Homme de Néandertal, dynamique et instructif.
©️ Philippe Plailly


Les amours fécondes de Cro-Magnon et Néandertal

Enfin vient la publication dans Science des résultats concernant Néandertal. L'équipe de Leipzig met en évidence des croisements entre Néandertal et Homo sapiens, preuve que les deux groupes étaient interféconds.
Ces croisements ont pu avoir lieu au Proche-Orient, il y a environ 70 000 à 80 000 ans, quand des groupes de Néandertaliens sont arrivés d'Europe. Si l'on en croit les scénarios des généticiens de Munich, ils y ont rencontré les Homo sapiens archaïques arrivés il y 150 000 ans environ, en provenance d’Afrique.

En nombre très restreint - quelques dizaines ou centaines de milliers au maximum, les uns et les autres ont cohabité pendant environ trente mille ans sur cet espace en partageant les mêmes techniques de type moustérien (d'après le site néandertalien du Moustier, en Dordogne). Et plus si affinités.


Répartition de l'Homme de Néandertal en Europe (bleu),
au Moyen-Orient (orange), en Asie centrale (vert),
et dans l'Altaï (violet)


Des croisements initiaux entre Homo sapiens et Néandertal résulterait donc la présence de 1 à 4% de gènes issus de Neanderthal dans le génome des Européens et des Asiatiques actuels, voire 6% chez les Papous d'Océanie ! Comme ce ne sont pas les mêmes gènes neanderthaliens qui se retrouvent d'un individu à l'autre, nous perpétuerions au total environ 30% du patrimoine génétique de Neanderthal ! Ces découvertes donnent à penser que Neanderthal et Homo sapiens ne seraient pas à proprement parler des espèces différentes. Il faudrait alors ne plus parler d'Homo neanderthalensis mais d'Homo sapiens neanderthalensis !


L'évolution de l'homme :-)
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Une petite histoire par jour (La France Pittoresque)
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