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 Le siècle des lumières

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MessageSujet: Le siècle des lumières   Le siècle des lumières Icon_minitimeMar 5 Avr 2022 - 12:59

Charles de Montesquieu (1689 - 1755)



Un penseur à l'écoute du monde


Le 10 février 1755 meurt à Paris Charles-Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu. On peut le considérer comme le fondateur des sciences politiques modernes.


Un homme de réflexion


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Charles-Louis Secondat, baron de Montesquieu (18 janvier 1689, La Brède - 10 février 1755, Paris)


L'illustre écrivain est né 66 ans plus tôt, le 18 janvier 1689, au château de La Brède, non loin de Bordeaux.


Étudiant brillant, il hérite à 27 ans d'une charge de président au Parlement de Bordeaux. Il se signale très tôt à l'attention du public cultivé par un petit ouvrage: les Lettres persanes (1721). Il s'agit d'une critique spirituelle de la société française sous la Régence du duc d'Orléans.


Académicien et auteur à succès, il fait le tour de l'Europe avant de se retirer dans sa belle demeure de la Brède pour écrire, ou plutôt dicter, son chef-d'oeuvre, L'Esprit des Lois (1748).


Dans cet ouvrage d'observation et de réflexion, il recommande de confier les pouvoirs législatif (la rédaction des lois), exécutif (l'exécution des lois) et judiciaire à des organes distincts les uns des autres.


– Il propose de confier le pouvoir judiciaire à des juges renouvelés à chaque procès.


– S'inspirant du modèle anglais et du philosophe John Locke, il propose par ailleurs de diviser le pouvoir législatif entre deux assemblées :
– une assemblée tirée des corps du peuple qui crée la loi (chambre « basse », chambre des députés ou Communes),
– une assemblée de nobles héréditaires qui corrige la loi (Sénat, chambre « haute » ou chambre des Lords à la manière anglaise).


Ces principes de distribution des pouvoirs sont à l'origine de nos constitutions politiques. Mais leur inventeur doutait qu'ils puissent fonctionner dans de très grands États, comme c'est pourtant le cas aujourd'hui.


Un homme du passé


Montesquieu, écrivain à l'esprit fin et souvent caustique, est aussi, de façon paradoxale, un aristocrate tourné vers le passé. Il confesse une admiration sans bornes pour la Rome antique et la tient pour un modèle politique indépassable dans ses Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence (1734).


Il emprunte au grec Hippocrate et au latin Tacite la « théorie des climats » pour expliquer de façon « rationnelle » les différences entre les sociétés humaines, un point de vue déterministe qui a perdu beaucoup de sa pertinence...
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MessageSujet: Re: Le siècle des lumières   Le siècle des lumières Icon_minitimeMar 5 Avr 2022 - 13:04

Voltaire (1694 - 1778)


Un persifleur de génie


De son vrai nom François Marie Arouet, Voltaire est l'écrivain le plus célèbre de l'époque de Louis XV. Fils de notaire, il effectue d'excellentes études classiques mais abandonne ses études de droit pour le libertinage et l'écriture, mettant à profit son style littéraire et son insurpassable talent dans le persiflage.


Aventurier et séducteur
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Voltaire en 1735, au summum de sa gloire par Maurice Quentin de la Tour


Une épigramme moquant les prétendues amours incestueuses du Régent avec sa fille Élisabeth, lui vaut un premier séjour à la Bastille en 1717. En sortant, il adopte pour pseudonyme un anagramme approximatif de son nom sous lequel il accèdera à l'immortalité. 


Après quoi, il séjourne pendant trois ans en Angleterre. Il en revient avec les Lettres philosophiques ou Lettres anglaises (1734) où il fait l'apologie du système politique anglais... pour mieux souligner les faiblesses de la monarchie française. Prudent, Voltaire se retire quelque temps au château de Cirey, en Lorraine, chez sa nouvelle maîtresse Émilie du Châtelet, une femme d'exception pour laquelle il fait exception à sa misogynie.


Homme du monde, il jouit d'une grande fortune acquise par ses oeuvres littéraires (en particulier ses contes grivois comme Zadig, qu'il qualifie lui-même de coÿonnades) et des spéculations heureuses.


Grâce au soutien de la marquise de Pompadour, il obtient d'être rappelé à Versailles, est nommé historiographe du roi Louis XV et entre à l'Académie française le 2 mai 1746. Il devient l'homme le plus en vue d'Europe. On le surnomme le « roi Voltaire ».


Mais la mort en couches d'Émilie du Châtelet, en 1749, affecte sincèrement l'écrivain. Comme il commence par ailleurs à pâtir de la concurrence d'une nouvelle génération de « philosophes », il se rend l'année suivante en Prusse à l'invitation du roi Frédéric II.


Bouffeur de curés


De retour en France, Voltaire se reprend à polémiquer avec ses compatriotes, notamment Rousseau, sa tête de Turc. En guerre permanente contre l'Église catholique et les Jésuites (une rancoeur de jeunesse ?), il combat aussi le parti dévot.


Il n'en craint pas moins la colère du roi et s'installe en 1755 aux Délices, près de Genève, puis à Ferney, à deux pas de la frontière, avec sa maîtresse qui est aussi sa nièce, Mme veuve Denis. 


L'éloignement de la capitale ne l'empêche pas de recevoir tous les grands esprits d'Europe et même d'Amérique. C'est à Ferney qu'il reçoit aussi la veuve de Jean Calas, un protestant injustement condamné à mort et exécuté à Toulouse. À 68 ans, lui qui jusque-là s'était désintéressé des erreurs de la justice voit dans l'affaire une bonne occasion d'attaquer l'Église. Usant de sa plume et de ses relations, il va obtenir sa réhabilitation.
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Le dîner des philosophes à Ferney (Condorcet à gauche, Voltaire au centre, Diderot à droite) (Jean Huber, 1772,  Voltaire Foundation, Oxford)


Sa réputation de « philosophe » et de pourfendeur de l'injustice et de l'arbitraire lui vaut de son vivant même une quasi-apothéose. La population parisienne lui fait un triomphe lors de son retour à Paris, le 30 mars 1778, quatre mois avant sa mort. Le 11 juillet 1791, au début de la Révolution, sa dépouille sera transportée en grande pompe à l'église Sainte-Geneviève, transformée en nécropole sous le nom de Panthéon. Elle sera rejointe trois ans plus tard par celle de son vieil adversaire, Rousseau.
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MessageSujet: Re: Le siècle des lumières   Le siècle des lumières Icon_minitimeMar 5 Avr 2022 - 13:10

Georges-Louis Buffon (1707 - 1788)


Portraitiste de la Nature


Depuis 1908, Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, accueille du haut de son fauteuil de bronze les promeneurs venus profiter des allées fleuries de « son » Jardin des Plantes. Le Bourguignon peut ainsi apprécier jour après jour la grandeur et la popularité de son œuvre. Digne représentant des Lumières, il a en effet révolutionné les sciences en consacrant plus de 50 années à l'élaboration d'une gigantesque Histoire naturelle.


Comment devenir en 10 jours intendant du Jardin du Roi... et le rester 50 ans
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M. de Buffon. Aquarelle de Carmontelle, 1769


Personne n'aurait pu deviner que le jeune Buffon, élève moyen issu d'une famille devenue noble quelques années à peine auparavant, deviendrait un personnage majeur du royaume et de l'histoire des sciences.


Né le 7 septembre 1707 à Montbard (Côte-d'or actuelle), il se lance d'abord dans les mathématiques avant de se consacrer à l'étude de la nature tout en se positionnant fort adroitement auprès de ses relations haut placées. C'est ainsi qu'à la mort subite de François du Fay, intendant du Jardin du Roi, il parvient en quelques jours à être nommé au poste désormais vacant. Commence ainsi, l'année de ses 31 ans, une aventure qui allait durer 50 ans.


Il entreprend aussitôt de moderniser et développer l'institution créée sous Louis XIII pour former médecins et apothicaires : le Cabinet d'histoire naturelle explose rapidement sous les dons de richesses et curiosités naturelles venues des quatre coins du monde. Les meilleurs professeurs se succèdent dans les salles de cours et les locaux puis les jardins, après 1771, prennent des dimensions qui aujourd'hui encore peuvent surprendre les promeneurs des quais de Seine.


Un ermite en dentelle entouré de forgerons


Devenu rapidement un personnage incontournable du monde scientifique, Buffon n'en reste pas moins à part. Les mondains le font fuir, les Encyclopédistes ne parviennent pas à lui faire rédiger un article pour leur grande oeuvre, les savants lui reprochent d'arborer en toutes circonstances air hautain et manchettes de dentelle aristocratique. Il paye aussi sa trop grande fidélité à sa terre natale où il passe les 2/3 de l'année, dès le printemps revenu, auprès de sa femme et de son fils, surnommé Buffonet (1764-1794, mort sur l'échafaud sans descendance).


Ce précurseur ne pouvait s'arrêter là : le voici installant sur son toit le premier paratonnerre de France, s'efforçant de mettre le feu à distance à l'aide de miroirs ardents géants et s'amusant des facéties de sa petite guenon qui court avec son chapeau au milieu des pépinières, volières et ménagerie qu'il a fait construire sur son domaine.


L'œuvre d'une vie : l'Histoire naturelle
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Planches de lHistoire naturelle : Le lérot et le surmulot


« J'ai passé 50 ans à mon bureau » : c'est avec ces quelques mots que Buffon résume la genèse puis la rédaction des 36 volumes de son Histoire naturelle, une des plus grandes aventures éditoriales de son temps. Création de la Terre, diversité de l'humanité, caractéristiques de chaque espèce animale...


C'est toute l'histoire et les spécificités de notre planète et de ses habitants qui sont présentées au public dans un style à la fois soigné, précis et accessible à tous.


Membre de l'Académie française, Buffon porte en effet beaucoup d'attention à l'écriture mais aussi à l'iconographie de ses ouvrages. L'Histoire naturelle comporte ainsi près de 2000 dessins passés pour beaucoup à la postérité, tout comme sont restées célèbres certaines de ses expressions telles que le lion «roi des animaux» ou encore le cheval «plus noble conquête [de] l'homme».


Par son style, sa rigueur et son ambition de développer et surtout vulgariser le savoir, Buffon a marqué son époque mais aussi les siècles suivants puisqu'il a ouvert la voie à plusieurs générations de grands spécialistes de l'histoire naturelle, devenue grâce à lui une science à part entière.


Seule la mort, à 81 ans en 1788, put mettre fin à l'insatiable curiosité et la boulimie de travail de celui qui eut l'extrême honneur de voir, de son vivant, sa statue commandée par le roi lui-même.
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MessageSujet: Re: Le siècle des lumières   Le siècle des lumières Icon_minitimeMar 5 Avr 2022 - 13:14

Rousseau (1712 - 1778)


«Jean-Jacques», apôtre de la Nature


Rêveur solitaire mal à l'aise dans la société, Jean-Jacques Rousseau connaît une jeunesse turbulente et c'est seulement à 37 ans qu'il accède à la notoriété. Il va dès lors publier en une douzaine d'années l'essentiel de son oeuvre. 


Après son Discours sur les sciences et les arts (1750) et Le Devin du village (1752), le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1754), la Lettre à d'Alembert sur les spectacles (1758), voici La Nouvelle Héloïse (1761), Émile ou de l'Éducation et Du Contrat social, l'un et l'autre publiés en 1762. Ses deux ouvrages les plus personnels, les Confessions et les Rêveries du promeneur solitaire, sont écrits à la fin de sa vie et publiés après sa mort.


La célébrité, enfin
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Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), pastel par Quentin de La Tour, 1752


 À l'été 1749, Rousseau rend visite à son ami Diderot, incarcéré au fort de Vincennes pour avoir exprimé son athéisme dans la Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient. À son retour, il est, selon ses propres mots, frappé d'une « illumination » en lisant une question mise au concours par l'Académie de Dijon sur le point de savoir si le progrès des arts a contribué à corrompre ou épurer les moeurs. « À l'instant de cette lecture, je vis un autre univers et je devins un autre homme », raconte-t-il.


Jean-Jacques se passionne pour le sujet et envoie à Dijon son Discours sur les sciences et les arts, un réquisitoire vibrant contre l'Histoire qui, dans son cours implacable, cache les scandaleux privilèges des puissants sous le masque des arts et des sciences. Rousseau reçoit le prix, est imprimé, beaucoup lu.


Rousseau accède enfin à la gloire... Il  prolonge sa réflexion politique avec Le Contrat social.


L'ouvrage débute par cette catégorique sentence : « L'homme est né libre et partout il est dans les fers ». Comme remède à la décadence morale, il préconise des lois et un contrat social sous l'égide du « peuple souverain » et se pose ainsi en théoricien de la démocratie.


Son livre sera une source d'inspiration majeure pour tous les démocrates à venir... à commencer par les indépendantistes corses...


En rupture avec le culte de la froide raison qui caractérise le Siècle des Lumières, Jean-Jacques Rousseau redécouvre aussi la sensibilité et, à ce titre, peut être considéré comme un précurseur du romantisme.


Un roman sentimental intitulé Julie ou la Nouvelle Éloïse rencontre l'esprit de l'époque et s'adjuge aussitôt un succès prodigieux.


L'écrivain s'éteint le 2 juillet 1778, à 66 ans, dans un pavillon du parc d'Ermenonville, au nord de Paris, chez l'un de ses derniers amis, le marquis de Girardin. C'est deux mois après son rival Voltaire... et à peine dix ans avant les premiers signes de la Révolution française.


Les acteurs de celle-ci ne manqueront pas de se revendiquer comme les héritiers de Jean-Jacques Rousseau, « l'homme de la vérité et de la nature », lointain inspirateur de la sensibilité moderne et de la démocratique.
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MessageSujet: Re: Le siècle des lumières   Le siècle des lumières Icon_minitimeJeu 7 Avr 2022 - 7:51

Anne Robert Turgot (1727 - 1781)


Homme des Lumières et visionnaire


Né à Paris le 10 mai 1727, Anne Robert Jacques Turgot se prépare à la carrière ecclésiastique à laquelle le destine sa position de cadet. Il y renonce à 23 ans, sans doute après avoir perdu la foi, et se dirige vers le droit.


Il se fait remarquer par un Tableau philosophique des progrès de l’esprit humain (1750) et entre trois ans plus tard au service de l’État en qualité de maître des requêtes. Dans le même temps, il participe aux salons parisiens qui réunissent la fine fleur de France, d’Europe et d’Amérique, une pléiade de grands esprits comme jamais peut-être le monde n’en a connus.


C’est le début d’un parcours exceptionnel qui fait de Turgot l’une des figures les plus représentatives du Siècle des Lumières.


À la différence de la plupart de ses homologues, il a le privilège de ne pas seulement deviser mais aussi d’agir et de se frotter au terrain, d’abord en accompagnant l’économiste Jacques de Gournay, intendant du commerce, dans ses tournées d’inspection en province (1753-1756) puis comme intendant du Limousin (1761-1774) enfin comme contrôleur général des finances ou ministre de l’Économie (1774-1776).
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Anne Robert Jacques Turgot (1727-1781), huile sur toile, école française du XVIIIe siècle, musée du château de Versailles


Paris : les délices de la conversation


Turgot publie des mémoires sur à peu près tous les sujets à l’exception de la théologie, dont il s’est détourné à la fin de ses études, après avoir publié un traité sur la tolérance : Lettre à un grand vicaire sur la tolérance (1753).


Ami de Diderot et d’Alembert, maîtres d’œuvre de l’Encyclopédie, Turgot publie dans celle-ci cinq articles remarqués : Étymologie, Existence, Foires et Marchés, Fondations, Expansibilité des gaz. Il dialogue avec le savant Lavoisier sur la chimie mais c’est avant tout à l’économie qu’il porte le plus d’attention.


Il se lie aussi avec les «physiocrates» tels Gournay, Quesnay et surtout son ami Du Pont. Comme eux, il pense que les règlements, même lorsqu’ils partent d’un bon sentiment, finissent par tuer l’initiative en devenant pléthoriques. Mais à leur différence, il ne croit pas que l’agriculture soit le seul fondement de la richesse des Nations. Les manufactures et le commerce lui paraissent des constituants tout aussi essentiels.


Chez le «philosophe» Helvétius, il a probablement eu l'occasion de s'entretenir plusieurs fois avec Adam Smith. Cet Écossais était alors connu pour sa Théorie des sentiments moraux et pensait que l’homme était guidé par ses sentiments bien plus que par la raison.


Dans le petit traité de Turgot : Réflexions sur la formation et la distribution des richesses (1766), on retrouve déjà l’essentiel des idées qui ont cours dans l’Europe des Lumières en matière d’économie et seront reprises dix ans plus tard par Adam Smith dans ses Recherches sur la nature et les causes de la richesse des Nations (1776), un épais ouvrage dans lequel on a coutume d’y voir l’acte de baptême de l’économie politique.


Limoges : l’épreuve du terrain


Le 8 août 1761, à 34 ans, précédé par sa réputation d’économiste, Turgot devient intendant de la généralité de Limoges, qui inclut l’actuel Limousin mais aussi la région d’Angoulême. Pendant les 14 années à la tête de la généralité, il s’applique à faire le bonheur de ceux qu’il qualifie de «sots limousins» en mettant en pratique ses principes.


Il étend le réseau routier en recourant à un impôt paroissial et non plus à la corvée, un travail non rémunéré qui pesait sur les paysans. Il encourage les nouvelles manufactures de porcelaine destinées à exploiter les mines de kaolin locales et remplacer les importations coûteuses en provenance de Chine. Il embellit les villes, fonde une école vétérinaire, introduit le mérinos et la pomme de terre, crée des ateliers de charité… Il tente aussi de recruter la milice par engagement volontaire et non plus contraint.


Dans ces entreprises, il bénéficie du soutien de l’abbé Terray, son prédécesseur au contrôle général des Finances. Mais cela ne suffit pas pour surmonter l’inertie du peuple et de l’administration. Il ne pourra achever aucune de ses entreprises limousines, pas même le cadastre destiné à établir une imposition équitable des propriétaires terriens. À cette occasion, il tente de faire agréer une unité de mesure universelle. Cette unité, le «mètre», sera officialisée bien après sa mort par la Convention le 7 avril 1795.


Versailles : l’épreuve du feu


À son avènement, le jeune roi Louis XVI se laisse convaincre d’appeler Turgot au gouvernement pour complaire au clan «philosophique». L’homme des Lumières entre en juillet 1774 au ministère de la Marine, un poste très important compte tenu de son budget. Le mois suivant, le 24 août 1774, il est promu au contrôle général des finances à l’occasion de la «Saint-Barthélemy des ministres».


Les derniers ministres de Louis XV quittent la scène. C’est la fin du «triumvirat» Maupeou-Terray-d’Aiguillon, qui avait tenté avec mérite de consolider la monarchie, et le retour triomphal du vieux Maurepas, disgracié trente ans plus tôt en raison d’une mauvaise plaisanterie. Pour signifier le changement, celui-ci ne trouve rien de mieux que de rappeler les anciens Parlements. Ces derniers vont dès lors s’opposer de toutes leurs forces à toutes les réformes…


Aux finances, Turgot hérite de l’assainissement des comptes accompli par son prédécesseur, l’abbé Terray. Mais il reste un déficit de 22 millions de livres assez important pour que son prédécesseur ait recommandé la banqueroute.


Turgot veut éviter cette solution par laquelle l'État se reconnaît incapable de rembourser ses créanciers, car elle ruinerait la confiance du public et rendrait impossible tout nouvel emprunt. Dès l’annonce de sa nomination, il adresse par écrit au roi une profession de foi qui va dans ce sens.


Il fait quelques économies en taillant dans les dépenses de la Maison du roi et en supprimant les corps de parade. Mais comme cela est loin de suffire, il engage des réformes audacieuses pour faire rentrer les impôts et libérer l'économie des entraves administratives. Ses soutiens sont minces face à l’opposition des privilégiés - en particulier des parlementaires et de la Cour - et de la reine elle-même.


Parmi ses réformes figure l’abolition des «contraintes solidaires» par lesquelles les paysans devaient répartir entre eux le montant de l’impôt réclamé à leur village. Il s’ensuivait beaucoup de rancœurs et d’injustices. En remplacement de cela, Turgot commence à mettre en place des collecteurs rémunérés par la puissance publique (décret du 3 janvier 1775).


Pour cet économiste des Lumières, sensible aux réalités humaines (à la différence de bien des économistes actuels), c’est en effet moins le poids de l’impôt qui porte préjudice à l’activité que son caractère arbitraire et son injuste répartition. Les contribuables qui se sentent à tort ou à raison injustement pressurés tendent à dissimuler leurs biens, voire à se mettre en retrait de la société.


L’élan réformateur du ministre va très vite se briser sur le projet de libération du commerce des grains. Turgot abolit les règles de marché qui entravaient la circulation des grains dans le Royaume et impose la liberté de stocker, vendre et exporter.


Sa conviction est qu’en cas de pénurie dans une province, avec la hausse des prix, les commerçants et les producteurs des autres provinces n’auront rien de plus pressé que d’y expédier tous leurs surplus et, de cette façon toute naturelle, le régime de liberté assurera en permanence une répartition équilibrée des subsistances sur l’ensemble du territoire national.


Mais il oublie que, livrés à eux-mêmes, les négociants d’une province périphérique, par exemple la Flandre, pourraient trouver plus avantageux de vendre leurs surplus de l’autre côté de la frontière que de le transporter aux extrémités du Royaume.


Plus gravement, il engage la réforme sans prendre garde à la conjoncture. Or, l’on est à la veille d’une mauvaise récolte et le peuple n’allait pas manquer de mettre la pénurie sur le compte de la libération des prix. Du temps des règlements, il n’accusait de ses malheurs que les saisons. Ensuite, il en a accusé la nouvelle administration.


Au printemps 1775, dans plusieurs villes du bassin parisien, à Paris et même à Versailles, de pauvres diables prennent d’assaut les boulangeries et les moulins. Le contrôleur général des finances doit sévir et faire pendre en place de Grève deux meneurs, l’un de 28 ans, l’autre de 16. C’est à partir de là qu’il perd la confiance du roi.


La même année, désespérant de réformer les institutions, Turgot fait présenter au roi par son ami Du Pont un Mémoire sur les municipalités dans lequel il préconise que la gestion des affaires courantes aux différents étages de la société, des paroisses à la capitale, soit confiée à des assemblées élues de propriétaires. Dans le même élan, Turgot préconise le rachat des droits seigneuriaux par les paysans, le mariage civil pour les protestants, la laïcisation de l’enseignement et de l’assistance, la soumission du clergé à l’impôt. Autant de mesures proprement révolutionnaires dont on a peine à penser rétrospectivement qu’elles aient pu être émises par le ministre d’un «monarque absolu».


La chute


Le 5 janvier 1776, Turgot joue son va-tout et publie six édits dont deux vont hérisser contre lui l’opinion et causer sa perte.


Proclamant en préambule la liberté du travail, il tente en premier lieu d’abolir d’un trait de plume les jurandes et les maîtrises qui structuraient chaque secteur professionnel. Dérivées des corporations du Moyen Âge, ces institutions s’étaient gâtées avec le temps. Elles n’étaient plus l’expression de toute la profession, maîtres et compagnons confondues, mais seulement un jouet entre les mains des maîtres les plus riches et les plus influents.


En second lieu, Turgot remet en selle son projet de remplacer les corvées par un impôt sur tous les propriétaires, y compris les nobles et le clergé. C’en est trop. Il obtient du roi qu’il impose l’enregistrement des Six Édits par le lit de justice du 6 mars 1776, à Versailles, mais l’opposition ne se démonte pas. La reine Marie-Antoinette, fâchée que le ministre ait refusé une faveur à son amie la duchesse de Polignac, se joint à la curée.


Turgot a encore le temps, le 24 mars 1776, de créer la Caisse d’escompte. C’est la première banque officielle depuis l’échec de Law, un demi-siècle plus tôt.


Démis le 12 mai 1776, après vingt mois seulement au gouvernement, il écrit au roi, qui n’a encore que vingt-deux ans : «N’oubliez jamais, Sire, que c’est la faiblesse qui a mis la tête de Charles 1er sur le billot… Je souhaite que le temps ne me justifie pas.» Son dernier successeur aux Finances, le banquier Jacques Necker, reprendra son programme de réformes après l’avoir critiqué quand il tentait de le mettre en œuvre contre le Parlement, la Cour, la reine Marie-Antoinette et même le peuple.


Renvoyé à ses lectures, Anne Robert Jacques Turgot s’éteint le 18 mars 1781. Il est inhumé à côté de son père, l'ancien prévôt des marchands Michel Turgot, dans la chapelle du futur hôpital Laennec, au sud de Paris.


L’intervention militaire de la France en Amérique aggrave la crise financière. Sept ans plus tard, le roi se résout à convoquer les états généraux et c'est le début de la Révolution. En deux ans, l’Assemblée nationale accomplit alors toutes les réformes dont avait rêvé Turgot et bien plus encore. Il n’avait manqué au ministre que la légitimité démocratique pour y parvenir.
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MessageSujet: Re: Le siècle des lumières   Le siècle des lumières Icon_minitimeJeu 7 Avr 2022 - 8:03

Louis-Antoine de Bougainville (1729 - 1811)


L'inventeur du « bon sauvage » de Tahiti
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Louis-Antoine de Bougainville(1729-1811)


Mathématicien mais aussi capitaine des dragons, Bougainville est sollicité par le gouvernement de Louis XV pour diriger une expédition maritime jusque dans l'océan Pacifique. C'est ainsi qu'il va jeter l'ancre à Tahiti au printemps 1768.


Le récit qu'il tirera de son séjour dans cette île du bout du monde nourrira en Europe, jusqu'à nos jours, le mythe du « bon sauvage ».


Dispute diplomatique et cucurbite


Louis-Antoine de Bougainville fait ses armes en tant que capitaine de dragons et aide de camp de Montcalm au Canada pendant la guerre de Sept Ans.


Il propose à son gouvernement d'installer des colons acadiens dans l'archipel des Malouines, au large de l'Amérique du sud (aujourd'hui les îles Falkland).


Mais la nouvelle colonie n'a pas le temps de se développer. Choiseul, secrétaire d'État de la Marine de Louis XV, décide de mettre fin officiellement aux implantations acadiennes et demande à Bougainville d'évacuer vers Montevideo les familles qui le désirent.


Pour ne pas perdre la face, le ministre imagine de transformer cette défaite diplomatique en simple étape sur la route d'un prestigieux tour du monde à la recherche des dernières contrées inconnues.


De Nantes à Saint-Malo via Tahiti


Partie de Nantes le 15 novembre 1766, la frégate de Bougainville, La Boudeuse, consacre quatre précieux mois à mener à bien sa mission diplomatique aux Malouines avant de pouvoir s'élancer vers l'inconnu.


Elle est rejointe à Rio par Philibert Commerson et L'Étoile, une flûte destinée en quelque sorte à servir de garde-manger pendant le voyage.


Les deux bâtiments entrent le 5 décembre 1766 dans le détroit de Magellan, première embûche d'une navigation qui en comportera bien d'autres. Mais lorsque ses connaissances empiriques en matière de conduite de navire ne suffisent plus, Bougainville sait qu'il peut compter sur la grande expérience de son second, Duclos-Guyot.


Les vents leur sont heureusement favorables et les officiers profitent de l'occasion pour aller étudier de près la carrure des habitants de la Terre de Feu, ces Patagons que l'Europe classe parmi les géants.


L'accueil bienveillant des grands Patagons n'est rien en comparaison de celui que réservent aux marins les habitants de Tahiti. L'île du Roi George, reconnue par l'anglais Wallis l'année précédente, est vite rebaptisée Nouvelle-Cythère par des Français qui succombent aux charmes de ce paradis et de ses occupants.
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Carte de Tahiti , la Nouvelle Cythère(BNF Paris)


Un mythe dans les bagages du retour


La première réussite de cette entreprise hors du commun est humaine : sur les 330 hommes de l'expédition, seuls sept y ont laissé la vie, à une époque où il n'était pas rare qu'un vaisseau de la Compagnie des Indes en route pour l'Orient perde un cinquième de son équipage.


En revanche, le bilan de l'expédition est mince sur le plan stratégique et scientifique.


Pour tirer parti de l'expédition, il faut donc jouer sur le prestige et l'effet de curiosité, et Bougainville s'y emploie avec talent dans son Voyage autour du monde, publié le 15 mai 1771, deux ans après son retour.


Avec un véritable don d'écrivain, il transforme son journal de bord en un récit vivant où se mêlent réflexions politiques, exposés des fortunes de mer et tableaux « anthropologiques ».


Ses contemporains ne s'y trompent pas et font un succès au livre, limitant bien souvent leur lecture à la rencontre avec les Tahitiens. Il faut dire qu'ils retrouvent, dans un paysage d'Éden, toutes les caractéristiques dont les philosophes avaient pourvu les « bons sauvages » : beauté, simplicité de l'existence, absence de pudeur et de propriété...
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