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 MANIAQUERIE !

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MessageSujet: MANIAQUERIE !   MANIAQUERIE ! Icon_minitimeLun 13 Aoû 2012 - 6:54

Puisque Le maître du suspense semble bien vous faire plaisir dans ses petites histoires, en voici une autre pour - Je l'espère! - votre plus grand plaisir!

Bonne lecture!


Ward Roberts, quarante-cinq ans, célibataire, spécialiste en impôts et conseiller en investissement, avait sa première petite affaire, très prospère, avec cinq employés, était satisfait de son existence. Il aimait la clarté, la netteté, la symétrie des chiffres.

Si Carla Strong, veuve de fraîche date, en venant à son bureau demander conseil pour rédiger sa déclaration de revenus, avait choisi son moment quelques semaines plus tôt, il est fort probable que Ward ne l’aurait jamais rencontrée. Mais Carla vint la semaine du 15 avril où tout le monde à
l'agence était débordé. Ward était arrivé
à disposer de quelques minutes entre deux rendez-vous, alors. Destinée? Ward se plut à le croire dans les jours qui suivirent.

Carla était une blonde naturelle d'une beauté pétillante et fraîche, mais une véritable tête de linotte pour tout ce qui touchait aux problèmes d'argent. Sa comptabilité était aberrante. Pour Carla, une recette était quelque chose que vous utilisiez comme un guide de cuisine; guide, parce qu'il n'était pas dans sa nature de ne suivre aucune instruction, imprimée ou autre, scrupuleusement. Sa personne était impeccable, mais son économie ménagère non, et elle était toujours en retard à ses rendez-vous. De quinze ans la cadette de Ward, elle paraissait encore plus jeune. Son premier mari, en mourant d'une embolie prématurée, lui avait laissé une petite fortune que Ward était sûr qu'elle aurait dilapidée, si elle n'avait eu la chance de venir le voir à son bureau.

Bref elle était tout le contraire de Ward, mais il la trouvait absolument charmante, et il s'éprit d'elle avec tout le tumulte qui accompagne un premier amour. Il était dans son intention de faire sa demande en mariage dans un cadre approprié, avec chandelles et vin, oies sous verre, peut-être même fond de violon. Cela ne passa pas tout à fait ainsi.

Il retint une table dans le meilleur restaurant, téléphona ses instructions au maître d'hôtel. Mais elle était en retard; pas en retard de quelques minutes.
Ce qui n'aurait pas été bien grave, mais en retard d’heure et demie et le restaurant où Ward avait retenu oc voyait pas d'un bon œil les arrivées tardives. On ne réservait jamais une table plus d'une demi-heure.


Carla était absolument confuse pour son retard et elle avait manifestement mis à profit tout ce temps. Elle brillait, elle étincelait, elle était resplendissante, et la contrariété de Ward s'évapora.

Le restaurant où ils dînèrent finalement était propre, la cuisine plus que convenable, et les mots coulaient des lèvres de Ward au préjudice des chandelles:

Carla, voulez-vous m'épouser?
Bien sûr, Ward.
Il faillit s'étrangler, se sentit pâlir, et bégaya.
Vous voulez?
Chéri, pensiez-vous que je refuserais?

Sa main glissa sur la table et vint se poser sur la sienne.
Je croyais que vous ne me le demanderiez jamais !

Suivit le schéma classique: marques d'amour échangées, éternelle fidélité jurée, projets faits, mais telle était l'extase de Ward qu'il en eut peu de souvenirs précis.
Quand le serveur vint avec l'addition, Ward vérifia les chiffres, en consultant la carte qu'Il avait demandée, et qu'on laisse sur la table à cet effet.

Pourquoi agissez-vous toujours ainsi, chéri ?
Ward ne releva pas les yeux.
Quoi donc?
J'ai remarqué que vous recomptez toujours une note ! Vous ne faites pas confiance au garçon?
Ward lui lança un regard où luisait un bref éclair de consternation. Puis, il se força à sourire.
Ce n'est pas une question de confiance, ma chère. Tout le monde peut se tromper !
Je me posais la question, c'est tout. Je sais que vous n'êtes pas avare.

Peut-être fût-ce cette dernière remarque qui lui fit laisser vingt-cinq pour cent de service au lieu des quinze pour cent habituels.
Carla suggéra de fixer la date du mariage dans un mois. Ward y consentit.

Ils firent leur dernière sortie ensemble trois soirs avant la noce. Cette fois Carla était à l'heure et ils se rendirent au restaurant que Ward avait choisi tout au début comme cadre de sa demande en mariage. Ils furent bien, burent du bon vin, et s'émoustillèrent à des projets de lune de miel tandis que
l'ascenseur amenait à l'étage de Carla.


Carla avait oublié sa clé. Elle vida le contenu de son sac sur le sol et fouilla. De sa position à quatre pattes, elle levait de temps en temps les yeux vers Ward et disait :
Elle n'est pas dedans, chéri ?!
Ne vérifiez-vous pas toujours si vous avez votre clé, quand vous sortez? Interrogea-t-il, une nuance d'agacement dans la voix.
Elle sourit innocemment.
- Qui le fait?
Ward vérifiait toujours, mais il jugea peut-être peu romantique d’en faire état dans cette circonstance. Au lieu de cela, il se fit un devoir d'aller réveiller le gardien de l’Immeuble qui n eut pas l'air très content d'être tiré du lit à une heure du matin.

Leur lune de miel se passa parfaitement bien. Les jours étaient merveilleux, les nuits encore plus. Ward s'offrit un bronzage et se plut à songer qu'il était impossible d’aimer quelqu'un autant que sa Carla bien-aimée.

… Un peu de rouille s'immisça dans cette machine huilée sous la forme de coups de téléphone venant du bureau. Il avait laissé un numéro où le joindre en cas d'absolue nécessité. Carla croyait qu'il s'était complètement coupé du monde, mais un homme ne pouvait guère s'attendre qu'une femme comprenne ce genre de choses, surtout une femme comme Carla.

Ward continuait à vérifier les additions et à s'assurer qu'ils n'étaient pas enfermés dehors.
Carla formula quelques critiques, mais toujours sur le ton de la bonne humeur.

Ils avaient décidé de remplacer leurs deux appartements par un seul grand appartement, dans un immeuble moderne, tout de verre et d'acier, du côté de Wilshire. Tout avait été réglé avant qu'ils aillent choisir leur mobilier pour le nouvel appartement : leurs affaires personnelles avaient été déménagées, et Ils avaient même fait suivre leur courrier.

La première chose qui retint l'attention de Ward à leur retour fut une pile de courrier, une partie adressée à lui, une autre à Carla, le reste à M. et Mme Roberts. Carla gémit :
Ouvre-les mon chéri. Les miennes doivent être surtout des factures. Je laisse tout cela entre tes mains très compétentes !

Ward attaqua le dépouillement du courrier avec entrain, entrain qui se transforma rapidement en consternation. Il avait pensé que les factures de Carla concernaient des vêtements, et autres choses de ce genre, achetées en vue de la noce et de la lune de miel. Mais il découvrit avec horreur toutes les factures impayées. Son horreur s'accrut encore, lorsqu'il s'aperçut que quelques-unes des factures de Carla dataient d'avant même qu'il la connût ! La plupart des créanciers menaçaient des pires mesures s'ils n'étaient pas payés dans les plus brefs délais. Un certain nombre de menaces étaient adressées directement à M. Ward Roberts. Avec ce qu'il considéra comme une admirable pudeur, il le signala à l'attention de Carla.

Elle rétorqua avec une moue adorable.
Tu sais bien, mon amour, que moi et les questions d’argent… ! Ne t'en fais donc pas tant !

Leur nouvel appartement comportait une salle de bains pour lui, une autre pour elle. Ward aimait que ses affaires de toilette soient rangées comme il lui
plaisait dans la petite armoire, de façon à ce qu'il pût, si la nécessité s’en faisait sentir, trouver son rasoir même en pleine nuit dans le coin droit au fond sur la seconde étagère. Deux semaines après leur retour, il entra dans la salle de bains un matin, chercha son rasoir et ses doigts ne rencontrèrent que le vide. Il le trouva finalement sur l’étagère du bas derrière une bouteille de sels de bain, et sans lame !
Or il était absolument sûr qu'il y en une quand il avait reposé le rasoir. Il faisait très attention à ce genre de choses. Il demanda, pour la première
fois :
Carla, est-ce toi qui as utilisé mon rasoir?
Oui, chéri, dit-elle gaiement. Le mien est tout cassé. Je me suis servi du tien pour me raser les jambes.
Il réprima un tremblement. J'aime que mes affaires, y compris mon rasoir, soient toujours à la même place !
Mon amour, il n'est pas nécessaire d'élever la voix !
(Elle le regarda en haussant les sourcils.)
Tant d’histoires pour un rasoir?

Après un moment où l'on frôla le drame, il dit :
Peut-être as-tu raison. J'ai vécu trop longtemps trop seul !
C'est cela, chéri. Nous devons nous adapter l’un à l’autre tous les deux.
… Il songea qu'il serait sans doute le seul à s'adapter !

Carla était une semeuse de pagaïe. Elle passait dans pièces comme un ouragan. Quelquefois, quand ils allient pour dîner et rentraient tard, elle commençait à se déshabiller en franchissant la porte d'entrée et laissait une traînée de vêtements épars derrière elle sur tout le chemin, jusqu'à la salle de bains.
Ward se mit à ranger derrière elle, et même à vider les cendriers. Il en arriva au point de vider un cendrier où n'y avait qu'une seule cigarette. Carla le gronda. Il le fit furtivement derrière son dos. Le fait qu’il ne fumât pas le faisait se sentir encore plus coupable.
Et puis, au lieu de s'enfermer dehors, Carla cultiva l'agaçante habitude de ne plus fermer la porte l'appartement à clef quand elle sortait. Ward comme toujours, avait pris l’habitude de vérifier la fermeture de la porte, tournant le bouton deux fois pour s'assurer que c'était bien fermé à clef

Souvent Carla laissait toute la nuit des assiettes dans l'évier, spécialement quand elle avait bu quelques verres. Un matin, Ward se leva plus tôt que Carla. Quand elle entra dans la cuisine, elle le trouva les bras dans l'eau de vaisselle jusqu'aux coudes.
Mon Dieu, Ward, que fais-tu?
Je lave les assiettes du dîner.
Chéri, je le fais toujours quand tu es parti au bureau !
Il riposta avec aigreur.
Je n'aime pas me lever le matin et trouver l'évier plein d'assiettes sales !
Ward ... soupira-t-elle. Il faut que nous ayons un entretien.
Elle brancha le moulin à café, l'aida à finir les quelques assiettes qui restaient, puis le fit asseoir à la table. Elle versa du café pour deux et prit place en face de lui. Ward, il faut que nous arrivions à une entente. Tu me rends folle, à vider les cendriers derrière mon dos ...
C'est lui qui la rendait folle?
... à vérifier si les portes sont fermées. Comme l'autre soir quand nous sommes sortis, tu as commencé à te faire du mauvais sang en te demandant si tu avais fermé la porte à clef. Tu es revenu sur tes pas. Je sais que j'oublie certaines choses et que tu as pris certaines habitudes en vivant seul, mais quelquefois on dirait vraiment une vieille nounou grincheuse!

Ward Se leva, indigné.
Elle allongea le bras pour lui caresser la main. Allons, ne t'alarme pas comme ça. Nous devons considérer les choses raisonnablement. Nous sommes gens civilisés. Il faut nous adapter et non être prêts à se « sauter à la gorge « pour n'importe quoi. Si je fais un effort pour être moins tête folle, tu peux essayer, d'être moins tatillon, moins exigeant?
Ward se détendit lentement. Il se surprit à donner son assentiment de la tête. Ils étaient adultes, intelligents, et il était assez honnête avec lui-même pour
admettre qu’il se montrait peut-être trop rigide dans ses principes.

Il ne voyait aucune raison de ne pas changer. Ce n'était même pas apprendre à un vieux chien de nouveaux tours ; il s'agissait plutôt d'oublier les vieilles

Tous deux firent un sérieux effort. De la part de Ward, ce fut même plus que cela. Il inaugura un système de comptabilité, deux colonnes, une liste des mauvaises habitudes de Carla et une liste de ses efforts tatillons à les corriger. Il s'enorgueillit du fait que bientôt il eût barré davantage de choses dans sa colonne que dans celle de Carla.

Jusque-là cela semblait marcher. Il n'y avait plus assiettes sales laissées toute une nuit, les cendriers étaient rarement pleins, et le rasoir de Ward ne fut plus dérangé. Ward payait sans discuter les factures en retard Carla et se faisait manifestement violence pour ne pas vérifier la fermeture de la porte. Il y avait des défauts, naturellement. Carla oubliait de temps en temps ses vêtements en désordre sur le tapis du salon, et Ward vidait quelquefois par inadvertance un cendrier.

Un soir, neuf mois après Acapulco, Ward emmena Carla au restaurant et au spectacle. Ils rentrèrent tard et trouvèrent la porte de l'appartement grande ouverte. Le manteau de vison de Carla et ses bijoux avaient disparu, de même que plusieurs complets de Ward, plus une centaine de dollars en liquide. Après le premier interrogatoire et la traditionnelle inspection de l'appartement par la police, un jeune officier de police s'assit avec Carla et Ward, un carnet sur les genoux.
Maintenant, monsieur Roberts, nous avons la liste de tout ce qui manque. Mais un détail m'intrigue. Vous
avez déclaré que vous et votre femme aviez trouvé en rentrant la porte grande ouverte. Pourtant rien n’indique que la porte ait été forcée, qu'on ait fait sauter serrure. ?!
Ward, tête basse; mains croisées sur le ventre murmura: J'ai bien peur d'avoir oublié de fermer la porte à clef, quand nous sommes sortis !
… Ward, tu veux dire que tu es vraiment parti en laissant l'appartement non fermé?
Là, Ward décida qu'elle était à tuer.
D’autant qu’elle ajouta, avec un petit rire: A vrai dire, inspecteur c'est en partie de ma faute !
- Comment cela, madame Roberts?
Eh bien, voyez-Vous, j'ai la détestable habitude de ne jamais fermer les portes à clef quand je sors. Mon mari, c'est tout le contraire. Il vérifie tout. Il en fait un drame et cela finit par m'énerver. Nous avons signé un pacte. Je devais essayer de ne pas laisser les portes non fermées à clef, et lui devait cesser de me contrôler méticuleusement. Elle rit de nouveau.
Je crois que cette nuit nous avons interverti les rôles !

Le policier eut un large sourire, comme s'il pouvait lui pardonner n'importe quelle peccadille de ce genre.
Mais pour Ward c'était trop tard. Il ne pourrait jamais prendre sur lui-même de lui pardonner. Il pouvait bien sûr divorcer.
Automatiquement, son esprit échafauda une comptabilité en double. Un divorce ne serait pas facile à obtenir: Il n'avait pas de motifs assez sérieux. Apparemment, leur mariage était une union idéale. Il se dit même qu'il l'aimait encore. Un divorce coûterait cher. Il pouvait prévoir à coup sûr la réaction de Carla. Lui demander le divorce la blesserait; elle ne le comprendrait pas. Mais une fois cette première réaction passée, elle exigerait des conditions impossibles comme prix de sa liberté.
Dans l'autre colonne : la mort de Carla. Tout résolu d’un coup de plume. Et cela ne coûterait rien. Au contraire, il y gagnerait considérablement sur le plan financier. Carla n'avait pas de parents. La fortune de premier mari reviendrait à Ward, et un judicieux placement pourrait la doubler en quelques années. Non l'argent de Carla fût en lui-même un mobile suffisant. C'était simplement un bonus résultant de l’objectif plus large de se débarrasser de Carla avant qu’il ne se tape la tête contre les murs comme un véritable dément.
La tuer ne soulevait pas de gros problèmes en apparence. Aucune préparation savante n'était nécessaire. Il avait peu de connaissances en matière d'assassinat, mais il lui semblait que plus la préparation était sophistiquée, plus le crime risquait d'être découvert.

Les mêmes choses qui pesaient contre lui en cas de divorce étaient ici en sa faveur. Quel motif plausible pourrait-il avoir de la tuer? Ils avaient fait un mariage heureux. Il n'avait pas de maîtresse, et Carla pas d’amant. Et, quoique pas très riche, il n'avait pas vraiment un besoin urgent de l'argent de Carla, dont d’ailleurs il avait la disposition aussi longtemps qu'ils resteraient mariés. Carla lui avait déjà tout confié pour placer. Il en avait le contrôle
et pouvait en faire ce que bon lui semblait.

Ward avait lu quelque part que la police recherche trois choses en cas de crime, dans l'ordre: mobile, circonstance, moyens.
Mobile? Pour tout ce qui regardait la police, aucun. Tout le contraire, même.
Circonstance? Il lui fallait chercher l'occasion, naturellement. Il ne pouvait la tuer de loin, à moins de mettre sur pied quelque procédé compliqué, ce qu'il n’avait pas du tout l’intention de faire. Il savait que la police considérait un parfait alibi avec suspicion. Ce qu'il lui fallait, c'était faire naître l'occasion, et montrer en même temps qu'il ne s'en était pas servi. La date limite des impôts approchait, et cela lui donnait une excuse raisonnable pour travailler le soir à son bureau. Il le faisait avant de se marier; pas de raison qu'il ne le fît plus à présent.
Avant, il renvoyait son personnel, travaillait seul jusqu'à minuit. C'était ce qu'il commençait à partir de maintenant, travaillant de plus en plus tard et toujours seul, après que tout le monde fut parti. Carla se montrait très compréhensible à cet égard.


Il attendit pendant un mois, travaillant tard quatre à cinq soirs par semaine. Presque chaque nuit quand il rentrait, Carla dormait déjà. Deux fois au cours de ces semaines, il trouva la porte d'entrée non fermée à clef. Il choisit finalement le soir. Son dîner lui fut apporté d'un restaurant voisin. Il mangea copieusement, débarrassa les assiettes et quitta le bureau par la porte de derrière, laissant les lumières allumées. L'éventualité de quelqu'un venant le voir, ou lui téléphonant, à cette heure paraissait fort improbable. C'était un petit risque qu'il était prêt à courir. Il pourrait toujours prétendre avoir été trop occupé pour recevoir des visiteurs répondre au téléphone. Son personnel pouvait témoigner que ça n'avait rien d'inhabituel.

Le parking derrière l'immeuble était sombre, et il y avait une ruelle, bordée d'entreprises également non éclairées à cette heure, qui débouchait bien
plus loin sur une rue très passante.
Il était de bonne heure, à peine neuf heures passées, quand il gara sa voiture à quelque distance de son appartement, mais il ne pouvait pas se risquer à attendre encore. Lorsqu'il aurait perpétré son acte et retournerait au bureau, il serait dix heures ou plus. Il utilisa sa clef pour passer par la porte de derrière de l'immeuble et monta à pied les trois étages au lieu de prendre l'ascenseur. Depuis le peu de temps qu'il habitait là, il avait seulement rencontré quelques personnes sans leur prêter attention. Il aurait toujours la ressource de dire que l'ascenseur était occupé et remettrait son projet à un autre soir. Avec le même plan.

Il ne rencontra personne. Il y avait quatre appartements à son étage. Le couloir était désert. La porte de l'appartement était fermée à clef; il entra tout doucement. Il y avait un peu de clarté dans l'entrée, mais assez pour le guider jusqu'à la chambre. Il enfila une paire de gants en traversant le salon.
Ce n'était pas une question d'empreintes, mais un malfaiteur aurait sûrement eu des gants. La porte de la chambre était ouverte, laissant filtrer de la
lumière. Ward cacha ses mains gantées derrière dos, se composa un sourire sur le visage. Cela n'était pas nécessaire, Carla dormait, les cheveux en désordre. Ward s'approcha du lit sur la pointe des pieds. Lorsqu’'il se penchait sur elle, Carla bougea, soupirant comme si son ombre la dérangeait, et il se figea. Le souffle de sa respiration, parfumée au Martini, arrivait jusqu’à lui, et il comprit qu'il y avait peu de risque qu'elle s'éveillât.


Il prit à deux mains l'autre oreiller, son oreiller, et le plaqua sur le visage. En même temps, il lui appliqua un genou sur l'estomac, en pesant de tout son poids. Carla se débattit, donnant de furieux coups de poing, poussant des cris étouffés. Elle lutta furieusement pendant une minute environ, mais ses forces diminuaient. Ward maintint l'oreiller sur son visage bien après qu'elle eut cessé de bouger, jusqu'à ce qu'il eût lui-même les bras ankylosés. Enfin il se redressa, laissant l'oreiller sur le visage de Carla.
Il jeta un coup d'œil autour de lui. Sur la table de nuit il y avait un cendrier plein à déborder, ainsi qu'un autre, plein également, sur la commode.
Avec une sensation de satisfaction, il versa le contenu des deux cendriers dans la corbeille, les nettoyant ensuite à fond avec un Kleenex. Dieu merci, il ne serait jamais plus désormais confronté avec ce problème!


Puis il renversa la table de nuit et la lampe sur le tapis, mit le lit un peu plus en désordre. Il mit tous les bijoux de Carla dans une poche en papier apportée à cet effet. Son sac était sur la commode. Il le mit sens dessus dessous, prenant tout l'argent qu'il put trouver.

Il s'apprêta à sortir, puis hésita à côté du lit, le regard sur la bague de fiançailles et l'alliance de Carla. Il lutta contre la tentation. Les bagues ne
s'enlèveraient pas facilement, si jamais elles pouvaient s'enlever. Carla avait grossi depuis leur mariage.

Il sortit enfin rapidement en éteignant toutes les lumières et salit les boutons de porte avec ses gants. Il laissa celle d'entrée grande ouverte et s’en alla très vite. La chance le favorisa. Il ne rencontra personne ni dans l'escalier, ni dans la ruelle. Les camions passeraient dans la matinée pour le ramassage hebdomadaire; c'était la raison pour laquelle Ward avait choisi cette nuit. Au bout de la ruelle il s'arrêta près d'une poubelle, souleva le couvercle et y fourra le sac, l'enfonçant bien parmi les ordures. Que les éboueurs ouvrent chaque sac en papier était bien improbable.
Il garda l'argent, vu qu'il n'y avait aucun moyen de l'identifier.

Ward revint à son bureau à dix heures un quart. Il s'arrangea même pour terminer son travail avant que le téléphone sonne. Il laissa sonner six fois avant de décrocher et de dire d'une voix où perçait la contrariété :
- Oui?
Une voix cassante demanda s'il était Ward Roberts, telle adresse à Wilshire.
Quand Ward eut acquiescé, la voix cassante dit :
« Je suis le lieutenant Carter de la police. Vous feriez mieux de rentrer chez vous. Quelque chose est arrivé à votre femme. »
Ward s'attendait presque à ce que l'annonce vînt d'un inspecteur frappant à la porte de son bureau, avec une voiture de police attendant le long du trottoir. Le fait qu'il fût prévenu par téléphone pouvait être considéré comme un bon signe !

L'appartement était plein de policiers tant en uniforme qu'en civil. Le lieutenant Carter était mince, frêle, d'âge moyen, très courtois mais avec un regard direct et déconcertant. Après que Ward, objectant qu'il préférait le faire tout de suite, eut accompli la formalité de l'identification de Carla, le lieutenant l'emmena dans un coin plus calme du salon, lui posant question sur question entre les fois où il était appelé dans la chambre. Deux fois il laissa Ward pendant un long moment. Ward parla spontanément du cambriolage de l'appartement et l'habitude qu'avait Carla de ne pas fermer la porte à clé. Le lieutenant Carter dit qu'il se mettrait en rapport avec l'officier de police qui procède à l'enquête.
Après plus de deux heures, l'effervescence cessa brusquement. On avait emmené le corps de Carla, et les policiers étaient partis, à l'exception de Carter et deux de ses hommes. Le lieutenant s'assit sur le canapé à côté de Ward. Il sortit un paquet de cigarettes, en offrit une à son interlocuteur :

- Je ne fume pas, lieutenant. .
- C'est vrai, vous ne fumez pas. Je l'ai remarqué.
A votre place, j'aurais déjà fumé un paquet ou même plus pendant toute cette attente.

Le lieutenant alluma sa cigarette et se renversa en arrière en soupirant.
- J'ai parlé à l'inspecteur qui a enquêté pour le cambriolage, monsieur Roberts. Il a confirmé le fait que votre femme avait reconnu son habitude de ne jamais fermer les portes à clef. Au fait, la porte d'entrée était ouverte cette nuit. C'est comme ça que votre femme a être découverte. Une dame qui habite au même étage voyant la porte ouverte est entrée, a découvert votre femme morte et nous a prévenus.
Ward dit prudemment:
- Et comment cela s'est-il passé? Un malfaiteur a trouvé la porte ouverte ?
- Ça pourrait être ça, oui. Le sac de votre femme a été fouillé, son coffret à bijoux était vide. Je suppose qu'elle avait remplacé la plupart des articles manquant après avoir encaissé l'assurance.
- Je crois. Je ne suis pas sûr de pouvoir dresser une liste de toutes les choses qui manquent.
- Rien ne presse, monsieur Roberts.
Le lieutenant contempla sa cigarette à moitié consumée.
- Vous savez, c'est très curieux que vous ne fumiez pas.
- Qu'est-ce que cela a de curieux?
- Il y avait deux cendriers dans la chambre.
Tous les deux étaient vides, bien nettoyés. Cela m'a semblé un
peu bizarre. Pardonnez-moi de vous dire cela, votre femme ne m'a pas fait l'effet d'être une maîtresse de maison particulièrement ordonnée, et pourtant les deux cendriers étaient propres. Or une maîtresse maison méticuleuse qui fume, fumera une cigarette avant de se coucher, peut-être même dans son lit. Étant curieux de nature, j'ai cherché et trouvé plusieurs mégots dans la corbeille. Deux marques différentes. Et plusieurs étaient sans traces de rouge à lèvres, Sans aucun doute fumées par un homme !... »
Mais c'est impossible! Je ne fume pas. Je vous l'ai dit.
Le lieutenant Carter leva les yeux. Il dit doucement:
"Oui vous me l'avez dit, monsieur Roberts. Avec ce fait en tête, j'ai revu la question et essayé d'en savoir davantage. Vous voyez, la dame qui a trouvé
votre porte ouverte rentrait chez elle à ce moment-là ; elle ne sortait pas.

- Je ne vois pas très bien ...
- Elle était sortie une heure plus tôt pour faire des courses. A ce moment-là elle avait vu un homme quitter votre appartement. De plus, elle dit l'avoir vu deux ou trois fois récemment.
Ward fut emporté par une marée d'indignation.
- Carla et un autre homme! Je ne le crois pas! Non ça n'est pas vrai! .
- J'ai bien peur que si, monsieur Roberts. En fouillant dans le sac de votre femme, j'ai trouvé un numéro de téléphone bien caché. J'ai parlé avec l'homme du numéro de téléphone. Quand il a su qu'il pouvait être soupçonné de meurtre, il a parlé librement. Il a rencontré votre femme voilà un mois et a été plusieurs fois dans votre appartement. Ils ne s'étaient pas disputés, et il prétend que ça n'était pas une liaison très sérieuse. Il jure qu'il ne l'a pas tuée, et je suis tenté de le croire. Vous savez ce que je crois en fait, monsieur Roberts?
Ward n'écoutait plus vraiment. Carla avait un amant? C'était impensable!


Au départ, je n'arrivais pas à vous trouver un mobile pour tuer votre femme, mais maintenant il y en a un : vous avez découvert qu'elle avait un amant. Cette nuit, vous avez attendu qu'il s'en aille, vous avez tué votre femme, puis vous avez essayé de donner à croire que c'était un cambrioleur qui l'avait fait. Vous avez reconnu n'avoirpas d'alibi, être resté seul au bureau la soirée. Ce n'est qu'une intuition, mais je crois que vous avez, fort bien pu vous débarrasser des bijoux près d'ici. Quelques-uns de mes hommes sont en train de les chercher.
Qu'est-ce que cet homme disait? Qu'il avait tué Carla à cause d'un amant? Peu importe ce qui l'attendait, il n’allait pas lui laisser croire ça !
… Il se pencha en avant. Ce n'est pas ça du tout, lieutenant. Laissez-moi vous dire comment ça s'est passé..."
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MessageSujet: Re: MANIAQUERIE !   MANIAQUERIE ! Icon_minitimeLun 13 Aoû 2012 - 11:20

MANIAQUERIE ! 737581 Michel pour cette histoire qui, malheureusement, se termine mal !!!
mais démontre jusqu'où la maniaquerie peut mener une personne MANIAQUERIE ! 880662
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MessageSujet: Re: MANIAQUERIE !   MANIAQUERIE ! Icon_minitimeLun 13 Aoû 2012 - 13:22

Rolande a écrit:
MANIAQUERIE ! 737581 Michel pour cette histoire qui, malheureusement, se termine mal !!!
mais démontre jusqu'où la maniaquerie peut mener une personne MANIAQUERIE ! 880662

MANIAQUERIE ! 742516 Bonjour, ROLANDE!

Vous savez, les histoires sélectionnées par Hitchcock, comme celle-ci, se terminent généralement mal!
Je profite de ce post pour vous remercier, en même temps que pour celui-ci, chaleureusement pour votre dernière réponse très sympathique!!!
... Pardonnez-moi de ne pas y avoir répondu plus tôt:
J'ai eu pas mal de problèmes avec internet, et mon PC, ces derniers jours... Mais c'est maintenant réglé!!!
Oui; Tam et moi allons bien: Nous espérons qu'il en est de même pour vous! MANIAQUERIE ! 3421728535

Très bon début de semaine, à vous, à toutes et à tous!

(Si vous voulez encore des "nouvelles" sélectionnées par Hitchcock: Faites-le moi savoir! J'en ai encore quelques unes d'assez "croustillantes" à proposer!)
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MessageSujet: Re: MANIAQUERIE !   MANIAQUERIE ! Icon_minitimeLun 13 Aoû 2012 - 18:50

bien évidemment Michel MANIAQUERIE ! 719457 au plaisir de lire tes histoires !

bisous aussi à Tam

MANIAQUERIE ! 373986 MANIAQUERIE ! 148184 MANIAQUERIE ! 373986
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MessageSujet: Re: MANIAQUERIE !   MANIAQUERIE ! Icon_minitimeJeu 16 Aoû 2012 - 8:57

Rolande a écrit:
bien évidemment Michel MANIAQUERIE ! 719457 au plaisir de lire tes histoires !

bisous aussi à Tam

MANIAQUERIE ! 373986 MANIAQUERIE ! 148184 MANIAQUERIE ! 373986


MANIAQUERIE ! 742516 MANIAQUERIE ! 737581

Bonjour, ROLANDE!

Puisque ces petites histoires vous font plaisir, en voici une autre qui, je l'espère, vous plaira! :




UN JURY RECEPTIF

Réunis dans une salle, ils attendaient leur tour d'être appelés à la barre et questionné afin de déterminer s'ils possédaient la compétence nécessaire qui leur permettrait d'être retenus comme membres du jury. On leur avait recommandé de ne pas discuter de l'affaire entre eux, mais étant donné que toute l'histoire avait été relatée dans les journaux ils avaient déjà tous, sans aucun doute, leur propre opinion.

Rondelette et d'âge moyen, Jennifer Hamilton était convaincue de la culpabilité de Jonas Will bien avant que l'huissier ne passe la tête dans l'ouverture de la porte et appelle :
- Mademoiselle Jennifer Hamilton.

Le temps de suivre l'huissier dans un dédale de couloirs, de traverser ensuite toute la longueur de la salle d'audience jusqu'à la barre des témoins et elle avait complètement oublié l'accusé. Consciente du regard de chaque personne posé sur elle, Jennifer se demandait si sa coiffure était toujours en place et si, pendant la longue attente, son nouveau tailleur demi-saison ne s'était pas froissé. Pourquoi n'avait-elle pas eu le bon sens de demander l'autorisation d'aller aux toilettes avant d'être appelée et de vérifier dans le miroir que tout était parfait?


Lorsqu'elle eut prête serment et se fut assise, elle garda les genoux étroitement serrés et prit soin de bien tirer sa jupe pour les dissimuler. En quarante-Quatre ans d’existence, c'était la première fois qu'elle se trouvait face à un public !

Le Procureur Général était un homme d'âge moyen au visage rougeaud, et possédait une voix rauque mais néanmoins bienveillante. Il demanda:

- Veuillez préciser votre nom, s'il vous plaît.

- Jennifer Hamilton,
répondit-elle d'une voix à peu près inaudible.


- Voulez-vous parler un peu plus fort afin que Monsieur le Président de la Cour vous entende, s'il vous plaît ?!

- Jennifer Hamilton, parvint-elle à dire plus distinctement !

- Madame ou mademoiselle?

- Mademoiselle. Je n'ai jamais été mariée.

- Quel est votre emploi, mademoiselle Hamilton?

- Je suis comptable à la société Bond Trust.

- Depuis combien de temps résidez-vous à New-York?

Il lui fallut réfléchir pour répondre à cette question et elle fut abasourdie lorsqu'elle réalisa le temps écoulé depuis son arrivée à New York, pétillante de jeunesse et rêvant d'aventure. L'effervescence de la jeunesse avait maintenant disparu et l'aventure qu'elle espérait trouver ne s’était pas encore manifestée. Le fait d'obtenir un emploi à la société Bond Trust le jour même de son arrivée n'avait finalement
peut-être pas été une chance pour toute l'aventure qu'elle avait trouvée dans un service de comptabilité qui n'employait que des femmes ; elle aurait pu tout aussi bien rester dans la petite ville du Missouri où elle était née.


- Vingt-cinq ans, dit-elle à voix basse.

- Voulez-vous parler plus fort, s'il vous plait ?!

- Vingt-cinq ans! répéta-t-elle d'un air de défi.

- Hum ! Maintenant, mademoiselle Hamilton, vous avez conscience, n'est-ce pas, que nous allons procéder au jugement d'un meurtre au premier degré et que si l'accusé est reconnu coupable, il peut être condamné à la peine de mort et exécuté sur la chaise électrique. Avez-vous, contre la peine de mort des objections morales ou religieuses qui pourraient influencer votre décision ?

- Non, monsieur le président !

Mademoiselle Hamilton, connaissez-vous personnellement, ou avez-vous déjà rencontré l'accusé?

Pour la première fois, Jennifer jeta un coup d'œil dans la direction de l'accusé. Jonas Will, âgé d'à peu près quarante-cinq ans, était grand, mince, et présentait bien. Son visage hâlé d'homme bien portant contrastait de manière saisissante avec les cheveux ondulés blanchis prématurément: Il était beaucoup plus séduisant que sur les photos des journaux.
«Mais il a l'air très distingué », pensa-t-elle avec étonnement. Elle s'était attendue à voir quelqu'un à la mine sinistre. Etait-il vraiment possible qu'un homme d'une telle classe ait pu assassiner sa femme?


- Non ! dit-elle.

- Avez-vous rencontré la victime, Mme Edna Will, un membre de sa famille ou un membre de la famille de l’accusé, ou n’avez-vous jamais eu, de quelque façon que ce soit et à n'importe quelle époque, un rapport quelconque Soit avec l'accusé, soit avec la victime et qui pourrait être préjudiciable à votre décision ?

- Je n'avais jamais entendu parler d'eux avant de lire les journaux.

Ce qui amena la question suivante.

- Cette affaire a malheureusement été l'objet de beaucoup trop de publicité. En conséquence de ce que vous ayez pu lire ou entendre, vous êtes-vous déjà fait une opinion quant à l'innocence ou la culpabilité de l’accusé, opinion qui pourrait vous empêcher de rendre votre verdict impartial?

Une nouvelle fois, Jennifer jeta un coup d'œil à l’accusé. Il la fixait intensément et quelque chose, au plus profond des yeux gris clair, la toucha d'une façon attendue.
Elle fut surprise de constater que son regard paraissait franc et direct.
Aucune supplication dans ce regard et cependant elle avait l'impression qu'il lui parlait. « Ma vie est peut-être entre vos mains semblait-il dire. Je ne demande aucune faveur mais j'ai droit
à un jugement équitable et qui ne soit pas influencé par ce que vous avez pu lire ou entendre à mon sujet ! »

Elle répondit en toute sincérité.

- Je pense pouvoir être objective et rien de ce que sais déjà de l'affaire ne pèsera sur ma décision.
Je suis sûre de pouvoir rendre un verdict fondé sur les seules dépositions qui seront présentées devant cette commission.


… Elle fut quelque peu surprise de s'entendre prononcer de tels mots: dix minutes plus tôt, elle était fermement convaincue de la culpabilité de cet homme. Et maintenant, après ne l'avoir regardé qu'un bref instant, elle faisait soudainement preuve d'un esprit beaucoup plus ouvert! Le procureur parut satisfait de sa réponse. Il lui restait cependant encore une question à poser :
connaissait-elle ou avait-elle eu des relations d'affaires soit avec lui-même soit avec l'avocat de la défense? Sur sa réponse négative, il la laissa aux soins de la partie adverse.


Martin Bowling, avocat de la défense, était un homme mince, un rien trop courtois à l'occasion. Il s'approcha d'elle en souriant.

- Mademoiselle Hamilton, vous êtes une femme attirante, élégante et pleine de charme. Cependant, vous déclarez n'avoir jamais été mariée ?! Il m'est assez difficile d'imaginer qu'on ne vous ait jamais demandée en mariage. J'espère ne pas raviver une vieille blessure mais on peut penser qu'il y a longtemps une tragédie ait pu briser votre vie. Peut-être un amant décédé que vous n'avez jamais oublié?
En fait, Jennifer n'avait jamais été demandée en mariage mais elle n'avait certainement pas l'intention de l'admettre. Une sorte de fureur la fit s'empourprer et elle lança :


- Non, il n'est pas mort ?!
Laissant ainsi entendre qu'il y avait bien eu un amant qu'elle ne pouvait oublier mais que ce n'était pas la mort qui les avait séparés.

Je ne souhaitais pas vous embarrasser, assura Bowling. Je voulais simplement être certain que, bien qu’étant célibataire, cela ne signifiait pas généralement, que vous détestiez les hommes !

- Oh! Non. J'aime beaucoup les hommes ! Sa rougeur s'accentua et, confuse, elle s'arrêta.

- Vous n'avez toujours pas rencontré l'homme de votre vie, hein ? Continua-t-il avec un sourire bienveillant ?! Il se tourna vers le procureur :

- Mlle Hamilton est acceptée par la défense si elle l’est aussi par l'accusation.

- Pas d’objection, répondit le procureur. Mademoiselle Hamilton, maintenant vous pouvez prendre la place numéro huit dans le box des jurés.

Jonas Will était accusé de meurtre avec préméditation sur la personne de sa femme, en vue d'obtenir le contrôle de ses biens. L'accusation prit une semaine complète pour présenter et développer des faits qui étaient d'ailleurs accablants. Après avoir entendu les témoins et examiné les pièces à conviction, l'accusation établit que les événements s'étaient déroulés de la façon suivante:

Au mois de décembre précédent, Jonas Will avait épousé à New York Mme Vve Edna Barries et le couple était installé dans une maison cossue du Haut Manhattan ­que possédait l'épousée. Une semaine après le mariage, Will se présentait à la banque avec une procuration et, après avoir retiré le solde de deux mille quatre cents dollars, procédait à la clôture du compte de sa femme. Le lendemain, toujours au nom de sa femme, il se défaisait de diverses actions et obligations pour une valeur totale de trois mille dollars. Puis il mit la maison en vente et, étant pressé, s'en défit pour sept mille cinq cents dollars, à peu près la moitié de sa valeur réelle.

Durant tout ce temps, la nouvelle épouse n'avait été aperçue des voisins que pendant les quelques jours qui avaient suivi le mariage.

L'explication donnée par Will est que, son travail l'obligeant à aller s'installer sur la côte Ouest, sa femme était partie seule afin de chercher une nouvelle maison pendant que lui restait sur place à New York et s'occupait de liquider leurs affaires. Deux mois après le mariage, Will quittait New-York avec l'équivalent en liquide de tous les biens de sa femme.

Naturellement, les voisins avaient parlé entre eux de l'étrange disparition de Mme Will et le nouveau propriétaire de la maison devint fort soupçonneux lorsque, dans le sous-sol, il remarqua une dalle de ciment relativement récente. Il creusa et découvrit une fosse contenant les
restes d'un corps de femme horriblement mutilé à l'acide sulfurique.


Le corps avait été trop endommagé par l'acide permettre une identification absolue mais les médecins légistes furent en mesure d'établir que la femme était du même âge et de la taille d'Edna Barnes Will. En outre, ils déterminèrent que la mort avait résulté d'un coup violent porté à la tête et avait eu lieu approximativement à l'époque où les voisins avaient aperçu Edna pour la dernière fois.

L'enquête de police révéla qu'un bidon d'acide sulfurique de vingt litres avait été acheté par un individu correspondant au signalement de Jonas Will, et cela, quatre jours après la date du mariage.

De plus, l'accusation insistait sur le fait que la femme dont le corps avait été enseveli n'avait plus aucune dent et qu'Edna Barnes Will portait une prothèse dentaire complète !

Une semaine après la découverte du corps, Jonas Will avait été localisé et arrêté à San Francisco, puis transféré à New York pour y être inculpé de meurtre au premier degré. Il fallut une autre semaine à la défense pour présenter ses arguments.

L'explication de Jonas Will était la suivante: en effet, sa femme était partie seule pour San Francisco et ceci afin de chercher une maison. Comme preuve il présenta un télégramme envoyé de cet endroit et libellé : « BIEN ARRIVÉE. BAISERS. EDNA. » La direction d'un hôtel de San Francisco confirma qu'une réservation au nom de Mme Edna Will avait effectivement été faite de New York plusieurs jours avant la date du télégramme reçu par Jonas, mais que cette réservation n'avait jamais été réclamée. La défense affirmait qu'Edna était arrivée à
Francisco par le train, avait télégraphié de la gare et disparu sur le chemin de l'hôtel.


Lorsque l'accusation demanda à Jonas Will pourquoi il n'avait pas fait procéder à une enquête car il était resté presque deux mois sans nouvelles de sa femme après le télégramme initial - sa seule explication, plutôt mauvaise -, fut « qu'il savait qu'elle n'aimait pas écrire » et aussi qu’'il avait été très pris par la liquidation de leurs affaires à New York. Il prétendait avoir été absolument atterré en découvrant, à San Francisco, qu'elle n'était jamais descendue à l'hôtel où la réservation avait été faite ?!

Il fut établi qu'il s'était effectivement rendu à l'hôtel avait demandé sa femme, ensuite de quoi il avait signalé sa disparition à la police de San Francisco.

La défense affirmait que le corps enseveli dans le sous-sol de la maison de New-York n'était pas celui d'Edna Barnes Will. D'après l'avocat Martin Bowling, cette femme avait été assassinée et enterrée avant le mariage de Jonas et Edna, ce qui laissait entendre que la victime, quelle qu'elle fût, avait été assassinée par Edna.
Afin d'étayer sa théorie, Bowling appela à la barre un vendeur de matériaux de construction qui confirma avoir livré à cette adresse, et en novembre, c'est-à-dire plusieurs semaines avant que Jonas n'emménage dans la maison, un sac de ciment et du sable.


La défense n'avait aucune théorie quant à la disparition d'Edna à San Francisco entre la gare et l'hôtel. Elle faisait simplement remarquer que des centaines de disparitions similaires et non moins mystérieuses avaient lieu chaque année dans tout le pays.

Ni l'accusation ni la défense ne mentionnèrent une chose qui avait pourtant fait grand bruit dans la presse : un an auparavant seulement, Jonas Will avait été acquitté d'une même inculpation de meurtre sur la personne de sa femme. Le président faisait sans aucun doute référence au jugement précédent lorsqu'il donna ses instructions aux membres du jury. Afin de rendre un verdict équitable, il leur recommanda de ne tenir absolument aucun compte de ce qu'ils auraient pu lire ou entendre au sujet de l'accusé en dehors de la
salle d'audience !


… Jennifer écouta attentivement tout ce qui fut dit durant le procès. La plupart du temps néanmoins, au lieu de regarder l'avocat ou le témoin en train déposer, elle ne quitta pas l'accusé des yeux. Et souvent elle s'aperçut que, lui aussi, avait le regard fixé sur elle. Peut-être était-ce le fruit de son imagination, mais il lui sembla qu'une sorte d'étrange communication télépathique s'établissait entre eux. Elle avait l'impression que l'esprit du prévenu, s'adressant directement elle, répétant sans cesse: « Je suis innocent. Ne les laissez pas condamner un innocent !!! »

… Au fil des jours, elle se rendit compte qu'elle était de plus en plus absorbée par cette voix secrète et de moins en moins attentive aux dépositions. Le fait que l'accusation paraisse de plus en plus irréfutable commençait même à l'agacer, et elle ne pouvait s'empêcher d'éprouver une secrète joie chaque fois que la défense marquait un point. Finalement, quand arriva le moment, pour le jury, de se retirer pour délibérer, elle était convaincue de l'innocence de Jonas Will.

Le jury était composé de neuf hommes et trois femmes. Le premier juré, à peu près du même âge que Jennifer, semblait un homme assez cultivé et elle l'avait entendu dire à l'un des autres jurés qu'il enseignait les sciences dans un collège technique.

Lorsqu'ils furent tous assis autour de la longue table dans la salle des délibérations, le premier juré prit la parole.

- Voulez-vous que nous discutions de l'affaire avant de procéder au scrutin ou bien préférez-vous que nous votions d'abord et réservions la discussion pour plus tard en cas de désaccord ?

L'une des femmes, la trentaine, mince et sans profession, lança:
- Je ne vois pas ce qu'il peut y avoir à discuter. Nous n'avons qu'à voter tout de suite.
Tout le monde étant d'accord, le premier juré fit distribuer les feuilles qui allaient servir de bulletins de vote. Chaque juré y mentionna sa décision, le plia et le retourna a au premier juré.

Après ouverture de tous les bulletins, celui-ci annonça:

- Onze « coupable », un « non coupable » !

… Comment quelqu'un a-t-il pu voter « non coupable » ? Explosa la femme qui avait demandé le vote. C’est la deuxième fois qu'il tue sa femme !!! Habituellement, dans les discussions de groupe, Jennifer restait silencieuse. Mais il faut dire que jamais encore elle n'avait participé à une discussion de groupe où elle ait eu une opinion bien déterminée, que ce soit dans un sens ou dans l'autre. Timidement, elle se surprit à dire:

- Nous ne sommes pas supposés tenir compte du jugement précédent. De toute façon, s'il a été acquitté, c’est qu'il devait être innocent.

- Innocent! s'exclama la jeune femme mince. Il a surtout eu la chance de tomber sur un jury d'imbéciles. On a retrouvé sa femme enterrée et il est parti avec tout son argent; exactement comme pour celle-ci; c'était dans tous les journaux !

Le ton de Jennifer devint plus ferme.
- Nous ne devons pas tenir compte de ce premier jugement. Nous avons prêté serment de ne considérer que les faits présentés à l'audience. En ce qui me concerne, je ne crois pas que la défunte soit Edna Will. Je pense que c'est une femme qui a été assassinée par Edna Will avant qu'elle n'épouse l'accusé, et c'est pour cela qu'Edna a disparu. Elle se cache quelque part afin d'échapper à
la peine encourue pour le crime qu'elle a commis !


- Oh! Mais ce n’est pas possible d'entendre des choses pareilles ! Explosa la jeune femme, écœurée.
Le premier juré intervint.
Je crois que l'on ferait mieux d'engager une discussion générale. Etant donné que nous jugeons le prévenu coupable à onze contre un, nous allons laisser la dame récalcitrante nous exposer les raisons qui l'incitent à ne pas être de notre avis. Puis, en commençant par la première personne à ma gauche, chacun d'entre vous pourra présenter ses objections.

Pendant un court instant, sentant tous les regards fixés sur elle, Jennifer se sentit mal à l'aise. Finalement, d'une voix tremblante mais obstinée, elle parla.

- Le juge a dit que si nous ressentions le moindre doute en ce qui concerne la culpabilité de l'accusé, nous devions le considérer innocent. Et il n'a pas été prouvé que la défunte était effectivement Edna Will. Et que faites-vous du télégramme de réservation à l'hôtel ? Et de celui qu'elle a envoyé de San Francisco à son mari ?

… La personne sur la gauche du premier juré répondit :

- N'importe qui peut envoyer un télégramme ?! Il pouvait avoir un complice là-bas, ou il peut même avoir fait l'aller et retour lui-même; en
avion ça ne prend que huit heures ?!


- N'allez pas chercher des choses extravagantes, protesta Jennifer. De toute façon l'accusation n'a jamais prouvé non plus que ce n'est pas Edna qui a envoyé l'un ou l'autre des télégrammes ?! Nous pouvons donc admettre que c'est elle qui l'a fait.
D'ailleurs, cela n'a pas été réfuté !


- Je n'ai rien à admettre du tout, dit le voisin de la première personne qui avait parlé. Il a lui-même envoyé ces télégrammes, ou les a fait envoyer, juste au cas où quelque chose ne marcherait pas. C'est pour la même raison qu'il s'est renseigné à l'hôtel, et a ensuite porté plainte à la Brigade des Recherches de San Francisco. Jamais, pendant les deux mois qu'elle est supposée avoir passés à San Francisco sans qu'elle donne signe de vie, il ne s'est demandé pourquoi sa femme n'écrivait pas ?! Est ce que cela vous semble être l'attitude normale de nouveaux mariés?

- C'étaient des adultes, répondit Jennifer d'une voix pas très assurée. Tous deux avaient déjà été mariés auparavant. Ce n'était pas comme un premier amour.

La troisième femme, une sténographe d'âge moyen qui portait une alliance, s'exclama:
- Toute cette discussion est ridicule. Il l’a tuée et a volé son argent. Un point c'est tout !

Mais la discussion continua et, pour la première fois de sa vie, Jennifer avait beaucoup à dire. Ce n'était pas une oratrice, mais elle défendit sa thèse avec tellement d’insistance et de ténacité que l'un des hommes finit par changer d'avis. Le jury avait quitté la salle du tribunal à heure de l'après-midi.
Après avoir âprement défendu son point de vue pendant quatre heures, Jennifer avait ramené le vote à dix «coupable », deux avaient voté« non coupable ». A sept heures du soir, quand l'huissier leur apporta à dîner, et qu'il leur fut accordé un repos d'une demi-heure,
Jennifer en avait converti quatre de plus et le jury était maintenant partagé de façon égale. Quatre hommes et les deux autres femmes résistaient toujours.


A dix heures, le vote avait basculé à dix contre deux. Seules la jeune femme mince et la sténographe s'accrochaient encore, jugeant le prévenu coupable.

A dix heures trente, le premier juré déclara:
- Je crois que nous sommes dans une impasse. Nous allons voter une dernière fois et je suggère que nous informions la cour que nous avons abouti à une situation insoluble !

- Ce qui entraînera un nouveau procès. Quelle perte de temps et d'argent ! Grommela l'un des hommes.

A contrecœur, la sténographe avoua qu'elle abandonnait:
Je ne veux pas être « celle qui va faire tout recommencer » !. Je suis absolument convaincue qu'il est coupable, mais je me rallierai à l'opinion générale plutôt que de voir le jugement annulé.

La jeune femme mince ne possédait pas la résistance morale suffisante pour se battre seule. La dernière de ses supporters se désistant, elle aussi jeta l'éponge. Durement, elle lança:
- D'accord, on le relâche. Qu'il aille tuer quelques femmes de plus !

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Il y avait juste une semaine que le procès était terminé lorsqu'un soir, revenant du bureau, Jennifer trouva un visiteur qui l'attendait devant la porte de son appartement.
Reconnaissant la haute silhouette distinguée, elle tressaillit de surprise.

Jonas Will avait déjà son chapeau à la main. Il inclina légèrement le buste dans un salut qui sentait bon la courtoisie d'autrefois.

- Mademoiselle Hamilton, j'espère que vous me pardonnerez d'arriver ainsi chez vous, mais j'ai estimé devoir le faire !
- Oh! Je vous en prie, monsieur Will, entrez donc !
Essayant d'insérer la clef à l'envers dans la serrure elle se mit à rire nerveusement et parvint tout de même à ouvrir la porte au deuxième essai. Jetant un rapide coup d'œil circulaire dans la pièce de devant, elle fut soulagée de constater que celle-ci était aussi rangée que d'ordinaire, chaque chose bien à sa place.

- Je vous en prie, asseyez-vous. Voulez-vous me donner votre chapeau?

- Non, ce n'est pas la peine, je ne vais pas rester longtemps, dit-il en souriant.
Prenant place dans un fauteuil, il mit son chapeau sur ses genoux. Déposant son sac sur une table en coin, elle s'installa sur le canapé, le regardant d'un air interrogateur.

- J'ai cherché votre adresse dans l'annuaire téléphonique.
J'espère que vous ne m'en voudrez pas. J'ai conscience que je me dois de vous remercier.

Elle s'empourpra.
J'ai simplement voté en mon âme et conscience, monsieur Will et puis, nous étions douze.
- Douze qui ont délibéré pendant neuf heures, ajouta-t-il, quelque peu sarcastique. La mésentente a être totale. Je pense que c'est probablement à vous que je dois la vie.

… La rougeur de Jennifer s'accentua. .
- Vous devez la vie à votre innocence, monsieur Will. Je peux vous assurer que si je vous avais jugé coupable, j'aurais voté comme les autres et tout aurait été terminé en cinq minutes !

Les yeux gris clair observaient le visage de Jennifer.
- Ainsi c'était donc vous au premier tour de scrutin ! Je l'avais senti. Savez-vous que je vous ai observée pendant toute la durée du procès?

- Vraiment ? dit-elle, simulant la surprise.
- N'essayez pas de me faire croire le contraire, assura-t-il calmement. Bien sûr, vous le saviez. Dès l’instant de votre première déposition, j'ai compris que vous étiez un sujet sensible !

- Un quoi ? demanda-t-elle, haussant les sourcils.
- Un sujet réceptif. Une personne susceptible de recevoir une communication télépathique.
Ce que je ne peux pas faire, malheureusement. Je ne peux que transmettre !

Étonnée, elle le regardait.
- Vous voulez dire qu'il s'agissait vraiment « de transmission de pensée » ? Je n'ai rien imaginé ?
Il sourit.
Vous n'imaginiez rien du tout, mademoiselle Hamilton. J'ai toujours été capable de transmettre, mais seulement à un nombre limité de sujets. En effet, très peu de personnes bénéficient d'une capacité de réception suffisamment sensible qui leur permette de recevoir les ondes transmises par un télépathe. Et même en admettant qu'elles possèdent cette réceptivité, cela ne veut rien dire, à moins que le télépathe et son sujet soient sur la même « longueur d'ondes ». Il faut jouir d'un état d'esprit particulier pour devenir un sujet réceptif : « que la personne soit plus disposée à écouter qu'à penser à ce qu'elle va dire. Elle doit garder un esprit non encombré par des pensées égocentriques !

- Vous voulez dire qu'elle ait la tête vide ?
Son sourire s'accentua.
Non seulement vous avez un esprit réceptif mais aussi le sens de l'humour !
Se levant, il ajouta:
- Je ne vais pas vous importuner plus longtemps, mademoiselle Hamilton. Je voulais simplement vous remercier pour ce
que vous avez fait.

Au même instant, et presque aussi clairement que s'il avait parlé à haute voix, elle entendit : « Vous êtes une femme charmante et j'aimerai beaucoup m'attarder mais, décemment, je ne peux risquer de vous importuner !»

… Son cœur s'emballa. Sentir qu'un homme avait une opinion quelconque à son sujet était une expérience totalement nouvelle ! … Sans parler du fait qu'elle avait l’impression qu’il la trouvait charmante. Avait-il réussi à lire dans ses pensées une fois de plus ou était-ce simplement le fruit de son imagination combiné à un souhait venu du plus profond d'elle-même ?
… Imagination ou pas, elle décida de lui donner une chance de rester plus longtemps s'il le désirait.

- Croyez-vous que je vais vous laisser entrer chez moi, exciter ma curiosité en me disant que je suis capable, en quelque sorte, de lire les
pensées, et vous laisser repartir aussitôt ? Sans me donner d'autres explications ? D'habitude, je prends un cocktail lorsque je rentre du bureau. Pourquoi n'en boiriez-vous pas un avec moi ? Nous bavarderions un peu !

… Il hésita avant de répondre.
- Si je ne m'impose pas,
cela me ferait extrêmement plaisir !

… Il finit par rester dîner.
… C'est ainsi que tout commença. Peu à peu, au cours des quelques semaines qui suivirent, Jonas Will devint le compagnon du soir. Au début, il n'apparaissait qu'à des intervalles de quelques jours et allait l'attendre à la sortie de son bureau. Finalement l'habitude fut prise : chaque soir, il était là pour l'emmener quelque part prendre un cocktail. Parfois ils allaient dîner chez elle ; d'autres fois, il l’emmenait
au restaurant puis ils allaient voir un film. D une façon générale, leurs soirées étaient plutôt calmes, mais comparées aux distractions que Jennifer avait connues auparavant, elles étaient absolument exaltantes !
Son train-train quotidien avait été brusquement balayé et remplacé par une vie fascinante et pleine d'aventure !


Bien qu'ils en soient maintenant arrivés à s'appeler par leurs prénoms, Will demeurait très réservé ne prenant même pas la liberté de presser sa main dans l’obscurité d'une salle de cinéma ; pourtant, elle sentait bien qu’il qu'il lui manifestait de plus en plus d'intérêt. Ce n’est pas tant ce qu'il disait ou faisait mais, occasionnellement, elle continuait à percevoir des fragments de la pensée de Jonas ... ou tout au moins c'est ce qu'elle imaginait.
Et dans ces cas-là, c'était toujours un sentiment de tendresse ou d'admiration qu'elle percevait ! Ils avaient beaucoup de discussions relatives à cette apparente capacité extra-sensorielle qu'elle possédait, le sujet la passionnait.
N'ayant jamais rien expérimenté de la sorte auparavant, elle faisait d'immenses efforts pour comprendre pourquoi et comment cette découverte de pouvoir latent qu'elle détenait de lire les pensées des autres s'était soudain révélé.


- Pas les pensées des autres, expliqua-t-il en souriant. Les pensées d'une seule personne. Ce n'est d'ailleurs pas un phénomène hors du commun et on le remarque souvent chez les couples particulièrement unis. Les psychologues n'en savent pas trop à ce sujet mais il existe une théorie disant que l'esprit de certaines de ces personnes que l'on appelle « réceptives » fonctionne, si l'on veut, comme un récepteur de radio qui ne capterait qu'une unique et étroite bande de fréquence.
La théorie est que de tels esprits peuvent recevoir les pensées seulement si elles sont transmises sur une fréquence absolument précise. Il est possible qu'un sujet sensible parcoure toute sa vie sans jamais rencontrer le télépathe qui transmettra sur la fréquence lui
convenant. Je suis probablement la première personne que vous rencontrez qui soit en harmonie avec vous !

- Elle fut heureuse d'apprendre que le phénomène était quelque chose de commun chez les couples particulièrement proches l'un de l'autre. Bien que Jonas n'ait jamais laissé entendre qu'il éprouvât plus que de l'amitié envers elle, cela ajoutait malgré tout un zeste de romantisme à leurs relations. Elle commença à rêver un peu. Mais un soir, son rêve vola en éclats. Ils étaient chez elle, assis dans la pièce de devant. Jonas lui annonçait qu'il allait sans doute quitter la ville d'ici une semaine deux.

Dans un sens, ce n'était pas une surprise absolue ; elle savait qu'il cherchait un emploi en dehors de New-York. Il lui en avait déjà parlé: le
travail pour lequel il ­était parti à San Francisco avait, bien entendu, été supprimé dès son accusation de meurtre. En ce qui concernait New York, il y avait bien trop de scandale attaché à son nom pour qu'il puisse espérer y trouver quelque chose. Il avait une réserve de quelques milliers de dollars, lui avait-il dit, mais il ne pouvait pas vivre éternellement là-dessus. Il voulait partir pour un endroit où il ne serait pas connu et essayer de recommencer sa vie sous un autre nom.


- Je suis aussi un peu limité dans les emplois auxquels je peux prétendre.
J'ai fait mes demandes sous le nom de Henry Gunner : j'ai donc dû sélectionner des emplois pour lesquels, je pense, on n'ira pas me demander trop de références. C'est seulement une place de vendeur de voitures à la commission,
mais si je réussis bien là-dedans, je peux faire une demande pour quelque chose de mieux et j'aurai ainsi une référence toute faite.

- Où est-ce? demanda-t-elle.
- Saint Louis. Ce n'est pas encore sûr, mais ça me semble sérieux ! Je dois me présenter là-bas lundi pour une interview.
- J'espère que tout ira bien, dit-elle d'une voix qu'elle parvint à contrôler.
Mais Saint Louis est bien loin. Je ne pense pas que nos chemins se croiseront très souvent.

- Il y a un moyen de les faire se croiser chaque jour. Le rêve brisé commençait à reprendre forme et son cœur se mit à battre sourdement.
- Comment cela, Jonas?
- Si nous étions mariés ?!
… Elle le regardait fixement. Son cœur s'emballa. Il lui était absolument impossible de parler.
Jonas continua :
- Évidemment, il y a tout de même un problème. Il est fort possible qu'Edna soit toujours en vie ?!
Cette pensée la fit tressaillir. Bien qu'elle fût certaine que le corps découvert dans le sous-sol de la maison New-yorkaise n'était pas celui d'Edna Barnes Will, depuis le jour où Jonas était apparu à sa porte, elle ne s’était jamais demandé où avait bien pu passer ladite Edna.

- Bien sûr, le fait qu'elle soit toujours en vie ne me range en rien au point de vue moral, dit Jonas. Mais si cela est, elle ne peut ignorer que j'ai été jugé pour l’avoir prétendument assassinée. Tout le pays le savait ! Il va sans dire que je n'ai pas l'intention de retourner avec une femme prête à me laisser exécuter pour un crime dont elle me savait totalement innocent ?!
Jennifer demeurait silencieuse. Jonas poursuivit :
- L’État de New York l'ayant déclarée décédée, je ne crois pas que l'on puisse m'arrêter pour bigamie si par hasard, elle se décidait à revenir ?! C'est seulement à vous que je pense. Je ne voudrais pas que, dix ans peut-être après notre mariage, vous ayez le choc de découvrir que vous avez vécu dans le péché !
Jennifer lâcha brusquement:
- Supposons que j'aie envie de prendre le risque !
Il lui sourit.
- J'espérais vous entendre dire cela. Mais je crois qu'il n'y a pas grand risque puisque nous allons entamer une nouvelle vie sous un nouveau nom et, même si elle réapparaissait, il est vraiment peu probable qu'Edna puisse nous retrouver ! En mettant les choses au pire, cela signifierait pour moi un rapide voyage à Reno et notre remariage ensuite. Un président des Etats-Unis a d'ailleurs été confronté une fois au même problème, et l'a surmonté sans scandale !
… Fouillant sa mémoire à la recherche de ses souvenirs d'écolière, elle approuva d'un signe de tête:
- Andrew Jackson. Mais il y a tout de même eu scandale, n'est-ce pas ?
N'a-t-il pas provoqué quelqu’un en duel pour avoir fait la remarque que lui et sa femme vivaient dans le péché?

- Vous savez, mon amie, les mœurs ont bien changé depuis lors ! Personne ne nous jettera la pierre, même s'il devient nécessaire d'entamer une procédure légale. On n'y verra qu'une erreur commise de bonne foi, facile à rectifier ! Mais tout dépend de vous…

- Je vous épouserai ! dit-elle, avant qu'il eût le temps de changer d'avis.
Elle était assise sur le canapé et lui dans un fauteuil. Il se leva, s'approcha d'elle et vint l'embrasser pour la première fois.
… Cela se passait un samedi, le 29 juin. Le lundi matin, Jonas prit l'avion pour Saint Louis. A quatre heures de l'après-midi il appela Jennifer à son bureau.
- Ça y est, je suis engagé !
annonça-t-il avec entrain. Je commence le 15 juillet. C'est un lundi. Je vais rester ici quelques jours pour essayer de nous trouver un endroit où habiter, mais je serai rentré vendredi. Nous nous marierons samedi et nous pourrons partir pour Saint Louis, en voiture, aux environs de mardi, le 9 juillet ?!
- Si vite ! s'écria-t-elle, à la fois effrayée et ravie à la pensée du peu de temps qui lui restait avant de devenir une femme mariée. Il faut que je donne congé au bureau et il y a le bail de mon appartement et...
- Eh bien, tu as intérêt à te dépêcher ! répondit-il avec bonne humeur. Nous partons pour Saint Louis dans une semaine demain !

Dès qu'elle eut raccroché, elle alla voir son patron et lui donna sa démission. Après un quart de siècle de service, il fut très compréhensif. Il la dispensa des deux semaines habituelles de préavis et lui demanda simplement de terminer celle en cours.

Les jours qui suivirent passèrent dans une agitation fébrile. Elle finit par trouver une femme pour reprendre le bail de l'appartement et aussi garder les meubles, mais dut se résigner à céder ceux-ci pour à peu près le quart de leur valeur. Il lui fallait procéder à la fermeture de comptes dans plusieurs magasins et aussi faire ses bagages.
Ce dernier point fut le plus gros problème car, lorsque Jonas la rappela le mercredi, il lui demanda de se limiter à deux valises qu'ils prendraient avec eux dans la voiture.
Tout le reste devrait donc être expédié et consigné à Saint Louis jusqu'à ce qu'ils aillent le réclamer.


Lorsque Jonas revint le vendredi, Jennifer était arrivée à tout faire sauf clore ses comptes bancaires. Il arriva par un vol du matin, et vint la chercher au bureau à midi. Pendant l'heure du déjeuner, ils se firent faire une prise de sang et enregistrèrent leur demande pour être
mariés le lendemain puisque New York exigeait une période d'attente de vingt-quatre heures. Jonas s'inscrivit sous le nom de Henry Gunner; Jennifer fut un peu réticente à ce sujet jusqu'à ce qu'il lui explique qu'un mariage était légal sous n'importe quel nom, à condition naturellement que ce soit bien les ­personnes désirant se marier qui participent
à la cérémonie ! Il lui fit comprendre qu’utiliser son véritable nom serait complètement aberrant, si le hasard voulait que ça s'ébruite ! - un homme acquitté deux fois pour meurtre de sa femme et se remariant- ce serait en première page de tous les journaux. Ni l'un ni l'autre ne voulaient cette sorte de publicité. Puisqu'ils allaient vivre à Saint Louis sous le nom de M. et Mme Henri Gunner, les choses seraient beaucoup plus faciles pour eux si c'était ce nom qui figurait sur leur certificat de mariage.

Jennifer reconnut qu'il avait raison.
Un juge de paix les maria le samedi soir. Jonas, qui avait jusque-là habité dans une chambre meublée, la quitta et vint s'installer chez Jennifer. Dans l'excitation des préparatifs du mariage et du déménagement, elle n'avait pas eu le temps de discuter des questions financières avec Jonas. Et il va de soi que, au soir de son mariage, ces questions furent reléguées au plus loin de ses pensées. Mais
le lendemain au petit déjeuner, elle décida d'aborder le sujet.


- Jonas, crois-tu que nous pourrons vivre avec ce que tu vas gagner? Ou bien veux-tu que je cherche aussi du travail quand nous serons à Saint Louis ?
- On va d'abord voir comment on s'en sort. J'ai quatre mille dollars, cela devrait suffire pour un petit moment.
J'ai aussi un peu d'argent, dit-elle. J'ai l'intention de clore mon compte -courant demain et prendre le montant en chèques de voyage. Je n'ai que deux ou trois cents dollars dessus mais c'est avec mon compte épargne que je ne sais quoi faire. Je devrais peut-être le laisser ici et demander son transfert dans une banque de Saint-Louis une fois que nous serons arrivés.
Pourquoi ne fais-tu pas faire, par la banque, un chèque à ton nom, Jennifer Gunner ? C'est aussi sûr que des chèques de voyage et tu n'auras qu'à le déposer sur un nouveau compte épargne dès que nous serons à Saint Louis.
Si tu veux, tu peux même cumuler le montant de tes deux comptes sur ce chèque.
J'ai suffisamment de chèques de voyage pour nous deux !


Et c'est ce qu'elle fit. Jonas ne lui avait pas demandé le montant de son compte épargne et elle ne lui en avait rien dit. Elle voulait que ce soit une agréable surprise : ­pendant vingt-cinq années elle avait régulièrement économisé une partie de son salaire. Le chèque qu'elle reçut de la banque s'élevait à dix sept mille deux cent quarante-huit dollars !
… Ils partirent pour Saint Louis tôt le mardi matin.
Jennifer n'ayant pas de permis, Jonas garda le volant pendant tout le trajet. Ils n'étaient pas pressés puisque Jonas ne commençait à travailler que le lundi suivant. Le voyage dura trois jours et, en fait, constitua leur lune de miel.
Ce fut le vendredi en fin d’après-midi qu’ils traversèrent le Pont Mac Arthur et entrèrent dans Saint- Louis où ils s'arrêtèrent pour dîner avant de continuer leur route.


Jonas lui avait dit avoir loué « une sorte de petite maison d'été » pour un mois. Elle leur servirait de base temporaire pendant qu'ils chercheraient quelque chose de mieux adapté à leurs besoins. C’était un peu en dehors de la ville, expliqua-t-il, mais il l'emmènerait avec lui tous les matins en partant travailler et la déposerait chez divers agents immobiliers afin qu'elle s’occupe de chercher une maison:

Jennifer n'avait cependant pas imaginé que ce serait si éloigné de la ville !

La maison se trouvait sur le bord de Meramec River, à une bonne quinzaine de kilomètres l'extrémité sud de la ville et probablement vingt à vingt-cinq du centre ville. Elle était plantée sur une bande de plage couverte de galets, sans aucune autre habitation à proximité. Construite sur pilotis, des planches avaient été clouées sur deux côtés de façon à former une sorte de garage rudimentaire sous la maison. Un escalier de bois menait directement du garage à la maison.


Jennifer fut soulagée de constater que l'intérieur était beaucoup plus plaisant que l'extérieur ne le laissait supposer. La pièce de devant était très vaste, bien agencée et garnie de meubles rustiques. Il y avait une grande cuisine, une chambre et une salle de bains. Le mobilier était assez vieux mais approprié pour ce genre d'habitation. Elle décida que, après un grand nettoyage, ce serait vivable pour le peu de temps qu'ils auraient à y passer.

Fatigués par le long voyage, ils se couchèrent tôt le vendredi soir. Le samedi, Jonas l'emmena dans un centre commercial au bord de la nationale, où elle fit ses provisions en produits alimentaires et articles ménagers. Le reste de la journée et tout le dimanche, elle lava, brossa jusqu'à ce que les trois pièces fussent impeccables ! Le dimanche soir après dîner, alors qu'ils étaient tous deux assis dans la pièce de devant, Jonas lui dit :
- Demain, je commence à travailler. Comment vas-tu passer la journée?
Elle le regarda d'un air surpris.
- Je pensais que tu allais m'emmener pour que je commence à chercher une maison ?!
- Non, pas demain. Je ne saurais où te déposer. J'achèterai le journal local et, demain soir, nous préparerons une liste des agences immobilières qui s'occupent des locations. Je t'emmènerai mardi. Tu peux bien te reposer un jour avant de commencer à courir les agences ?!
- D'accord, acquiesça-t-elle. Je suppose que nous ne sommes pas à un jour près.
- Si tu veux endosser le chèque et me le donner, je pourrai ouvrir ton compte épargne demain, pendant que je serai en ville ?!
- Notre compte épargne, corrigea-t-elle avec un sourire.
Nous n'allons pas former un de ces couples ou chacun gère ses affaires de son côté, non?

- Entendu, notre compte, répondit-il en lui rendant son sourire. Mais endosse le chèque pendant que tu y penses.
Elle alla dans la chambre, sortit le chèque de son sac, le retourna et l'endossa en s'appuyant sur la coiffeuse. Ecrivant « Mme Jennifer Gunner », elle ressentit une sorte de tendre émotion.
C'était la première fois qu'elle avait l'occasion d'écrire son nouveau nom?!


Revenant dans la pièce, elle tendit le chèque à Jonas qui y jeta à peine un coup d'œil, le plia et le mit dans sa poche.
- Tu n'es pas étonné du montant ? demanda-t-elle, fière d'elle-même.
- Non, pas vraiment. Il y a des années que tu travailles et tu as des goûts simples. Je supposais que tu aurais une bonne petite somme de côté !
… Son visage laissa voir sa déception. Elle était un peu blessée par la désinvolture avec laquelle il acceptait le fait qu'elle possédât une telle somme !!!
- Je ne ... je pensais que tu serais fier de moi !
- Oh! Mais je le suis.
Je ne suis pas surpris, c'est tout ?!


Elle l'observait d'un air incertain quand soudain un épisode du procès envahit brusquement son esprit... Elle n'aurait su dire pourquoi cela lui revenait en mémoire à ce moment précis mais elle revoyait clairement l'expert en graphologie témoignant et disant que c’était bien la signature d'Edna Will qui figurait sur la procuration donnant à Jonas le contrôle de tous les biens de sa femme. Elle réalisa que tout ce qu'elle possédait était représenté par ce chèque qu'elle venait juste de lui remettre. Et c'était effectivement sa signature qui figurait au dos.
Sans transition elle demanda :
- Il y a longtemps que tu connaissais Edna lorsque tu l'as épousée ?
Il la regarda d'un air bizarre.
- Voilà une drôle de question. Non, pas très longtemps !
- Comment l'avais-tu rencontrée, Jonas?
Il la considéra un moment avant de répondre assez négligemment :
- Elle faisait partie du jury, lors de mon premier procès.
Par-delà ces mots elle perçut quelque chose de plus venant de lui et, cette fois, elle fut bien certaine que ce n'était pas le fruit de son imagination. Aussi clairement que s'il avait parlé à voix haute, elle entendit: « J'essaye toujours de trouver un sujet réceptif parmi les jurés. »

Prise de panique, l'horreur l'envahissant, elle regarda fixement les yeux gris clair qui se voilaient de tristesse.

- J'ai laissé échapper la pensée qu'il ne fallait pas, n'est-ce pas ?
Je voulais que tout cela dure encore une soirée, mais maintenant ce n'est plus possible. C'est bien l'ennui quand on rencontre des êtres sensibles : il faut surveiller sans cesse ses propres pensées ?!"

.'espère que cette nouvelle nouvelle bien horrible sélectionnée par Hitchcock vous a bien plu... Et qu'elle plaira aussi à d’autres!
... Bonne journée!!!
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MessageSujet: Re: MANIAQUERIE !   MANIAQUERIE ! Icon_minitimeJeu 16 Aoû 2012 - 23:35

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