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 Superstitions lorraines de l’ancien temps

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Rolande
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MessageSujet: Superstitions lorraines de l’ancien temps   Dim 26 Mai 2013 - 18:10

Superstitions lorraines de l’ancien temps



Les fontaines réputées miraculeuses ne manquent point dans les trois départements lorrains, et nombre de gens n’ont pas cessé d’avoir en la vertu de leurs eaux la même confiance que les ancêtres...

Au sud-ouest de la Meuse, entre Gondrecourt et
Ligny surtout, à Reffroy, à Badonvilliers, à Tourailles, saint
Christophe, sainte Anne, saint Michel ont gardé leurs partisans
convaincus. Là-bas, lorsqu’un jeune enfant souffre et languit, sa mère
ou quelque autre de ses proches s’achemine, avec une chemise du malade,
vers l’une des sources consacrées à ces élus.


La chemise est jetée sur l’eau du bassin. Surnage-t-elle ? L’enfant
est condamné comme ne tenant pas du saint. Si, au contraire, elle coule à
fond tout entière, l’enfant tient tout entier du saint, patron
de la fontaine ; il est sauvé, immanquablement, il guérira ! Dans l’un
et l’autre cas, la famille fait une neuvaine de prières qui hâtera la
mort ou le rétablissement de l’enfant. Il se peut qu’une partie
seulement de la chemise soit immergée : l’eau est si capricieuse ! Il
est dès lors certain que seule la partie correspondante du corps est
atteinte ; toutefois la neuvaine s’impose encore.




Arrancy (Meuse)
En d’autres villages de la Meuse, si la chemise plonge, c’est au
contraire de mauvais augure. A Vaux-la-Petite, jusqu’en 1865, on faisait
sécher, sans la tordre, la chemise immergée dans la fontaine
consacrée à saint Julien et l’on en revêtait le petit malade pour
assurer la guérison. Ces usages ne sont pas particuliers au département
de la Meuse ; ils existent aussi en Meurthe-et-Moselle, près de Toul.


Il serait oiseux de citer les sources de Lorraine réputées
miraculeuses, celles qui passent pour souveraines contre la fièvre, les
maux d’yeux et d’oreilles, les coliques. Contentons-nous d’indiquer la
fontaine de la Pichée, près de Pintheville (Meuse), douée d’innombrables
vertus curatives, parce que la Vierge y est venue se laver les pieds.
Ne demandez pas aux gens du village dans quelles circonstances la
Vierge procéda à ces ablutions ; vous risqueriez de vous faire écharper.
Par contre, les habitants d’Arrancy, tout au nord de la Meuse, près de
Longuyon, ont perdu toute confiance en saint Martin.


La légende rapporte que le saint voyageait en ces parages, quand le
pied de sa monture, rencontrant un caillou, y creusa un trou de
12 centimètres de diamètre en forme de fer à cheval. Toujours, même par
les plus grandes sécheresses, cette cavité contient de l’eau, une eau
curative, ou plutôt qui l’était jadis. Saint Martin a eu évidemment à se
plaindre des gens du cru, puisque l’eau du caillou ne guérit plus. Le Caillou de saint Martin n’est aujourd’hui qu’un but de promenade et un objet de curiosité.


Chaque saint a naturellement sa spécialité ; le même ne saurait tout
faire. Mais il est des cas embarrassants où l’on ignore lequel il faut
invoquer pour obtenir la guérison d’une personne gravement malade.
Cruelle perplexité ! La famille devra recourir à la tireuse de
serviette. Voici, dit M. Labourasse (Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts
de Bar-le-Duc), comment on procède au centre de la Meuse, notamment
dans les cantons d’Étain, de Fresnes et de Spincourt : « Une espèce de
mégère tend au consultant une serviette dont il prend l’un des bouts,
tandis qu’elle tient l’autre ; elle la tord, puis en mesure la longueur à
la coudée.


Elle pose alors diverses questions à la serviette, et suivant que
celle-ci, par quelque habile tour de main de l’opératrice, se raccourcit
ou s’allonge, elle est censée répondre oui ou non. Et l’on est obligé,
si le malade est taché du bain de tel ou tel saint, d’entreprendre un
pèlerinage vers celui qu’elle indique, de lui faire des offrandes, de
brûler des cierges et d’accomplir en son honneur des neuvaines dont,
moyennant finances, se charge la sybille, hâtant la mort ou la guérison
du malade. Plus on est généreux, plus les prières sont efficaces. Le bon
billet ! »


Tout le monde ne tire pas la serviette : c’est une spécialité ; on
naît tireuse de serviette, on ne le devient pas ; c’est un don, quoi !
Une femme de Béchamp (Meurthe-et-Moselle) excellait, il y a quelques
années, dans cet art facile de rançonner, en frisant la correctionnelle,
les paysans plus que naïfs. Dans quelques localités du canton de
Fresnes-en-Woëvre, à Haudiomont par exemple, la serviette est remplacée
par une nappe. Partout, qu’il s’agisse d’une serviette ou de sa grande
sœur la nappe, si le malade ne guérit pas, c’est que lui ou son délégué manque de foi.


Au sud de Verdun, à Génicourt-sur-Aleuse, et près de Vaucouleurs, le
secret a conservé de chauds adeptes parmi ceux qui sont affligés
d’entorses, de foulures, etc. ; mais ici, c’est un homme qui opère.
Après avoir mis à découvert la partie malade, il se déchausse le pied
droit et fait sur le siège de la douleur un signe de croix avec le gros
orteil en disant : Panem nostrum quotidianum ; puis il marmonne
une formule composée de mots absolument incohérents. D’un linge trempé
dans l’urine d’un homme (quel que soit cet homme) il fait une compresse
qu’il chauffe sous la cendre et qu’il applique ensuite sur le point
douloureux. Le patient est tenu de réciter cinq pater et autant d’ave en
mémoire des cinq plaies du Christ, ou de faire à heures fixes une
neuvaine de prières déterminées. La guérison survient après un laps de
temps égal à celui qui s’est passé entre l’accident et l’intervention de
l’opérateur. Le traitement par le secret s’étend également aux animaux
atteints de coliques, de tranchées.




Vaucouleurs (Meuse)
Les oraisons varient ; chaque guérisseur par le secret a la sienne.
Qu’il nous suffise de citer deux de ces prières, celle qui vous
délivrera, non des rhumatismes ou de la teigne, mais du mal de dents, et
celle qui débarrassera, le cas échéant, votre cheval des tranchées.


Voici la première, pour guérir le mal de dents. « Sainte Apolline,
assise sur la pierre de marbre, Notre-Seigneur passant par là, lui dit :
Apolline, que fais-tu là ?Je suis ici pour mon chef, pour mon sang, pour mon mal de dents. — Apolline, retourne-t’en... Si c’est une goutte de sang, elle tombera ; si c’est un ver, il mourra. » Réciter ensuite cinq pater et cinq ave,
puis faire le signe de la croix, avec le doigt, sur la joue en face du
mal que l’on ressent, en disant : « Dieu t’a guéri par sa puissance. »


L’oraison suivante chassera les tranchées des chevaux :
« Cheval noir ou gris (il faut indiquer soigneusement la couleur du poil
de la bête) appartenant à N..., si tu as les avives de quelque couleur
qu’elles soient, ou les tranchées rouges, ou trente-six sortes d’autres
maux, en cas qu’il y soit, Dieu t’a guéri et le bienheureux saint Éloi.
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Ensuite cinq pater et cinq ave pour remercier Dieu de sa grâce.


On voit que la sorcellerie n’est pas morte, dans un pays où jadis
sorciers et sorcières étaient assez malmenés puisque, en 1583, deux
sorciers et huit sorcières furent brûlés vifs à Saint-Mihiel, en une
seule fois.


Dans une des plus charmantes communes de la Meuse, aux Islettes,
quand un jeune enfant a des convulsions, la mère prend son petit bonnet
et le jette au feu. Si les douleurs sont aussi intenses après la
combustion complète, inutile d’appeler le docteur, toute médication est
superflue. Si vous souffrez de points de côté, écrit l’instituteur de
Mogeville, mettez sur un verre d’eau autant de grains d’avoine que vous
ressentez de ces points, puis faites le signe de la croix à rebours
chaque fois qu’un grain descendra au fond du verre ; autant de grains
immergés, autant de points disparus. Si vous trouvez une taupe vivante, sans la chercher,
tuez-la et mettez dans un sachet son museau et ses pattes ; suspendu au
cou d’un enfant, ce sachet lui épargne toute douleur à l’époque de la
dentition. A Lunéville, pour faciliter la dentition des bébés, on leur
pend au cou certains os de poisson.


A Landrecourt, près de Verdun, on se débarrasse des verrues en jetant
des pois dans un puits. Aux environs de Vaucouleurs, quelques personnes
mangent, le jour de Pâques, des œufs pondus le Vendredi saint dans la
matinée ; elles s’imaginent ainsi se préserver de la fièvre pendant
toute l’année. D’autres jeûnent ou font simplement abstinence, le jour
de Pâques, pour conjurer le mal de dents. Ce sont celles qui n’ont
aucune foi dans l’efficacité de l’oraison à sainte Apolline.


Enfin, croirait-on que, dans le nord de la Meuse, on se figure qu’en
disant, le jour de la Saint-Nicaise (11 octobre), une oraison spéciale,
vous pouvez envoyer chez un de vos ennemis les rats et les souris qui
vous gênent chez vous ? Voici une sommation aux rongeurs : « Rat, rate
ou souriate, souviens-toi que sainte Gertrude est morte pour toi dans un
coffre de fer rouge ; je te conjure, au nom du grand Dieu vivant, de
t’en aller hors de mes bâtiments et héritages. » Si l’on ne tient pas à
envoyer rats et souris chez un voisin dont on a à se plaindre, on
ajoute : « et d’aller aux bois sous les trois jours. » Dans le cas
contraire, c’est en somme assez peu compliqué : on écrit sur de petits
morceaux de papier des signes cabalistiques, et l’on fait pour les
souris un pont formé d’une simple planche ; elles ne sont pas
exigeantes.


(D’après « Le Magasin pittoresque », paru en 1904)
Publié le vendredi 26 avril 2013, par LA RÉDACTION

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Noel
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MessageSujet: Re: Superstitions lorraines de l’ancien temps   Dim 9 Juin 2013 - 17:21



Toutes les régions ont les leurs, à chacun(e), comme les religions, d'y adhérer ou pas.
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sisimalo
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MessageSujet: Re: Superstitions lorraines de l’ancien temps   Mer 9 Juil 2014 - 21:05

vraiment très intéressant.
j`ai lu les grandes lignes..............
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MessageSujet: Re: Superstitions lorraines de l’ancien temps   

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