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 Les femmes au coeur de l'Histoire

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mimi1260
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MessageSujet: Les femmes au coeur de l'Histoire   Les femmes au coeur de l'Histoire Icon_minitimeDim 6 Mar 2022 - 17:41

Le 8 mars sera célébrée comme chaque année la Journée Internationale des femmes. C'est l'occasion d'une parenthèse souriante dans une actualité endeuillée par la guerre



8 mars 2020 - Les droits des femmes sont-ils en progrès ?


Dans le dernier demi-siècle, les mouvements féministes ont obtenu une totale égalité de droits entre les femmes et les hommes. Égalité dans le mariage (et le divorce), égalité de droits au travail, contraception, légalisation de l'avortement semblent aujourd'hui aller de soi, du moins en Occident... Qu'en est-il ailleurs ?


Illusion d'optique : le monde n'est pas ce que l'on en voit


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Les femmes du bus 678, film de l'Égyptien Mohamed Diab (2011)


Quand a éclaté l'affaire Weinstein, du nom du producteur hollywoodien poursuivi pour harcèlement sexuel et viols, Le Monde a fait sa Une sur « L'onde de choc mondiale » en décrivant les manifestations de soutien aux victimes dans les capitales européennes, les grandes villes nord-américaines ainsi qu'à Sidney et dans quelques autres métropoles ! Mais derrière les apparences, la vague de protestation est demeurée cantonnée à une portion de la planète...


Les journalistes, les gouvernants et nous-mêmes avons été induits en erreur sur ce phénomène comme sur beaucoup d'autres par l'illusion d'optique que présente un planisphère.


Sur une carte de la planète, l'aire culturelle à laquelle nous appartenons en tant qu'Occidental apparaît singulièrement démesurée par rapport à son poids démographique réel.


Il y a deux ou trois raisons à cela :


• L'Europe et surtout ses marges (Amérique du nord et Groenland, Australie, Sibérie...) constituent d'immenses espaces sous-peuplés, avec des densités humaines qui dépassent rarement 100 hab./km2 alors que de nombreuses autres régions du monde dépassent désormais les 1000 hab./km2 : Bangladesh, vallée du Nil, Chine littorale etc !


• Par ailleurs, la chute de la natalité en Occident mais aussi en Extrême-Orient entraîne un vieillissement très important des populations concernées, avec la perspective d'une diminution rapide. À la lumière des projections publiées par Eurostat en juin 2019, la démographe Michèle Tribalat montre que la population de l'Union européenne pourrait chuter de 512 millions d'habitants  en 2018 à 408 millions en 2075 (sauf retournement spectaculaire et à supposer que l'immigration africaine et moyen-orientale s'interrompe).


• Ajoutons que, sur environ 200 États enregistrés à l'ONU, une cinquantaine (20%) appartiennent à l'Europe et rassemblent 10% de la population mondiale cependant que deux États (l'Inde et la Chine) rassemblent 35% des humains. D'où ce paradoxe qu'une grande majorité d'États ont à ce jour aboli la peine de mort alors que les deux tiers des humains vivent dans des États qui l'appliquent !


Au milieu du XXIe siècle, quand les sexagénaires actuels ne seront plus là, la destinée de l'humanité sera entre les mains des enfants nés aujourd'hui. Or, ceux-ci sont très majoritairement établis en Afrique subsaharienne et sur le pourtour de l'océan Indien.


C'est cette réalité déjà palpable qu'expose le planisphère ci-après, sur lequel chaque grande région est ramenée à un cercle dont la surface est proportionnelle au nombre de naissances enregistré dans cette région en 2019. Ces régions sont celles qu'ont définies les démographes de l'ONU, sur la base d'une relative homogénéité.


Ainsi transparaît le rétrécissement de l'aire occidentale, qui « pesait » un tiers de l'humanité en 1900 et ne porte plus que 9% des naissances enregistrées en 2015-2020 (sources).


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A suivre ...
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mimi1260
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MessageSujet: Re: Les femmes au coeur de l'Histoire   Les femmes au coeur de l'Histoire Icon_minitimeDim 6 Mar 2022 - 17:54

Suite...


Qu'en est-il des droits des femmes ?


Si nous appliquons à la carte ci-dessus les indicateurs sociaux actuels, par exemple des indicateurs relatifs aux droits des femmes (avortement, polygamie, préférence pour les bébés mâles...) ou à la peine de mort, nous percevons une réalité contre-intuitive, singulièrement éloignée de celle que colportent nos médias et nos gouvernants, lesquels baignent dans la même sphère culturelle que nous et ne perçoivent pas le poids des autres sphères.


- Où en est la légalisation de l'avortement dans le monde ?


La France a légalisé l'avortement en 1974, il y a près d'un demi-siècle, et l'on voit ci-dessous que des dispositions similaires sont appliquées dans tous les pays développés (Occident et Extrême-Orient).  Il est toutefois encore restreint au Japon, en Corée, dans les îles britanniques et en Pologne. Dans les autres régions du monde, il est interdit ou sévèrement restreint sauf dans quelques rares pays (Afrique du sud, Vietnam...).
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- Où en est la polygamie dans le monde ?


La polygamie, autrement dit le droit pour un homme d'avoir simultanément plusieurs épouses, est l'indicateur absolu d'une différence juridique entre les hommes et les femmes (les femmes n'ayant pas de leur côté le droit de se marier avec plusieurs hommes !). Il induit une sujétion économique des femmes et des mariages contraints d'adolescentes avec de vieux barbons. On voit sur la carte ci-dessous qu'elle est légale ou tolérée dans le monde musulman (y compris en Indonésie, Asie du sud-est), dans le sous-continent indien et en Afrique subsaharienne. Les exceptions notables sont la Tunisie, la Turquie et l'Éthiopie.
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- La préférence pour les bébés mâles


Il est un phénomène très significatif de la représentation sociale des femmes ; c'est le « sexe-ratio à la naissance ». Une loi universelle fait que naissent bon an mal an 105 garçons pour 100 filles (un peu moins en Afrique noire). Mais comme les garçons ont une mortalité plus élevée, l'équilibre se rétablit quand vient l'âge des amours et de la reproduction (20-50 ans), preuve que « dame Nature pense à tout ! ».


Cette loi naturelle est gravement contrariée aujourd'hui dans deux grandes régions du monde, l'Extrême-Orient et l'Asie du sud (essentiellement le nord de l'Inde), ainsi qu'au Vietnam, où l'on observe des sexe-ratios de 110 à 130 garçons pour 100 filles au lieu de 105 !


Ce phénomène, qui promet de graves déséquilibres d'ici la fin du siècle, dérive d'une forte préférence pour le sexe mâle. Les raisons en sont culturelles mais aussi économiques (en Inde, les parents appréhendent de payer la dot de leurs filles, ce qui revient à « arroser le jardin du voisin »).


Comme dans le même temps, les couples de ces pays ne veulent généralement pas plus d'un ou deux enfants... ils mettent à profit l'écographie pour s'assurer un maximum de chances d'avoir un garçon en pratiquant l'avortement préventif des filles.


Ces rapides éclairages sur la condition des femmes aujourd'hui dans le monde ne doivent pas empêcher les actrices, acteurs et médias occidentaux de poursuivre leur combat contre les prédateurs sexuels des studios de cinéma et des salles de rédaction. Nul doute que les milliards de femmes qui souffrent de violences et de discriminations dans les autres régions de la planète ou dans nos villages et nos banlieues s'en porteront mieux...


A suivre..
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MessageSujet: Re: Les femmes au coeur de l'Histoire   Les femmes au coeur de l'Histoire Icon_minitimeDim 6 Mar 2022 - 18:04

Suite et fin..


- L'homosexualité : entre tolérance et répression


Depuis les années 1980 et l'épidémie de Sida qui a joué le rôle de révélateur, les homosexuels constitués en groupes de pression ont obtenu l'abrogation des lois stigmatisantes ou discriminantes à leur encontre. Pas partout, loin s'en faut. Dans de nombreux pays, l'homosexualité est encore passible de la peine de mort.


La carte ci-dessous, reprenant les données de l'association Igal, classifie les pays en trois catégories : ceux qui ont une législation bienveillante, ceux qui répriment l'homosexualité et ceux qui choisissent l'indifférence. Les pays bienveillants appartiennent à l'aire occidentale. Il s'y ajoute seulement l'Afrique du sud, le Japon et la Corée...
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- Que reste-t-il de la peine de mort ?


En octobre 1981, la France fut l'un des derniers pays d'Europe occidentale à abolir la peine de mort. Le mouvement semblait irréversible. La carte du monde actuel montre que l'abolition progresse encore lentement. Toute l'aire occidentale s'y est ralliée (à l'exception d'une partie des États-Unis) ainsi que l'Amérique latine.


À côté de cela, on note quelques autres pays où elle a été abolie ou n'est plus appliquée (Turquie, Maroc, Afrique de l'Ouest...) mais l'on peut se demander si la Turquie d'Erdogan, qui a aboli la peine de mort pour ne pas bloquer les négociations d'entrée dans l'Union européenne, ne reviendra pas là-dessus ?...
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André Larané
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MessageSujet: Re: Les femmes au coeur de l'Histoire   Les femmes au coeur de l'Histoire Icon_minitimeMar 8 Mar 2022 - 7:22

Christine de Pisan (1364 - 1431)


Femme de lettres et féministe


Christine de Pisan est la première femme à avoir vécu de sa plume, la première « femme écrivain » donc. Italienne originaire du village de Pizzano, dans les montages proches de Bologne, elle est née à Venise en 1364.
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Christine de Pisan lisant, extrait du manucrit des Cent Balades


Son père est un célèbre professeur de médecine et d'astrologie. Dans l'Italie de la Renaissance, ces deux disciplines vont de pair car chacun est convaincu que Dieu se manifeste par des échanges entre les étoiles qui brillent dans le ciel et les hommes qui peuplent la Terre. Il importe donc de savoir interroger les étoiles pour guérir les hommes ou prévenir des malheurs.


Devenu le médecin et l'astrologue du roi de France Charles V, le père de Christine fait venir celle-ci ainsi que toute sa famille à Paris, auprès de lui. Il encourage les penchants de sa fille pour la lecture mais ne lui en impose pas moins un mari quand elle arrive à l'âge de quinze ans : Étienne Castel, notaire du roi, de dix ans plus âgé qu'elle. Christine se soumet à la coutume et devient bonne épouse et bonne mère. Mais dix ans plus tard, son mari décède brutalement de la peste et la jeune veuve éplorée, contre tous les usages, fait le choix de ne pas se remarier et d'élever seule ses trois enfants. 


Au roi Charles V a succédé son fils Charles VI et Christine de Pisan voit s'éloigner ses protecteurs traditionnels. Les difficultés s'accumulent.


Du fait de son éducation, elle déjoue avec habileté les pièges tendus par les créanciers de son défunt mari et réussit à récupérer les sommes qui lui sont dues. Disposant de temps libre, elle se remet à la lecture et écrit de petits textes pour son plaisir personnel puis un livre sur les caprices de la Fortune.
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Christine de Pisan présente au duc de Bourgogne son récit de la vie de Charles V (bibliothèque de Londres)


Elle  publie ainsi un recueil de poésies courtoises : Cent ballades d'amants et de dames. Ses écrits ravissent la cour et le duc de Bourgogne Philippe le Hardi lui propose alors d'écrire la vie de son frère, le roi défunt Charles V le Sage. C'est ainsi qu'elle lui livre en 1404 Le Livre des fais et bonnes moeurs du sage roi Charles V.


Le portrait qu'elle fait du roi coïncide avec celui qu'en font les historiens modernes. Elle dépeint un homme de bureau, efficace et compétent, autrement plus performant que les rois batailleurs qui l'ont précédé :


« Ce roi, par son sens, sa magnanimité, sa force, sa clémence et sa libéralité désencombra le pays de ses ennemis tant qu'ils n'y firent plus leurs chevauchées. Et lui, sans se mouvoir de ses palais et sièges royaux, reconquit, refit et augmenta son royaume qui, auparavant, avait été désolé, perdu et dépris par ses devanciers portant les armes très chevalereux » (Christine de Pisan, Livre des fais et bonnes moeurs du sage roi Charles V, début XVe siècle).


Le succès éloigne les difficultés matérielles. Les commandes affluent, motivées moins par la qualité de son style, discutable, que par la nature insolite d'une femme de lettres. Christine de Pisan s'entoure d'un véritable atelier de production avec des copistes et des enlumineurs. Elle-même se fait représenter dans les illustrations de ses manuscrits.
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Christine de Pisan dans son atelier


Elle ne manque pas de plaider la cause des femmes dans ses recueils poétiques avec par exemple ces conseils adressés aux hommes :
« Ne sois déceveur de femmes
Honore-les, ne les diffame.
Contente-toi d'en aimer une
Et ne prends querelle à aucune ».


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Christine de Pisan, La Cité des dames, 1404, Paris, BnF


Elle s'en prend aussi aux allusions érotiques, sexuelles ou franchement misogynes du Roman de la Rose, un recueil poétique écrit par Guillaume de Lorris et Jean de Meung entre 1230 et 1280 et très apprécié par les lettrés de son temps. En réaction, elle publie un manifeste destiné à magnifier le rôle des femmes dans l'Histoire.


C'est La Cité des Dames.


Mais le climat s'obscurcit à mesure que montent les rivalités à la cour et au Conseil de régence qui entoure Charles VI le Fou. Après la défaite des troupes royales à Azincourt et l'occupation de Paris par les Anglais, Christine de Pisan tire sa révérence. En 1418, elle entre au couvent comme beaucoup de dames de son âge. 


Mais alors que la mort se rapproche, elle apprend une nouvelle incroyable : une Pucelle a sauvé le royaume de la déréliction et tient tête aux Anglais. Enthousiaste, elle se remet à son pupitre et écrit son dernier livre, qui est aussi le premier document sur Jeanne d'Arc, Le Ditié de Jeanne d'Arc :
« Moi, Christine, qui ait pleuré
Onze ans en abbaye close (...)
Ore à prime me prends à rire... ».


André Larané
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MessageSujet: Re: Les femmes au coeur de l'Histoire   Les femmes au coeur de l'Histoire Icon_minitimeMer 9 Mar 2022 - 9:21

Catherine Bernard (1663 - 1712)


La dramaturge oubliée


« Vous oublierez mon nom trop fatal et trop doux » (Laodamie, 1688) : Catherine Bernard avait-elle deviné que son nom, comme son œuvre d'ailleurs, disparaîtraient des anthologies littéraires ? Cette contemporaine des écrivains du Grand Siècle (le XVIIe), appréciée autrefois des milieux culturels comme du public, mérite mieux que l'oubli.
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Jean-François de Troy, Lecture dans un salon, 1728.


Une belle ambition


A priori, Catherine Bernard n'avait rien pour se faire remarquer. Née à Rouen le 24 août 1663, elle aurait dû suivre les traces des jeunes filles de son époque et  fonder un foyer.
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Femmes de lettres, gravures du XVIIIe siècle


Mais qu'est-ce qui la poussa, à 17 ans à peine, à quitter sa famille pour tenter sa chance à Paris  ? On ne peut pas attribuer cette audace au manque d'argent car la situation de ses parents, protestants aisés, lui aurait permis de trouver certainement un bon parti.


Il faut peut-être davantage chercher du côté de sa passion pour l'écriture et de son sens des relations. Elle est en effet la cousine de Fontenelle, lui-même neveu de Corneille et futur académicien. Difficile d'échapper à une telle lignée  !


Elle choisit d'abord le genre du roman historique et publie son premier récit en 1680, Frédéric de Sicile. Les milieux littéraires et mondains lui ouvrent leurs portes, l'incitant à poursuivre dans l'écriture.


Calliope l’Invincible


Au moment de la révocation de l’Édit de Nantes, elle se convertit au catholicisme et coupe les ponts avec ses parents. Qu'importe  ! Elle sait qu'elle est capable de subvenir à ses besoins sans dépendre de personne.
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Illustration pour Riquet à la houppe, XIXe siècle


Elle poursuit donc sereinement sa carrière d'écrivain qu'elle nourrit avec des nouvelles qui ne sont pas sans rappeler celles Madame de Lafayette par ses études psychologiques.


Fontenelle le reconnaîtra lui-même  : «  les sentiments sont traités avec toute la finesse possible, une certaine science du coeur  ». Elle ajoute dans cette peinture des caractères une façon de juger son époque et une lucidité très modernes.


Le merveilleux cependant ne lui déplaît pas, et elle est une des premières à lancer le genre du conte en créant un certain «  Riquet à la Houppe  » dont s'inspirera l'année suivante Charles Perrault.


Également habile dans la création de vers, comme le prouve le nombre de ses poésies et les trois prix décernés par l'Académie française, elle cherche la reconnaissance du côté du théâtre en signant deux tragédies  : Laodomie, reine d'Épire (1689) et Brutus (1690). Forte de ces deux succès, désormais titulaire d'une pension annuelle versée par Louis XIV lui-même, celle qui est entrée à l'Académie de Padoue sous le nom de Calliope l’Invincible est au sommet de sa gloire.


Vers l'effacement


Mais l'ambiance de plus en plus dévote de la Cour l'incite à abandonner toute activité publique et c'est dans l'indifférence qu'elle meurt à 49 ans, le 6 septembre 1712.
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Page de titre de Brutus de Catherine Bernard



Rapidement effacée de l'histoire littéraire, Catherine Bernard a-t-elle été victime du manque de reconnaissance qu'ont subi nombre d'autrices (pour reprendre le terme employé alors)  ?


On attribua méchamment son succès à ses relations avec Corneille et Fontenelle, de mauvaises langues n'hésitant pas à affirmer qu'une partie de son œuvre avait été écrite par ce dernier. Cette rumeur avait été lancée par Voltaire qui, ayant choisi à son tour d'écrire un Brutus, refusa de reconnaître que sa pièce ait quelque lien avec l'oeuvre d'une femme. Mieux valait clamer qu'il s'inspirait de Fontenelle !


Pourtant, il aurait dû reconnaître dans Catherine Bernard un esprit proche du sien, un esprit d'une belle audace. La jeune femme n'hésita pas en effet à aborder dans son Brutus la question du droit des peuples à s'affranchir des tyrannies.


Si, dans le même temps, elle continua à écrire des vers à la gloire de Louis XIV, c'est par obligation de devoir trouver des protections puisque, en tant que femme célibataire et écrivain, elle était dans une situation doublement précaire. Elle qui ne vécut que pour l'écriture aurait pu faire siens ces derniers mots  de Brutus : «  À quel prix, liberté, nous êtes-vous donnée ?  ».


Isabelle Grégor 


NB : Je ne connaissais pas Catherine Bernard .
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MessageSujet: Re: Les femmes au coeur de l'Histoire   Les femmes au coeur de l'Histoire Icon_minitimeMer 9 Mar 2022 - 11:01

Sophie Germain (1776 - 1831)


La mathématicienne « Auguste »


Pas facile d'aimer les mathématiques quand on est femme à la fin du XVIIIe siècle ! Mais Sophie Germain n'est pas du genre à s'en laisser conter. Il faudra bien qu'on lui laisse vivre sa passion. Coûte que coûte...


Archimède et l'enfant


Née le 1er avril 1776, Marie-Sophie Germain part très tôt à la découverte des nombreux ouvrages qu'elle a à portée de main dans la bibliothèque familiale. Son père, un grand bourgeois parisien enrichi dans le commerce de tissus, est ouvert aux nouvelles idées puisqu'il siégera à l'Assemblée nationale en 1789 comme député du Tiers État avant d'être nommé directeur de la Banque de France. Mais de là à laisser sa fille faire des études, pas question ! Elle devra se contenter se fouiller dans les livres de la maison.


Mauvaise idée : à l'âge de 13 ans, elle découvre la vie et surtout la mort d' Archimède, et tombe amoureuse des mathématiques. Ce n'est pas du goût de ses parents : on lui confisque ses chandelles pour l'empêcher de travailler la nuit, on la prive de couvertures et de chauffage pour refroidir son enthousiasme. Mais rien ne pourra plus la détourner de sa passion.


Un Auguste en jupons
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Portrait présumé de Sophie Germain. 


C'est décidé, elle sera étudiante à l'École polytechnique. Mais elle oublie un détail : l'institution est interdite aux filles (et le restera jusqu'en 1970).


Sophie ne s'avoue pas vaincue et se procure l'identité d'un élève qui a abandonné ses études. Sous le nom d'Auguste Le Blanc, elle peut ainsi se procurer les cours et même échanger des courriers avec des enseignants, dont Joseph-Louis Lagrange qui repose aujourd'hui au Panthéon.


Impressionné par les aptitudes de cette élève inattendue qui est allée jusqu'à apprendre le latin et le grec pour lire les textes originaux, Lagrange devient son mentor et s'attache à la faire connaître.


La Tour Eiffel lui dit merci


Elle peut dès lors se lancer dans l'étude des nombres premiers et tenter d'expliquer des théorèmes comme celui de Fermat qui ne sera résolu qu'en 1994. À la fois audacieuse et assoiffée de connaissances, elle se permet de correspondre à partir de 1804 avec l'un des plus célèbres mathématiciens de son époque, l'allemand Carl Gauss. Mais « craignant le ridicule attaché au titre de femme savante » comme elle l'expliquera, elle reprend pour l'occasion son pseudonyme et n'avouera la supercherie que trois ans plus tard.  


En 1811, apprenant que l'Institut de France ouvre un concours pour comprendre l'apparition de formes géométriques sur les plaques vibrantes, elle se lance, et trouve ! Cet exploit qui en fait la première mathématicienne décorée par l'Académie permettra de mieux maîtriser l'élasticité des corps et donc, entre autres, de construire la tour Eiffel.  


Première femme à être autorisée en 1823 à assister aux séances de l'Académie des Sciences, elle meurt d'un cancer le 27 juin 1831, à seulement 55 ans. Sur son certificat de décès, à la mention de sa profession, un simple « rentière » résume tous les obstacles qu'elle a dû surmonter pour être reconnue comme scientifique.


Un « génie supérieur »
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Photographie du moulage du crâne de Sophie Germain,


Lui-même célébré comme un des grands esprits scientifiques de son temps, Carl Gauss n'a pas hésité à rendre un bel hommage à Sophie Germain :  
« Comment vous décrire mon admiration et mon étonnement, en voyant se métamorphoser mon correspondant estimé M. Leblanc en cet illustre personnage, qui donne un exemple aussi brillant de ce que j’aurais peine de croire. Le goût pour les sciences abstraites en général et surtoût pour les mystères des nombres est fort rare […].


Mais lorsqu’une personne de ce sexe qui, par nos mœurs et par nos préjugés, doit rencontrer infiniment plus d’obstacles et de difficultés que les hommes à se familiariser avec ces recherches épineuses, sait néanmoins franchir ces entraves et penétrer ce qu’elles ont de plus caché, il faut sans doute, qu’elle ait le plus noble courage, des talents tout à fait extraordinaires, le génie supérieur » (Lettre d'avril 1807).  
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MessageSujet: Re: Les femmes au coeur de l'Histoire   Les femmes au coeur de l'Histoire Icon_minitimeMer 9 Mar 2022 - 11:13

Rosa Bonheur (1822 - 1889)


Les animaux au bout du pinceau


Rosa Bonheur : quel nom plein de promesses pour une artiste ! On imagine déjà les dessins de fleurs et petits oiseaux... Tout faux ! Rosa Bonheur a fait carrière en se consacrant au portrait... des vaches !


Armée d'une personnalité qui n'acceptait aucune concession, cette peintre adulée en son temps fut aussi une femme libre.
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Eugénie de Montijo visite l'atelier de Rosa Bonheur à Thomery, Auguste Victor Deroy et Frédéric Théodore Lix, XIXe siècle. Agrandissement : Rosa Bonheur, Labourage nivernais, 1849


Je serai artiste ! 
 
C'est à la campagne, à proximité de Bordeaux, que Marie-Rosalie Bonheur voit le jour le 16 mars 1822.
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E. L. Dubufe, Portrait de Marie-Rosalie dite Rosa Bonheur, 1857.


Dans le domaine de Grimont, la petite fille découvre les richesses de la campagne et est initiée au dessin par son père, peintre.


Mais la vie de château n'a qu'un temps et face au manque d'argent, la famille doit partir à Paris. La mère finit par s'y tuer à la tâche et laisse son époux seul  avec quatre enfants.  


Il n'est dès lors pas facile pour le veuf de gérer la petite Rosa qui refuse l'éducation traditionnelle qu'on lui impose. Tenir une aiguille, pas question ! Elle s'enfuit donc du couvent qui devait en faire une couturière accomplie et parvient à convaincre son artiste de père, saint-simonien ouvert aux idées progressistes, de partager avec elle les secrets de son savoir-faire.
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Rosa Bonheur, Sultan et Rosette, les chiens des Czartoryski, 1852. Metropolitan Museum of Art.


Veaux, vaches...


Direction le Louvre ! Elle y enchaîne les copies tout en prenant des cours avec le peintre néo-classique Louis Cogniet. Est-ce parce que, en tant que femme, elle ne peut étudier les nus qu'elle choisit de se consacrer au monde animal ?
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Rosa Bonheur, Trois vaches au pâturage, 1842-1850. 


À 19 ans seulement, ses premières sculptures et peintures sont remarquées dans les Salons, notamment celui de Paris où elle décroche en 1848 une médaille d'or pour Boeufs et taureaux, race du Cantal.


Cette œuvre, qui selon le jury « représent[e] la vie laborieuse des champs avec autant de poésie que de vérité », prépare le succès incroyable qui va accueillir, l'année suivante, son Labourage nivernais. Avec ses 6 mètres 20 et son réalisme, le tableau impressionne !


Comment un petit bout de femme d'1 mètre 50 a-t-il pu parvenir au bout de ce travail de titan ? Le président Louis-Napoléon Bonaparte lui-même la félicite et passe commande.
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Rosa Bonheur, Le Marché aux chevaux, 1855.


« Elle fait de l’art sérieusement et on peut la traiter en homme » (Théophile Gautier)


Cette fois, Rosa va s'intéresser à un Marché de chevaux, prouvant qu'elle est capable de peindre non seulement la puissance mais aussi toute la fougue des animaux.
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Anna Klumpke, Portrait de Rosa Bonheur, 1898. 


Pour se rendre dans les bois, les foires ou dans les abattoirs où, explique-t-elle, elle a besoin d'être libre de ses mouvements pour faire des dissections, elle n'hésite pas à demander l'autorisation de porter le pantalon.


Et libre, elle l'est ! Non seulement elle porte les cheveux courts et fume le cigare, mais elle refuse de se marier et vit avec son amie d'enfance, Nathalie Micas.


Ce comportement extravagant pour l'époque n'entraîne cependant pas une marginalisation de l'artiste qui refuse le scandale et se montre toujours d'une compagnie agréable en société même si, expliqua-t-elle, elle avait « pour les étables un goût plus irrésistible que jamais courtisan [n'en aura] pour les antichambres royales ou impériales ».


Rien ne vaut la culotte !
Pragmatique, Rosa Bonheur explique les avantages de la « culotte » :
« Je porte la culotte et trouve ce costume tout à fait naturel. La nature nous ayant donné à tous deux jambes, je ne comprends pas que les femmes qui travaillent surtout ne soient pas plus confortablement et plus proprement à leur aise, d'avoir deux manches dans le bas, pour trotter dans la boue, et monter en voiture. J'espère que la mode en viendra, à la grande dignité de notre espèce et qu'on se réservera la jupe souveraine pour le salon, afin de faire voir sa peau à tout le monde comme à son mari. » (extrait d'un article du Radical, 1899).
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George-Achille Fould, Rosa Bonheur dans son atelier, 1893, Paris, BnF. 


Au milieu des lions et des Indiens


Rosa Bonheur a pourtant de quoi être fière : première femme peintre à recevoir la Légion d'honneur en 1865, des mains de l'impératrice Eugénie, elle compte des admirateurs dans le monde entier : la reine Victoria ne jure que par elle ! 
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Rosa Bonheur, Fort Snelling, XIXe siècle.


Elle mène en effet de main de maître une carrière internationale rare pour l'épque. On vient de loin la voir dans son domaine du château de By, en Seine-et-Marne, où elle vit entourée d'une véritable ménagerie : moutons, bœufs, cerfs et même lions !  


En 1889, c'est Buffalo Bill qui vient frapper à sa porte avec sa troupe d'Indiens pour être immortalisé par la plus célèbre peintre de son temps. La publicité faite autour de cette rencontre incite une jeune Américaine, Anna Klumpe, à lui rendre visite. Elle ne la quittera plus et sera présente lorsque Rosa meurt le 25 mai 1889.


Avec elle disparaît « le plus grand peintre animalier du monde » qui œuvra toute sa vie pour la reconnaissance des animaux et qui, par son refus d'être entravée dans sa vie comme dans son œuvre, est aujourd'hui, malgré elle, une icône de l'émancipation des femmes.
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MessageSujet: Re: Les femmes au coeur de l'Histoire   Les femmes au coeur de l'Histoire Icon_minitimeMer 9 Mar 2022 - 12:43

Marie Marvingt (1875 - 1963)


La casse-cou
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Marie Marvingt, pilote d'avion en 1912.


« Faire mieux, encore et toujours ! »  Avec une telle devise, Marie Marvingt ne pouvait qu'aller plus loin et plus haut, bousculant si nécessaire les règles.


Le parcours de cette sportive, pionnière et curieuse de toutes les innovations, nous prouve qu'il y a 100 ans certaines femmes ne manquaient pas d'idées, et d'ambition...


Un esprit sain dans un corps sans limites...


Née à Aurillac le 20 février 1875, Marie est très tôt poussée par son père, receveur des Postes, à découvrir le sport, tous les sports. La voici à 6 ans capable de parcourir plusieurs kilomètres à la nage !


Après avoir déménagé avec sa famille en Lorraine, elle découvre l'art du cirque et se lance dans le trapèze, le jonglage et le funambulisme. À 15 ans, c'est en canoë qu'elle avale les 300 km séparant Coblence et Nancy. Tout en suivant avec succès des études d'infirmière, elle obtient une licence de Lettres et apprend 5 langues étrangères.  
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Le Lioran, Marie Marvingt dans la course des dames, le 12 février 1911, Paris, BnF, Gallica.


Un mélange de d'Artagnan et d'équilibriste


Mais ce sont bien les activités sportives atypiques, de préférence chipées aux hommes, qui la passionnent.
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A Chamonix, en février 1912, les aviateurs Marie Marvingt et Paul Echeman se retrouvent pour faire du ski et du bobsleigh ensemble. 


Elle devient ainsi en 1899 une des premières femmes à obtenir son permis de conduire avant d'enchaîner les exploits : parvenir au sommet de la Dent du Géant dans le Mont-Blanc (4000 mètres - 1903), nager 12 kilomètres dans la Seine (1905), faire du saut à ski (1907), suivre en solo le parcours du Tour de France (1908) qui lui est interdit en tant que femme.


Les journaux n'en reviennent pas : « Elle ferraille comme d'Artagnan, tire comme un Bas-de-Cuir, monte à cheval et voltige à rendre des points aux plus célèbres écuyères » (Annales africaines, 1922). Conduire une locomotive, faire du bobsleig ou du Jiu jitsu, chasser à la panthère, effectuer un saut périlleux sur un cheval galop... rien en effet ne semble impossible à Marie !
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Grand prix de l'Aéro Club de France, le 26 juin 1910 : Mlle Marvingt et Mlle Carton devant la nacelle d'un ballon à l'hippodrome de Longchamp,Paris, BnF, Gallica. 


« La fiancée du danger »


Il est temps d'aller voir encore plus haut. En 1909, ayant en poche son brevet de pilote de mongolfière, elle se lance dans un raid de 720 km entre Nancy et l'Angleterre. Le défi est relevé en 14 heures, ponctué par 52 contacts avec la mer. Trop simple !


Elle se tourne donc vers l'aviation naissante et empoche, bien sûr, son brevet en 1910. C'est l'époque des meetings aériens dont elle connaît bien les dangers puisqu'on dit qu'elle acheta à l'avance un cercueil, au cas où...  


La mort, elle va avoir l'occasion de la voir de près lors de la Première Guerre mondiale. On refuse ses services parce que femme ? Et la voilà qui emprunte un uniforme d'homme, adopte le nom de Beaulieu et se présente au 42e bataillon de chasseurs à pied. Blessée et dénoncée par une mèche de cheveux, elle est renvoyée dans ses foyers.
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Dessin d'Émile Friant représentant Marie Marvingt et son projet d'ambulance aérienne, 1914.


Qui peut arrêter Marie ?
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Marie Marvingt en uniforme de soldat pendant la première Guerre.


Personne ! Et surtout pas le maréchal Foch qui, devant ses supplications, accepte de l'envoyer comme infirmière de la Croix-Rouge dans les Dolomites.


Bouleversée par le nombre de soldats qui ne survivaient pas à leur évacuation, elle dessine un modèle d'avion-sanitaire permettant de les transporter sous le fuselage. Faute d'argent, le projet n'aboutit pas, mais Marie sait rebondir. Elle se fait à la fin de la guerre journaliste et conférencière.


On la retrouve à 82 ans sur les listes d'une école de pilotage d'hélicoptère, et même parmi les volontaires pour un voyage sur la lune !


Celle que les Américains appelaient « la Française la plus extraordinaire depuis Jeanne d'Arc » meurt le 14 décembre 1963, dans la misère et dans une indifférence bien injuste. N'était-elle pas la femme qui détenait le plus de records au monde ?


Isabelle Grégor


NB : Une sacrée "bonne femme"qui n'a rien à envier aux "bonhommes"
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MessageSujet: Re: Les femmes au coeur de l'Histoire   Les femmes au coeur de l'Histoire Icon_minitimeMer 9 Mar 2022 - 12:56

Suite et fin...


Simone Veil (1927 - 2017)


Une héroïne pour notre temps
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Simone Veil (13 juillet 1927 - 30 juin 2017) (DR)


Ancienne déportée, magistrate, femme politique française et européenne...


Simone Veil, née Simone Jacob, a connu une existence d'une exceptionnelle intensité, trop souvent résumée à la loi du 17 janvier 1975 sur l’interruption volontaire de grossesse (la bien-nommée loi Veil).


Le dimanche 1er juillet 2018, elle fut la quatrième femme à entrer au Panthéon après Marie Curie et les résistantes Geneviève Anthonioz-de Gaulle et Germaine Tillion.


Une enfance juive


Née le 13 juillet 1927 à Nice, Simone Jacob est la benjamine des quatre enfants d’André et de Yvonne Jacob. Son père, architecte, n'a pas souhaité que son épouse travaille en dépit de ses études de chimie.


Simone Jacob naît donc dans une famille bourgeoise, juive mais non-pratiquante et laïque.
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Yvonne Jacob à Nice avec ses enfants Denise, Jean, Simone et Madeleine (DR)


Quand la France est envahie en 1940, Nice est abandonnée par Hitler à son allié Mussolini, qui ne se soucie pas de traquer les Juifs. La situation bascule après l'effondrement de l'Italie, en 1943. La ville passe alors aux mains des Allemands qui organisent des rafles très violentes. Les Jacob sont arrêtés sur une imprudence de Simone.


Arrivée à Auschwitz avec sa mère et sa sœur Madeleine, la jeune fille devient un numéro : 78651. Elle voit les Juifs hongrois marcher vers les chambres à gaz. Elle-même a la chance d'être affectée dans une usine Siemens, à Bobrek, toujours avec sa mère et sa sœur.


À l'approche des Soviétiques, en 1945, l'usine est évacuée et, au terme d'une « marche de la mort », les trois femmes arrivent à Bergen-Belsen, près de Hambourg. Cependant qu'Yvonne Jacob succombe aux épreuves et au typhus, ses deux filles sont enfin libérées par les Britanniques le 15 avril 1945...


Se reconstruire


Alors que la France tente de se reconstruire moralement et matériellement, les déportés doivent trouver une place dans la société. Pour Simone Jacob, au sentiment de culpabilité et d’illégitimité (pourquoi est-elle vivante, elle plutôt que sa mère ou tant d’autres ?) s’ajoute le manque d’écoute de ceux qui ne veulent pas savoir.


Accueillie par ses oncles et tantes à Paris, elle apprend qu’elle a obtenu son baccalauréat qu’elle avait passé le jour avant son arrestation. Gardant le souvenir de sa mère qui la poussait à faire des études pour travailler, ce qui était encore relativement rare pour les femmes de ce milieu social, elle décide de suivre des études de droit.


Elle s’inscrit à l’Institut d’études politiques de Paris (aussi appelé « Sciences Po ») et fait sa rentrée à l’automne 1945.


Ce premier pas vers le retour à la vie s’accompagne presque immédiatement d’un second : la rencontre de son futur mari, Antoine Veil, lui aussi juif et étudiant à Sciences Po. Dès 1947, ils ont leur premier enfant, Jean. Suivra Claude-Nicolas en janvier 1949.


Cette embellie est assombrie par la mort de Milou dans un accident de voiture en 1952. Simone, inséparable de sa sœur, est foudroyée. Il faut la naissance de Pierre-François en 1954 pour marquer un nouveau départ.
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Antoine et Simone Veil (DR)


Au service de la République


Entre-temps, Antoine Veil a réussi à intégrer l’ENA (École Nationale d’Administration). Il est inspecteur des finances. La famille Veil jouit d’un niveau de vie confortable mais Simone Veil, se souvenant toujours des conseils de sa mère, veut travailler.


En 1957, elle rejoint le corps des magistrats. Commence alors pour elle une succession de premières fois qui ouvre la voie aux femmes dans la haute administration publique. En 1957, elle est la première femme à entrer au ministère de la justice où elle travaille avec passion et dévouement dans l’administration pénitentiaire.


En 1968, elle prend la direction des Affaires civiles à l’Assemblée Nationale. Elle lutte pour l’égalité entre hommes et femmes, notamment dans la gestion des biens du couple. En 1969, sous la présidence de Pompidou, elle entre au cabinet du garde des Sceaux René Pleven et s’illustre dans les débats à l’Assemblée sur la famille.


L’année suivante, George Pompidou la nomme secrétaire du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM). Encore une fois, elle est la première femme à obtenir ce poste !


Un combat pour les femmes


Sa carrière est bouleversée par l’élection de Valéry Giscard d’Estaing. Simone Veil fait son entrée dans le monde masculin de la politique et devient ministre de la Santé.


Elle est la seule femme du gouvernement mené par Jacques Chirac et la première femme ministre de plein exercice sous la Ve république, Simone Veil s’étonne de cette nomination. Elle l'accepte mais pense qu’elle n’y restera pas plus de quelques mois…


C’est à ce poste qu’elle va faire parler d’elle en proposant la loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG).


La proposition de loi légalisant l’avortement suscite d’âpres débats. Simone Veil, encouragée et soutenue par le président Giscard d'Estaing (centre droit), décide d’avancer progressivement.


Dans un premier temps, le 4 décembre 1974, elle promulgue une loi qui vient compléter la loi Neuwirth du 28 décembre 1967 en généralisant l’autorisation de la pilule contraceptive et en la rendant gratuite.


Les débats continuent donc, non sans violence. La ministre fait preuve de détermination et ne flanche pas. Grâce au soutien de l'opposition de gauche, la loi finit par être votée le 17 janvier 1975 par 284 voix (dont 99 venant de la droite) contre 189. Si importante qu’elle soit, cette victoire ne signe pas pour autant la fin de la carrière politique de Simone Veil.


La victoire au terme de l'épreuve


Usant de sa popularité inédite, Simone Veil participe à la prise de conscience de la Shoah par les Français. Elle fait aussi entendre les témoignages jamais écoutés jusqu’alors, ou seulement très peu, des anciens déportés.


En 1979, une soirée télévisée est consacrée à la série américaine Holocauste sur France 2. Devant vingt millions de téléspectateurs, Simone Veil apporte son témoignage. « Les Français ne voulaient pas savoir, mais face à la situation, ils étaient moins lâches qu’on n’a pu le dire », précise-t-elle.


Elle s'engage dans le même temps dans le projet européen.


Aux premières élections du Parlement européen au suffrage universel, Valéry Giscard d’Estaing lui propose en effet de mener la liste de l’UDF (Union pour la Démocratie Française, centre-droit). L’UDF obtient finalement et de très loin le meilleur résultat national avec 27,5% des voix.


Députée européenne, Simone Veil se présente pour la présidence du Parlement… et l’emporte ! Quel symbole ! Le premier président est une présidente. De surcroît, la réconciliation franco-allemande est incarnée par une ancienne déportée.


Ce succès politique à l’échelle européenne n’entame pas pour autant sa vie de famille. Installée à Strasbourg, elle est absente de Paris presque cinq jours par semaine. Elle revient pour le déjeuner du samedi midi qui est l’occasion de retrouvailles familiales intenses et chaleureuses.
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Simone Veil au Parlement européen


Faire vivre la mémoire


Après quelques années dans l’opposition, sans pourtant jamais quitter la politique, elle redevient en 1993 ministre de la Santé et ministre d’État dans le gouvernement d’Édouard Balladur, sous la présidence de François Mitterrand. L’expérience est mitigée. En 1995, Balladur est défait aux élections présidentielles face à Jacques Chirac. Simone Veil se retire.


Elle se concentre alors sur la mémoire de la Shoah et des déportés. À 77 ans, elle est invitée à présider la Fondation pour la mémoire de la Shoah.


Une reconnaissance nationale


Sur une décision du président Emmanuel Macron, Simone Veil entre au Panthéon, accompagnée de son mari, tout juste un an après sa mort le 30 juin 2017. Cet hommage rendu à une personne d’aussi grande qualité fait honneur à la France et à toutes les Françaises.


Observons qu’avant elle, une seule personnalité avait été accompagnée au Panthéon par son conjoint : le savant Marcellin Berthelot (note). Après la « femme de », voici donc un « mari de », reflet significatif d'un changement d’époque auquel Simone Veil a grandement participé.


Soline Schweisguth


NB : Une femme admirable
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